Histoire

Margaret Papillon et ses nouvelles noires

Livres en Folie

Publié le 2011-06-01 | Le Nouvelliste

Culture -

Par Pierre-Raymond Dumas Dans ses nouvelles, Margaret Papillon qui s'est installée à Miami depuis 2005 à cause de l'insécurité défend une conception pragmatique de l'écriture : un style sec, rapide, factuel qui apparaît comme une contre -sophistication avec des règles strictes dont une imagination prodigieuse et un humour glacé. Dès les premières lignes, on est saisi par la densité de l'histoire, le destin tragique des personnages, le pouvoir hallucinant de l'atmosphère. Dans un monde où triomphent le spectacle et la manipulation, elle a fasciné plusieurs catégories de lecteurs. Avec « Noirs Préjugés », elle témoigne, aux limites du cynisme, de son engagement comme des dures réalités nationales. Ce recueil de nouvelles est ce creuset toujours en ébullition qui parasite d'autres registres. Ce qui l'intéresse au prime abord, c'est le thème, l'histoire : c'est ce qui lui permet de composer un univers singulier avec une langue très souvent bâclée, simpliste, expéditive. Sa force, c'est le sujet. Jamais un mot de trop ni de coquetterie. C'est une nouvelliste, une narrative aux sujets fascinants, d'une rare justesse de ton. Mêlant allègrement affabulation, peur, légendes et tragédies, Margaret Papillon ne peut se retenir de fréquenter le mal et le surnaturel en intégrant des références aux grands procédés du genre. C'est l'hypertrophie de la mémoire, de la culture, de l'espace-temps. Il y a, pour elle, un moyen efficace de mener le récit : c'est la structure en entonnoir. On part d'une situation opaque ou d'un drame individuel, limité dans le temps, et progressivement le point de vue s'élargit jusqu'à embrasser un milieu, une société. Fascinés par le fantastique, jouant avec la sorcellerie, les personnages principaux qu'on retrouve à travers les sept nouvelles dont trois d'entre elles ont paru sur le web répondent savamment à ce procédé. S'ils déconcertent sans cesse le lecteur à cause de leurs vilenies, passions, bêtises, préjugés, les réussites formelles, les portraits d'être en détresse, le sens du dialogue séduisent par l'effet de réalité ou d'étrangeté qu'ils produisent. C'est le cas, notamment de Mystérieux Occident et de Noirs préjugés. Deux histoires bouleversantes menées de main de maître, gorgées de fatalité, d'invention et d'horreur. On a beau dire, quand il y a ça dans une nouvelle, la lecture en est plus excitante. A la vérité, les cinq autres nouvelles sont tout aussi réussies. Par la mise en marche d'une irréversible mécanique et d'un sens du suspense jubilatoire. Et c'est là tout l'intérêt de ces nouvelles irriguées par un ton très personnel, souvent décapant. Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises ! « Amélia ou la Malédiction des Ténèbres », « La soudaine intelligence de Carmélie Nozeille » et « On a kidnappé la morte », sont des nouvelles aussi captivantes que « Méprisa Lamour » et « Exilé malgré moi ». Il n'est pas sûr que quiconque voudra étudier la société haïtienne puisse faire l'économie de cette magnifique mosaïque. La peinture des croyances et des mentalités est la marque de Margaret Papillon au même titre que l'abondance des énigmes. Amateurs de surnaturel, ne pas rater.

- Margaret Papillon, Noirs Préjugés (nouvelles), s.i., Made in the USA (Miami, Floride, 2010.

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