Pas de fleurs pour Azor

Publié le 2011-07-21 | Le Nouvelliste

National -

Azor ne veut pas de fleurs sur son cadavre, c'est du moins ce qui ressort de la décision de sa famille de donner la priorité à l'éducation de ses deux enfants. L'argent des fleurs servira à créer un fonds de soutien pour assurer les études de Viergine et de Sébastien Fortuné les deux enfants d'Azor, a appris Le Nouvelliste. L'épouse d'Azor, Macéna Augustine Fortuné, a ouvert ce jeudi, sur proposition de l'ancien ambassadeur d'Haïti au Japon Marcel Duret, ami et promoteur d'Azor, deux comptes d'épargne à la Sogebank. « Les deux comptes, l'un en gourde et l'autre en dollar, sont destinés à recueillir les dons de tous ceux qui veulent aider les enfants d'Azor à poursuivre leurs études secondaires et universitaires », a déclaré l'ambassadeur Marcel Duret joint par téléphone par Le Nouvelliste. Azor, un bon mari et père de famille En effet, il s'agit de deux comptes d'éducation au profit de Viergine et de Sébastien, tous deux âgés de seize ans et respectivement élèves de troisième et de seconde. « Azor était un père de famille soucieux. Il prenait soin de ses familles », avoue Marcel Duret. Ce promoteur de la musique d'Azor avait organisé ses différentes tournées au Japon. Il avait participé à la réalisation de deux de ses albums lorsqu'il était en mission diplomatique au pays du Soleil levant. « Azor était un bon mari, toujours prêt à m'aider et à me supporter », se souvient sa conjointe. « Sur son lit de mort, ajoute-t-elle, il a demandé à son frère François Fortuné de veiller sur Sébastien et Viergine ses deux enfants et aussi de continuer à faire jouer le groupe. » Viergine Fortuné pense que « la musique racine a perdu un artiste de valeur ». Elle confie avoir perdu un père qui « était très sensible », un grand ami. « Mon père et moi étions très proches, raconte-t-elle. Il était mon meilleur ami et était toujours là pour moi. Et j'étais moi aussi, toujours là pour lui. Il ne voulait que le bien de ses proches. » Son frère, Sébastien abonde dans le même sens : « Il était plus qu'un père pour moi, c'était mon grand ami. Il était aussi mon conseiller. Il m'a appris comment me comporter pour réussir dans tout ce que j'entreprends et surtout il m'a guidé sur la voie de la vie. Mon père m'encourageait à continuer mes études en me promettant des choses. Il voulait du bien pour ma soeur et moi. On ne doutait jamais de son amour. Il va beaucoup me manquer. » « C'était, se lamente-t-il, le « poto mitan » de la famille. Il prenait toujours les bonnes décisions. » Le voeu de la longévité de Racine Mapou « Azor n'avait pas vraiment formulé de voeu avant de mourir. Car, il ne savait pas qu'il allait partir si tôt. Mais il m'a toujours dit : " Ti Nonm, si je meurs, prends soin de ta filleule, Viergine " », révèle François Fortuné, son frère aîné et nouveau leader de Racine Mapou. Outre ce voeu, l'artiste tenait à la longévité de sa formation musicale. Et son frère, François Fortuné, lui a promis de « sauver » le groupe et de perpétuer son oeuvre. « Rasin Mapou continuera d'exister, rassure François Fortuné. C'était ma volonté et surtout celle d'Azor. » Azor est mort le 16 juillet à l'Hôpital Bernard Mevs suite à des complications diverses. L'artiste souffrait de divers maux depuis des années. Le président de la République Michel Martelly a ordonné mercredi la tenue de funérailles nationales en l'honneur d'Azor. C'est ce samedi qu'elles seront organisées, au Champ de Mars, en face du Musée du Panthéon national haïtien (Mupanah). Les funérailles nationales d'Azor seront célébrées par le chef suprême du vaudou, l'Ati Max Beauvoir. Un péristyle et des estrades pour l'assistance seront érigés pour la circonstance devant le Mupanah. Une veillée artistique en hommage à Azor aura lieu, vendredi soir, sur les mêmes lieux. Ce vendredi, la Chambre des députés organise une séance en hommage au samba et plusieurs personnalités devront y prendre la parole sur la situation des artistes et les droits d'auteurs, noeud gordien qui cache la précarité financière de ceux qui passent leur vie à nous procurer fierté et plaisir. La décision de la famille d'Azor de créer un fonds de soutien pour assurer l'éducation des enfants de Azor est une première. L'ambassadeur Marcel Duret confie avoir écrit à Eiko Nakano - une Japonaise, admiratrice de la musique d'Azor- en vue de la tenue d'une levée de fonds au profit des enfants de ce grand musicien au Japon. Azor s'est produit un peu partout dans le monde, notamment au Japon où sa musique jouit d'une grande audience. Les numéros de compte à la Sogebank : 12-1105-766-4 (dollars) ; 12-0118-552-5 (gourdes). Tout un chacun peut décider d'y contribuer à partir d'ici ou depuis l'étrange. L'argent servira à l'éducation des enfants d'Azor. Ce sera mieux que les fleurs qui sont, comme l'a chanté Jacques Brel, périssables...

Chenald Augustin caugustin@lenouvelliste.com Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article