Des parlementaires se moquent de la «nostalgie» de Jules Cantave

Publié le 2016-10-20 | Le Nouvelliste

National -

Les juges de la Cour de cassation ne trouvent pas beaucoup d’alliés dans leur démarche d’exiger, dans une résolution, le remplacement de Jocelerme Privert. Après le rejet de l’ambassadeur des États-Unis en Haïti et la condamnation du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), ce sont des parlementaires qui s’en prennent à Jules Cantave et à ses cinq autres collègues. « C’est une blague. Une mauvaise blague», lâche le député Patrick Norzéus, à propos de la résolution des juges de la Cour de cassation. Avec un petit sourire narquois, le député accuse les magistrats de vouloir plonger le pays dans un « deuxième Matthew» alors que des milliers de nos frères et sœurs vivent dans le désarroi dans le grand Sud depuis le passage de l’ouragan. Pour le représentant de la circonscription des Baradères, « le président de la Cour de cassation n’a que la nostalgie» du pouvoir qui lui a filé entre les doigts le 7 février dernier. Le député, ayant fait partie de la délégation qui avait assisté à la signature de l’accord du 5 février au Palais national, se souvient de la démarche de l’ex-ministre de la Justice et secrétaire général du palais national, Jean-Renel Sanon, qui avait proposé que les trois pouvoirs s’entendent dans le but d’installer le président de la Cour de cassation à la tête de l’exécutif. « J’ai été parmi ceux qui se sont soulevés contre cette proposition», rapporte Patrick Norzéus, qui n’a pas été convaincu de la façon de désigner celui-ci. « J’avais dit au président Martelly qu’il ne pouvait pas désigner son successeur», poursuit le député des Baradères, avant de rappeler que la commission bicamérale formée par la suite pour la succession de Michel Martelly avait «écarté le pouvoir judiciaire parce qu’il était intéressé». « Étant donné que ce Monsieur avait eu le temps de confectionner sa veste et inviter ses amis à son investiture, nous pouvons comprendre qu’il soit nostalgique», se moque Patrick Norzéus, accusant Jules Cantave d’avoir envoyé son cousin, le sénateur Carl Murat Cantave, «torpiller la commission bicamérale pendant cinq jours jours afin d’empêcher le choix des candidats ». Pour le sénateur Jean-Baptiste Bien-Aimé, les juges de la Cour de cassation seraient peut-être des marionnettes. « Ils sont peut-être utilisés par des gens qui ont la nostalgie du pouvoir», tance le sénateur du Nord’Ouest qui pointe du doigt des membres de l’ancien régime qui avaient nommé ces juges. « C’est très méchant», assène le sénateur, qui pense que cette initiative vise à empêcher l’organisation des prochaines élections et déboucher sur un coup d’État au profit de l’équipe Tèt Kale. Il accuse ces derniers de jouer pieds et mains pour contrôler le pouvoir à cause des nombreux dossiers de corruption dans lesquels ils sont impliqués. Jean-Baptiste Bien-Aimé appelle les juges à se ressaisir. «Étant donné que la société les a tolérés, aujourd’hui, ils se croient suffisamment armés pour poser ce genre d’action alors qu’ils sont entrés à la Cour de cassation par contrebande», s’époumone le sénateur de l’Ouest Steven Benoît, jeudi sur les ondes de Radio Magik 9. Le parlementaire ne comprend pas pourquoi aujourd’hui les juges se rabattent sur la Constitution du 29 mars 1987 pour justifier leur démarche. « Quand leur patron, Michel Martelly, les a nommés à la Cour de cassation sur la base de la Constitution amendée, ils n’avaient pas dénoncé l’illégalité et l’inconstitutionnalité de ce document », rappelle le sénateur, qui avait toujours dénoncé les fraudes introduites dans le document après son adoption par le Parlement. Seuls Jean- Louis Mécène et Jean-Pierre Pressoir ont été nommés régulièrement à la Cour de cassation. Les quatre autres sont des usurpateurs», selon Steven Benoît. Assimilant la démarche des juges de la Cour de cassation à un projet de «coup d’État», Steven Benoît déclare que «ça ne passera pas».

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