Vote de la loi de l'UCREF: Un «scandale», selon des députés

Des députés, issus de différentes tendances politiques, fusillent d'une seule voix le vote de la loi portant organisation et fonctionnement de l'UCREF, qui «sera sous les bottes de l'exécutif». Le texte, avec les nouveaux amendements, devrait être sous peu retourné au Sénat.

Publié le 2017-05-05 | Le Nouvelliste

National -

Les contradictions n'ont-elles pas été aplanies? Sitôt votée par l'assemblée des députés après deux semaines d'intenses tractations, la loi organique de l'UCREF révulse nombre de parlementaires. Le texte dans sa nouvelle formulation, qui prévoit qu'au moins trois des cinq membres du conseil d'administration seront, par ricochet, choisis par le pouvoir exécutif, vient consigner la «mainmise» et l'«instrumentalisation» d'une institution censée être indépendante par les politiques. «C'est grave, très grave», balance le député Abel Descollines, qui appelle les sages à ne pas entériner la loi qui va leur être transmise, parce que modifiée par les députés. À la Chambre basse, tous les blocs politiques confondus se sont entendus sur la nécessité de voter la loi, vu l'urgence pour Haïti de se mettre au diapason avec le monde de la finance. Comprendre: le hiatus tient plutôt du fait que les députés de l'APH se sont mobilisés à mettre l'UCREF sous les bottes du Palais national. «Aussitôt la loi votée, l'exécutif est autorisé à nommer un nouveau directeur à la tête de l'UCREF, quoique l'actuel directeur général ait un mandat de trois ans», se désole Abel Descollines, appelant l'opinion publique en témoin. Le député Jean-Robert Bossé, lui, tout aussi offusqué par les modifications apportées au texte, parle d'un «scandale», d'un «manque total de hauteur de vue» et d'un «mépris sans faille» pour les institutions. Le texte avec les nouveaux amendements, après avoir été longuement examiné par les députés du peuple, prévoit que deux membres seront désignés par le ministère de la Justice, un par le ministère de l'Économie, un par la BRH et enfin un autre par l'Association professionnelle des banques. Ils constitueront les cinq membres du conseil d'administration de l'UCREF. Le député Jean-Robert Bossé, très dépité ce vendredi, a beau batailler pour que les membres soient choisis par des organismes de la société civile, de sorte que l'institution soit au-dessus de la mêlée. Il n'a pas été entendu, subissant la loi de la majorité. Alors, il s'en remet, comme d'autres, à l'opinion publique, la «dernière rempart», à ses yeux. Le député Lavalas Sinal Bertrand n'en est pas moins acide. Il pense que le texte voté a été cuisiné au Palais national, sans perdre de vue un antécédent: c'est l'UCREF qui a enquêté sur les comptes de Jovenel Moïse, alors candidat, et l'avait accusé de «possible blanchiment» de capitaux. L'élu de Mirebalais revient à la charge. «C'est du jamais vu, c'est inédit ! », s'exclame-t-il, dans une claire allusion au nouveau texte qui accorde un mandat de cinq ans au directeur général de l'UCREF, contrairement à ce que stipule la Constitution. Ce n'est pas une question de parti politique. Il faut envoyer un signal à l'international que tout n'est pas politique en Haïti, plaide Descollines, transfuge du PHTK. Ces députés, issus de différentes tendances politiques, qui sont plus d'une vingtaine, croient savoir que leur position n'est nullement l'expression d'une contestation stérile. Ils soutiennent que l'UCREF doit être à même d'enquêter sur les petits comme les gros gibiers, sur les politiques comme sur les élus. Pour eux, mettre l'institution sous la coupe réglée de l'exécutif est de nature à faire enfler les soupçons de corruption, de blanchiment d'argent auxquels sont généralement impliqués les plus puissants d'ici. Ce coup de semonce intervient alors que le député Jerry Tardieu a salué jeudi soir le vote du texte et que le député Price Cyprien, lui, a parlé de «petite victoire» pour l'île. Y a qu'à dire.

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