Toucher la plaie du doigt

Publié le 2016-10-14 | Le Nouvelliste

Editorial -

Près de deux semaines après le passage de l’ouragan Matthew sur le pays, plusieurs milliers de sinistrés des coins reculés guettent toujours l’arrivée des autorités. Mais, depuis mercredi, le débat n’est plus de chercher à comprendre comment aider ces derniers, mais il tourne autour de la question de l’aide humanitaire dominicaine. La photo montrant l’impressionnant convoi dominicain fâchait déjà des « nationalistes » avant même son arrivée sur le territoire national. Pour certains, les autorités haïtiennes auraient dû refuser catégoriquement cette assistance fournie par notre voisin. De peur qu’elle n’entrave la souveraineté nationale. Pour d’autres, il faut mettre l’orgueil de côté et penser de préférence à ces gens qui souffrent. Il faut toucher la plaie du doigt. Qu’avons-nous fait pour limiter les dégâts en cas de catastrophes naturelles ? Quelles leçons avons-nous tirées des catastrophes précédentes ? Nou kite bourik la, n ap bat sakpay la. Le hic de l’assistance dominicaine : la présence des soldats dominicains sur le sol haïtien. Homme d’Etat de son état, le ministre haïtien des Affaires étrangères avait pourtant démenti l’information. Les militaires dominicains sont bel et bien là. Armés. D’ailleurs, l’arme n’est jamais loin. Après une telle bévue, le ministre aurait été poussé à démissionner. Dans un autre pays plus accro aux principes de droit. Pour tenter de réparer « l’affront », des sénateurs appellent le gouvernement à « déguerpir sans délais » les militaires dominicains dispersés dans plusieurs points de la capitale. Mais, comment ces soldats ont-ils pu accéder jusqu’aux bases haïtiennes sans une entente préalable? Malgré cette levée de boucliers, le gouvernement haïtien n’a pipé mot à ce sujet. Embarrassée, l’ambassade dominicaine a, de son côté, appelé les dénonciateurs à « reconnaître et apprécier les vrais gestes d’amitié ». Et si on s’attaquait enfin aux vrais problèmes ?

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