La présence des soldats dominicains en Haïti provoque des vagues

Le déploiement de militaires dominicains sur le sol haïtien a provoqué de vives réactions en Haïti. Des parlementaires ont appelé, vendredi, le gouvernement à « déguerpir sans délais » les troupes dispersées dans plusieurs points de la capitale. Face à cette levée de boucliers, l’ambassade dominicaine a sorti une déclaration pour appeler les dénonciateurs à « reconnaître et apprécier les vrais gestes d’amitié ». Le gouvernement n’a pipé mot après avoir tenté de cacher le déploiement des troupes dominicaines sur le territoire national.

Publié le 2016-10-14 | Le Nouvelliste

National -

La présence des soldats dominicains sur le territoire provoque colère et indignation dans les différentes couches de la population. Personnalités politiques et intellectuelles, sont très remontées contre le déploiement des troupes voisines chargées officiellement de sécuriser le convoi humanitaire dominicain en Haïti. Au Parlement, ce déploiement militaire ne passe pas. C’est la commission Justice et Sécurité qui s’est chargée d’exprimer les sentiments du grand Corps. La commission, présidée par le sénateur Jean Renel Sénatus, a accordé un délai de 24 heures au gouvernement pour débarrasser le territoire des militaires déployés sous couvert de l’humanitaire. Dans une correspondance adressée au président du Sénat, la commission Justice et Sécurité déclare que « Suite aux constats faits, successivement par les sénateurs Onondieu Louis, Youri Latortue et Jean-Marie Junior Salomon, de la présence de soldats dominicains lourdement armés sur la route de l’aéroport et à la base Borno à côté de la Marine haïtienne, en démenti des informations fournies par le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur, lors de la séance spéciale du 12 octobre 2016, de bien vouloir conjointement au président de la Chambre des députés, signifier au Premier ministre, ministre de la Défense nationale, l’obligation qui leur est incombée de déguerpir sans délais, soit en moins de 24 heures, ces militaires du territoire national ». Face aux multiples réactions, l’ambassade dominicaine a sorti une déclaration pour dénoncer des rumeurs faisant croire que le gouvernement dominicain organise une invasion militaire déguisée en aide humanitaire. « C’est très regrettable que des deux côtés de l’île, il existe encore des personnes qui persistent à vendre la fantaisie du cheval de Troie pour intimider et produire la peur chez leur respective population», déclare l’ambassade, évoquant une solidarité et un sentiment de bon voisinage. Peut-être qu’ils ne se rendent pas compte qu’il existe une relation si enracinée dont la seule chose requise est de pouvoir l’ordonner avec sagesse le plus vite possible, étant donné qu’aucun acteur en particulier, ni aucune action unilatérale n'aura la force suffisante pour l’interrompre». «Nous lançons un appel aux mentalités maléfiques de faire montre de respect envers la population haïtienne qui subit aujourd’hui les effets de l’ouragan. Nous les invitons en même temps à apprendre à reconnaître les vrais gestes d’amitié, pour qu’ils soient pris en valeur à juste titre », poursuit la déclaration portant la signature de l’ambassadeur dominicain à Port-au-Prince, Rubén Silié Valdez. En effet, un imposant convoi humanitaire de près de 500 voitures et d'engins de tout type est arrivé à la frontière haitiano-dominicaine mercredi en soutien aux victimes de l’ouragan Matthew. « Cette initiative est une contribution pour qu’ensemble, haïtiens et dominicains, dépassent mutuellement les perceptions négatives qui nous ont été imposées par nos passés autoritaires, grandement rejetés aujourd’hui », peut-on lire plus loin dans la déclaration de l’ambassadeur dominicain. Du côté du gouvernement, c’est le silence total. Personne n’a réagi sur l’affaire qui a provoqué un grand tollé dans le paysage politique. Les ministres concernés ne sont même pas revenus sur les déclarations faites la veille, faisant croire à la population que les militaires dominicains ne sont pas dans le pays. Le ministre des Affaires étrangères, Pierrot Délienne, avait personnellement précisé aux journalistes qu’il n’y avait pas de soldats dominicains en Haïti et que la sécurité de la délégation était assurée par la police nationale. Les membres de la commission Justice et Sécurité du Parlement, qui ont rendu visite à la base Borno, ont confirmé la présence de soldats dominicains lourdement armés.

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