Archives nationales d’Haïti, 20 août 2016, 156 ans déjà

Les Archives nationales de l’État, gérées par la secrétairerie d'État des Finances, deviennent, par le décret-loi du 18 octobre 1941, les «Archives nationales d'Haïti ». Entre 1951 et 1972, l'homme politique et directeur des Archives nationales d’Haïti, Laurore Saint-Juste a donné un nouveau souffle à l'institution. Depuis, le 11 juillet 1983, c'est Jean-Wilfrid Bertrand, l'artisan le plus ardent de la réforme de cette institution, qui a été nommé par commission du président de la République, directeur des Archives nationales d’Haïti. Un poste qu'il occupe jusqu'à date au sein de cette insitution qui vient de célébrer ses 156 ans.

Publié le 2016-08-26 | Le Nouvelliste

Jeanne d’Arc Boissonneault souligne que « sans archives, la mémoire s’estompe et disparaît ; sans mémoire, un peuple ignore ses racines, son identité, ses droits, l’écheveau de ses itinéraires passés et l’éventail des voies possibles qui offrent à lui. Il lui revient alors de s’approprier son propre temps, de le comprendre et de tabler sur lui pour ébaucher l’avenir ». Alors, le président Jean-Pierre Boyer, qui comprend l’importance des archives, adresse un message en date du 15 septembre 1829 à la Chambre par lequel il lui propose de fonder à la Coupe, à deux lieues de Port-au-Prince, dans la montagne, une ville qui serait un lieu de sûreté pour recevoir en dépôt les archives publiques, en cas d’invasion française. C’était la première fois que le problème des archives haïtiennes était posé. Il a fallu cependant plus de trente ans pour que le problème soit pris au sérieux. En effet, sous le gouvernement de Geffrard, le pays connaît un grand essor à travers ses réformes. Ainsi, à la suite d’un rapport établi à la demande du président Geffrard par le secrétaire d'État au Département de l'Intérieur et de l'Agriculture, l’arrêté présidentiel du 20 août 1860 impose la réunion des deux dépôts d'archives publiques établis dans la première moitié du XIXe siècle : les archives du gouvernement (secrétairerie générale du gouvernement, cabinets particuliers, Département de la guerre et de la marine), d'une part, et les archives générales (ancienne secrétairerie d'État des Finances, état civil), d'autre part. À cette occasion, l'établissement des archives générales des finances devient le dépôt général des archives d'Haïti. Au cours de cette époque, le gouvernement de Geffrard fait face à des soulèvements de toutes sortes de même qu’à des tentatives de renversement du pouvoir. Pour ces raisons, le statut de l’arrêté devient inopérant. Profitant de la situation, certains fonctionnaires de l’État à l’honnêteté douteuse font disparaître les documents qui caractérisent les actes de leur fonctionnement par tous les moyens existants, décrivait Jean Yves Muscadin. Durant les années suivantes, l’espace de stockage des archives ne peut répondre à la multiplication des documents publics. C’est pourquoi, en 1922, on transfère les Archives de l’État dans un local situé à l’angle des rues Borgella et Geffrard, construit en 1905 pour abriter un marché public. En effet, le gouvernement a répondu au problème d’espace mais il a oublié les conditions de conservation qui ont causé la perte d’un grand nombre de documents. D’ailleurs, Muscadin a souligné que « les travaux normatifs ne sont pas effectués pour répondre à la conservation des documents ». À la suite de différents problèmes auxquels sont confrontées les Archives de l’État, une autre loi est édictée en juin 1933 dans le but de réassigner le personnel de l’institution. Malheureusement, dans une lettre du directeur général des Archives de l’État adressée à son supérieur hiérarchique, il mentionnait que les législateurs de cette loi n’ont aucune idée de l’archivistique et ils n’ont pas été consultés par les spécialistes du domaine. C’est pourquoi ce même directeur, en l’occurrence Caïus Dautant, fait savoir que la loi comporte trop de vides et mérite d’être corrigée. Selon lui, « elle ne propose aucun moyen de contrôle ». La déconsidération manifeste des dirigeants pour le fonctionnement méthodique de l’institution les pousse cependant à piétiner les critiques de Caïus. Du coup, les problèmes se consolident. C’est un fait qu’en Haïti, l’intérêt personnel prime souvent au détriment de l’intérêt de la nation. C’est ce qui explique l’antagonisme entre les dirigeants. Cette synergie malheureuse provoque des prises de décisions qui ne sont pas cruciales. Tel est le cas des Archives nationales de l’État, gérées par la secrétairerie d'État des Finances, qui deviennent, par le décret-loi du 18 octobre 1941, les « Archives nationales d'Haïti ». Sous le gouvernement de Léon Dumarsais Estimé (1946-1950), on assiste à des réformes astucieuses au sein de l’administration publique. Bella Natacha le confirme en ses mots : « L’administration de Dumarsais Estimé est considérée comme rêve des plus imaginatives et des plus progressistes du siècle. » Donc, on croit déjà que les Archives nationales d'Haïti vont sortir de leur bourbier. Certes, des efforts sont consentis et des médicaments sont donnés au malade. Mais ils ne suffisent pas en dépit de l’action heureuse menée par des hommes dynamiques. Homme politique et directeur des Archives nationales d’Haïti entre 1951 et 1972, Laurore Saint-Juste donne un bon exemple d’action positive. En effet, durant sa période de direction, il a entamé une campagne de valorisation à travers différentes expositions de documents. Il a trouvé aussi des coopérations lui permettant d’améliorer l’image de l’institution. Ensuite, il a essayé de conscientiser les dirigeants sur l’importance des archives. Il souligne en ses mots : « En diverses occasions, nous avons souligné à l’eau forte que l’immobilisme, notre retard sur le chemin du progrès, tout cela est dû au mépris dans lequel ont été tenues les archives publiques. » Malgré ses efforts, il ne réussit pourtant pas à résoudre le problème de la conservation des archives. Notons que le Canada faisait face aussi à ce problème de conservation des archives d’après le discours de Lessard : « Il est indéniable que bien des documents ont été abîmés ou perdus à cause de mauvaises conditions de conservation. La conservation de documents dans des maisons privées ou dans les lieux inadéquats provoque des pertes irremplaçables ou, à tout le moins, une détérioration importante de ceux-ci » (1941). Contrairement à nous, les dirigeants canadiens ont pris leur destin en main. Pour freiner ce problème lié à la conservation des archives, les Archives nationales d'Haïti décident de ne plus recevoir de versement (depuis 1950 à nos jours) puisque l’espace de l’institution est surchargé. Cette situation donne naissance, en 1953, à un projet de construction d’un nouveau bâtiment pour cette institution qui tiendra compte des normes archivistiques. Mais, hélas, rien n’est fait et la situation dure depuis. Suite à ce manque de considération qui touche notamment aux conditions de stockage, beaucoup de documents sont détruits. Malgré tout, pour marquer le 150e anniversaire de l’indépendance d’Haïti, le 16 septembre 1954, les Archives nationales d’Haïti organisent une exposition avec des documents précieux d’Haïti en invitant les autorités à y prendre part de manière à les conscientiser à l’importance d’une bonne conservation des archives. La contestation se fait également entendre dans les médias et les articles de journaux : on exige du gouvernement qu’il prenne ses responsabilités vis-à-vis des Archives nationales d’Haïti. Malheureusement, rien de sérieux ne se produit. Consciente de la déconsidération de l’État, l’institution s’appuie davantage sur la coopération pour résoudre ses problèmes. En effet, Les Archives nationales d’Haïti prennent part pour la première fois à la Conférence internationale de la table ronde des archives (CITRA) autour du thème « Les archives en formation » du 25 au 27 avril 1955 à Namur, en Belgique. Cette table ronde offre à l’institution une meilleure compréhension des documents à éliminer et à conserver. Malgré la coopération, la direction générale des Archives nationales d’Haïti sait qu’il est évident de trouver la main forte des autorités concernées afin qu’elle puisse remplir sa mission. Ainsi, toujours dans le souci de valoriser l’institution et d’attirer l’attention des décideurs, les Archives nationales d’Haïti organisent une exposition le 4 juillet 1958 avec des documents haïtiens venant de l’étranger. Sénateurs, députés, ministres et autres « hauts fonctionnaires publics » étaient invités dans l’espoir qu’ils seront conscientisés par la situation critique de l’institution. Encore une fois, rien n’est fait de sérieux. En cette même année (1958), à la suite des démarches menées par Jean Price Mars et Jacques Roumain, notamment pour valoriser l’étude archivistique et combler le vide institutionnel, est créé un département d’archivistique, bibliothéconomie et muséologie à la Faculté d’éthnologie. Initiative louable, mais faisant objet de sérieux handicaps : premièrement, manque de professionnels qualifiés pour dispenser les cours ; deuxièmement, ces disciplines restent traitées en « parent pauvre ». D’où la suppression de ce département dans les années suivantes. Le 13 juillet 1961, par décret législatif, les Archives nationales d’Haïti sont placées sous le contrôle du Département de l’Éducation nationale. Ces décennies (1960-1980) sont surtout caractérisées par une politique répressive du régime duvaliériste qui a causé, par peur de mourir, la fuite des milliers d’Haïtiens vers d’autres pays. Cependant, les Archives nationales Haïti bénéficient quand même, durant ces années, de plusieurs missions du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), de l’Organisation des États américains (OEA) et de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Ces missions consistent à faire un état des lieux et apporter aux Archives nationales d’Haïti un soutien en termes de formation, de moyens financiers et de recommandations. Les efforts déployés par ces missionnaires débouchent sur la rédaction d'un document de projet du PNUD intitulé « Développement des services de la documentation, des archives et des bibliothèques », soumis au gouvernement en avril 1979. Malheureusement, des circonstances contraires ne permettent pas à cet important projet d'aboutir. L’un des points forts du projet visait « l’absence d’employés professionnels ». À ce sujet, Delmas Bruno disait d’ailleurs : « La volonté ne peut rien s'il n'y a pas les hommes compétents pour lui donner corps. » Ce problème était soulevé depuis la création des Archives nationales d’Haïti en 1860 par le secrétaire d'État au Département de l'intérieur, qui soulignait : « (…) pour atteindre le but que j'indique, il est indispensable, tout en portant de larges réformes dans la partie matérielle de l'organisation, d'élever le personnel de l'établissement à la hauteur de son importante mission ». Dans la même lignée, Bousco et Willemin, dans un rapport sur la formation des spécialistes de l’information en Haïti, en 1979, disaient à propos des archivistes : « De ce côté-là, la situation est plus grave, car il n’y a actuellement aucun archiviste, même de formation moyenne, qui travaille dans les Archives nationales d’Haïti. Aucun pays ne peut se permettre de confier ses archives à des non-archivistes. » Rattachées à l'Éducation nationale en 1961, les Archives nationales d’Haïti se relèvent avec l'arrêté du 25 mars 1974 de la secrétairerie d'État à la Justice. Deux lois organiques successives (loi du 24 juin 1974 et loi du 18 août 1976) définissent, pour la première, la place des archives au sein du Département de la Justice et, pour la seconde, ses structures, son fonctionnement et ses missions. L’année 1978 apporte un vent de conscientisation vis-à-vis des documents d’archives. Ceci peut s’expliquer par Bruno en disant : « Toutefois, l’ensemble des travaux effectués par l’institution en coopération constante avec les responsables et les professionnels haïtiens du domaine n’était pas inutile. Si, du côté des organismes nationaux et internationaux, les actions tournent court, la minorité travaillant dans le secteur de la documentation, stimulée et mobilisée par deux ans d'activité intense et notamment par le stage organisé par l'Unesco à l'Institut pédagogique national en 1978, prend le relais. » En effet, le stage a été un véritable catalyseur et a provoqué la prise de conscience et le regroupement des professionnels et autres travaillant dans le secteur, auparavant dispersés et démunis, et qui disposaient désormais de documents pour fonder leur réflexion et leur action. Cela débouche sur une harmonisation inédite entre les professionnels et amateurs haïtiens qui fondent la section haïtienne de l'Association des archivistes, bibliothécaires, documentalistes francophones des Caraïbes (AABDFC) créée le 20 octobre 1979, à Fort-de-France (Martinique), à l'occasion du Congrès de l’Association of Caribbean University, Research and Institutional Libraries (ACURIL). Cette initiative brise leur isolement et facilite les échanges avec des professionnels voisins, confrontés aux mêmes problèmes. En septembre 1982, une commission de quatre membres est formée par Bertholand Edouard, alors secrétaire d'État au Département de la Justice, avec l’objectif de résoudre le problème lié à la livraison des extraits. À la suite de la remise du rapport de la commission, plusieurs mesures ont été adoptées et exécutées : travaux de réparation, limogation et meilleure affectation des employés tout en ouvrant des guichets qui favorisaient l’amélioration du service. Cette commission n’avait même pas un spécialiste archivistique. C’est pourquoi l'AABDFC, qui suit l'évolution de la situation, décide alors d'écrire au ministre pour lui signaler son inquiétude. De ce fait, une délégation de l'Association reçue par le ministre est informée des projets et rencontre la commission de restructuration en vue d'élaborer un nouveau plan d'action. Tout ceci a été soldé par le remplacement du directeur général des Archives nationales d’Haïti par une commission de direction provisoire de trois membres, totalement indépendante de l'ancienne administration et résolue à combattre toutes les irrégularités qui s'étaient développées aux Archives nationales d’Haïti. Cette dernière élabore un plan d’action qui tient compte non seulement de l’état civil, mais également des archives historiques. Avec ce plan, des dispositions administratives sont prises pour diminuer considérablement toute fraude ou malversation et offrir une meilleure image de l’institution. Ce qui débouche sur des résultats importants : beaucoup plus de livraison d’extraits par jour, de très bonnes dispositions face au maquignonnage, volonté très poussée pour sauver et traiter les documents en situation difficile. Afin que ces mesures soient durables, l’Unesco approuve pour le Département de la Justice un projet de formation d'aides-archivistes, et ce dans le but d'obtenir la venue d'un expert pour mettre au point avec les responsables haïtiens un programme ponctuel de formation de vingt étudiants-fonctionnaires destinés à remplacer les employés renvoyés. C’est ce que nous appelons la première réforme aux Archives nationales d’Haïti. Il s’agit certainement d’un nouveau départ pour l’institution. Le projet consiste à donner une formation durable aux nouveaux recrutés qui ne connaissent rien en archivistique. Toutefois, il faut noter qu’il y a un concours et que l’un des critères de sélection qui donne aux postulants, qui sont des bacheliers, accès à ce concours est celui d’avoir de bonnes notes en histoire. Ce projet fait son petit bonhomme de chemin et ouvre la voie à un nouveau paradigme. Toutefois, nous pouvons se demander : « Si le département de bibliothéconomie et d’archivistique de la Faculté d’ethnologie était prise au sérieux et que c’était des étudiants de ce dit Département qui étaient recrutés, la situation de l’institution ne serait-elle pas meilleure ?» Par ailleurs, ce nouveau paradigme permet aux Archives nationales d’Haïti d’avoir un nouveau statut juridique. En effet, pour promouvoir la culture haïtienne, l'Institut national haïtien de la culture et des arts (INHACA) prend naissance par la loi du 30 juin 1983 et représente du même coup l’organisation de tutelle des Archives nationales d’Haïti. C’est pour cette dernière une victoire, en ce sens que cette institution a maintenant beaucoup plus de marge de manœuvre pour exposer sa vision. Le statut des Archives nationales d’Haïti se trouve rehaussé, ses possibilités d'action renforcées, ses objectifs redéfinis. Pour parachever cette réforme fondamentale, Jean-Wilfrid Bertrand, l'artisan le plus ardent de la réforme de cette institution, est nommé, par commission du Président de la République, directeur des Archives nationales d’Haïti le 11 juillet 1983. Auparavant, Jean-Wilfrid Bertrand était directeur des bibliothèques de l’Institut français d’Haïti, de l’Institut national de gestion et des hautes études internationales (INAGHEI), de l’Université QUISKEYA, assistant directeur de la Bibliothèque nationale d’Haïti, ex-président de Association of Caribbean University, Research and Institutional Librairies (ACURIL), vice-président de la Conférence internationale de la table ronde des archives (CITRA), président de l'Association des archivistes, bibliothécaires, documentalistes francophones des Caraïbes (AABDFC) de la section haïtienne. Tenant compte de ses compétences et expériences, nous pouvons dire qu’il s’agissait purement d’un choix technique. En effet, il était déjà reconnu dans le milieu à l’échelle internationale, donc l’institution pourrait rehausser plus facilement son statut sur la base de son expertise et ses relations. La montée du directeur général et celle des nouveaux employés fut baptisée sous le nom de l’ « équipe 1983 ». La volonté de sauvetage et de modernisation des Archives nationales d’Haïti se manifeste par l’équipe 1983, mais tant de problèmes fonctionnels demeurent. Le dépôt de l’institution fourmille : trop de papiers, trop de personnels pour l'espace disponible. À la suite de différentes démarches menées par la direction générale de l’institution, les autorités, conscientisées un peu, promettent dans les prochains mois un nouveau bâtiment pour cette institution qui s’occuperait de l’état civil. Cette promesse fut matérialisée deux ans plus tard. En ce sens, l’institution est désormais sur deux bâtiments : l’un pour l’état civil et l’autre pour les archives historiques. De plus, les documents aux Archives nationales d’Haïti s’entremêlent. Il n’y a pas de respect de fond, les dossiers ne sont pas organisés et les archivistes sont obligés de faire un « travail à la pièce ». Le pire est qu’il n’y a pas de bordereau de versement pour essayer de reconstituer les dossiers. Face à toutes ces difficultés, une nouvelle loi organique est attribuée le 2 octobre 1984 aux Archives Nationales d’Haïti qui interdit l’accessibilité des documents au public. L’année 1986 marque la chute du régime duvaliériste. Encore une fois, il y a changement de régime, changement de tutelle pour les Archives nationales d’Haïti. En effet, le décret du 10 mars 1986 met fin à l’INAHCA, faisant des Archives nationales d’Haïti un organisme autonome et les reliant au Ministère de l’Information, de la Coordination et de la Culture. Durant ces années-là, les archivistes, confrontés à un travail ardu, veulent attaquer le problème en amont. Constatant le vide qui existe dans ce domaine dans les différentes institutions étatiques ; constatant la dévalorisation du métier ; constatant les besoins de l’institution, les archivistes des Archives nationales d’Haïti créent le 18 novembre 1987 l’Association des archivistes haïtiens (ASAH). Ces membres très acharnés commencent à faire l’état des lieux des organismes publics, offrir des séminaires et produire des publications sur le patrimoine de manière générale et sur les archives en particulier, sous la direction de l’institution. Elle participe du 13 au 20 août 1990 comme acteur au colloque et de l’exposition organisés par les Archives Nationales d’Haïti à l’occasion des 130 ans de l’institution sur le thème : « Les Archives nationales d’Haïti : un patrimoine en danger ». Par leur dynamisme et enthousiasme, les Archives nationales d’Haïti arrivaient en 1991 à la présidence de l’Association of Caribbean University, Research and Institutional Libraries (ACURIL). Durant les années suivantes, les Archives nationales d’Haïti font toujours face à de sérieuses difficultés : accroissement considérable de la demande des consommateurs, budget dérisoire alloué à cette institution, matériels de fonctionnement désuets, instabilité politique… Face à cette situation, la direction générale emploie d’autres stratégies pour garder l’institution debout. Par ses relations, le directeur développe encore d’autres partenariats afin de bénéficier de certains projets pouvant embellir l’image de l’organisme. Durant la décennie 1990-1999, les Archives nationales d’Haïti font face à un autre type de difficulté. Ceci dit, suite au départ de Duvalier fils, quelques années près, l’endroit où est logée l’institution est devenu, malheureusement, une zone d’émeute. À plusieurs reprises, les employés sont obligés de laisser leur travail avant l’heure. Parfois, le bureau n’ose pas ouvrir ses portes. La situation devient plus pénible encore durant les années 2003-2004 avec les mouvements pro et anti-Aristide. Consciente du risque de perdre des documents, la direction nationale des Archives dote l’institution, en 2004, d’un système de numérisation par le projet Digital Library of the Caribbean (DLOC), et ce avec l’appui de la Florida International University (FIU). En outre, l’informatisation de l’institution permet la livraison rapide des extraits d’acte d’état civil. L’année 2004 représente le début de la modernisation des Archives nationales d’Haïti. Le 20 août 2009, le ministère de la Culture et de la Communication procède au lancement des activités prévues pour la journée de commémoration des 150 ans des Archives nationales d’Haïti, qui aurait lieu le 20 août 2010. Un documentaire sur les Archives nationales, des ateliers sur l’enseignement de l’histoire d’Haïti, une exposition baptisée Trésors des Archives nationales et la construction de la « Cité des archives », dont la première pierre devait être posée solennellement le 20 août 2010, comptent parmi les activités prévues par le ministère de la Culture, les Archives nationales et leurs partenaires pour célébrer de façon grandiose le tricinquantenaire à venir. Durant le lancement, Olsen Jean Julien et Jean Wilfrid Bertrand évoquent les problèmes liés aux archives dans le pays, notamment les difficultés d’accès et de conservation des documents. Selon le directeur des Archives nationales d’Haïti, les documents du XIXe siècle haïtien demeurent aujourd’hui inaccessibles et nombreux sont ceux qui se trouvent en danger parce que leurs conditions de conservation sont inadéquates. « Si rien n’est fait, ajoute-t-il, nous allons dans les prochaines années vers une société amnésique.» Au lieu d’être améliorée, la situation de l’institution s’est empirée. En effet, le séisme du 12 janvier engendre la plus grande destruction en biens matériels et en vies humaines de toute l’histoire du pays. Il dévaste aussi le riche patrimoine culturel d’Haïti. Des bâtiments historiques, des musées, des bibliothèques, des archives, des galeries, des églises, des salles de spectacle, des ateliers d’art et des marchés publics sont soit endommagés, soit réduits en ruine. Les Archives nationales d’Haïti reçoivent une véritable brimade non pas parce que ses bâtiments sont détruits, mais parce que soixante (60) ans d’archives de diverses institutions étatiques se trouvent sous les décombres. À la suite de ce drame, des mécanismes sont mis sur pied du côté de l’état civil autant que du côté des archives historiques pour sauver des documents qui se trouvent sous des décombres. Du côté de l’état civil, bon nombre de personnes désirent quitter le pays. Ceux dont leurs documents sont perdus veulent se procurer un extrait d’état civil. Le pire vient du fait que le service n’est donné que dans la capitale. Certaines personnes parcourent plus de 250 km pour bénéficier du service. Ces gens doivent en plus trouver un endroit pour passer la nuit avant de retourner chez eux après avoir déposé la demande. Le même scénario est plus complexe encore au moment de la livraison des extraits. Face à cette situation, les Archives nationales d’Haïti affectent un local à Delmas 75 dans le but de délivrer les extraits rapidement. Le plus appréciable dans ces actions est surtout le « partenariat public-privé pour la demande et livraison des extraits de l’état civil ». En effet, après le service de livraison à domicile mené en partenariat avec l’Office des postes et les Presses nationales d’Haïti depuis 2005, l’initiative allait s’élargir par un partenariat public-privé avec l’introduction de livraison au guichet (LAG) par le biais de la Sogexpress, de la Unitransfert, du Multi-Service rapide plus, Plop Plop et Bèl Ayiti. C’était un vent de soulagement pour la population : plus la peine de parcourir un grand nombre de kilomètres pour rentrer dans la capitale, le service étant disponible dans tous les départements du pays. Sauf les cas d’urgence ou d’irrégularités qui méritent un déplacement auprès du bureau des Archives nationales d’Haïti logé au Bicentenaire. Du côté des archives historiques, les tâches sont planifiées à la lumière des principes retenus comme guides de l’effort concerté, à savoir : la solidarité, la qualité et l’autodétermination. Ainsi, immédiatement après le séisme de janvier 2010, la direction générale des Archives nationales d’Haïti, de concert avec les Archivistes sans frontières, constituent des équipes afin d’extraire les archives et autres documents se trouvant sous les décombres des différents ministères et organismes publics affectés. Ils procèdent, premièrement, par la localisation des fonds d’archives des organismes publics et, deuxièmement, par une estimation en mètre linéaire de masses de documents. Les documents ramassés sont empilés dans des boîtes et des conteneurs, puis transportés aux Archives nationales d’Haïti. Faute d’un local inapproprié et par suite d’un budget négligeable, beaucoup de ces documents sont encore en mauvaises conditions de conservation. Toujours à la suite du séisme, est lancé fin mars 2010 une campagne dénommée « ACURIL Solidaire des Bibliothèques et Archives d’Haïti ». Ce projet consiste en dons de matériels, stage de bibliothécaires haïtiens dans les bibliothèques de la Caraïbe, collecte de fonds pour les bibliothèques et archives d’Haïti. De plus, un projet phare de la « Smithsonian Institution » aide les Archives nationales d’Haïti à se moderniser. Appelé « Sauvetage du patrimoine culturel haïtien », le projet est lancé le 5 mai 2010 par la « Smithsonian Institution » sous la direction d’Olsen Jean Julien, également directeur du centre du sauvetage des biens culturels en accord avec le gouvernement haïtien, en particulier le ministère de la Culture et de la Communication ainsi que la commission présidentielle pour la reconstruction d’Haïti, en partenariat avec la commission présidentielle des États-Unis pour les arts et les humanités. Le projet visait à récupérer, sauvegarder, restaurer des œuvres d’art, des artefacts, des documents, des éléments architecturaux haïtiens endommagés et mis en péril par le séisme. En ce qui concerne notre article, ce projet spécial entend sauver et mettre en valeur plus de 3000 liasses d’archives historiques datant de 1804 à 1934. Entre mars et mai 2011 sont engagées les discussions sur la définition du projet. Finalisé par la direction des Archives, le document de projet est communiqué au Centre de sauvetage. Par la suite, la Smithsonian affecte Nora Lockshin pour faire un travail de préservation des collections historiques du XIXe siècle des Archives nationales d'Haïti. Toutefois, l’urgence du travail exige davantage de bras. L’institution trouve alors le support de l’UNESCO à travers des universitaires pour des contrats de courte durée, et ceci à plusieurs reprises. En juillet 2012, les Archives nationales d’Haïti mettent sur pied, au niveau des différents ministères et de certaines directions déconcentrées, un projet pilote baptisé « Programme sur la gestion des documents administratifs (PGDA) ». Ce projet, qui ne se concrétise qu’à la banque centrale, vise à apporter sa pierre à la bonne gouvernance en plaçant à l’intérieur de ces différents organismes une « Unité de gestion des documents (UGED) » afin de faciliter l’accessibilité rapide de ces documents par une meilleure organisation. Pour cela, une formation est organisée pour les concernés par le conseil international des archives et les Archives nationales d’Haïti sur le thème «Bon archivage, clé d’une bonne gouvernance». À ce sujet, Didier Lebret a déclaré : « Les Haïtiens remporteront ce pari. » En juin 2013, les Archives nationales d’Haïti procèdent au lancement d’un programme « la pou la », de concert avec l’Office national d’identification et le ministère de la Justice, pour permettre aux gens des zones rurales d’obtenir leur acte de naissance. Une expérience pilote est menée à Mabriole par les Archives nationales d’Haïti et la présidence, qui favorise l’enregistrement en dix jours de 9 466 personnes de tout âge. Du même coup, elles mettent sur pied une structure permanente pour continuer l’enregistrement de même que celui des nouveau-nés. L’activité se réalise aujourd’hui dans plusieurs pays à travers les consulats. Les 24 et 25 juin 2013, la direction générale des Archives nationales d’Haïti, dans l’esprit de rompre avec la culture du « mépris de la mémoire de la nation », organise un forum sur la gestion des archives se déroulant sur le thème : « Assurons la continuité des affaires de l’État par une gestion efficace des documents de l’Administration publique ». Par une prise de conscience, les participants expriment leur volonté de continuer à travailler à la sauvegarde et à la conservation de la mémoire institutionnelle de la nation. Le directeur général des Archives nationales d’Haïti, M. Wilfrid Bertrand, déclare alors « sentir souffler le vent du changement dans la gestion des documents administratifs de l’État ». De plus, le 30 mars 2014, la direction des Archives nationales d’Haïti inaugure, dans le local de l’institution, une salle destinée au VIP au bicentenaire en vue de faciliter l’accès aux services dans un décor agréable. Un guichet spécial est mis à la disposition des messagers envoyés par les VIP. Le directeur général indique que l’inauguration permet de concrétiser le programme dit « de nouveau visage du service public aux citoyens », lancé deux ans auparavant par le gouvernement en place, ainsi que le lancement officiel du service de livraison à l’étranger, qui est un programme implanté et développé rapidement à la satisfaction des compatriotes haïtiens. Un service d’urgence est aussi mis à la disposition de tout un chacun, à condition de toujours donner la preuve d’urgence. Le 14 août 2014, la direction des Archives nationales d’Haïti organise une table ronde sur le thème « Les Archives nationales d’Haïti au cœur de la mouvance d’un développement durable pour Haïti », dans le cadre de la commémoration du 223e anniversaire de la cérémonie du Bois-Caïman au Karibe Convention Center. Le directeur général invoque pour une énième fois le problème de local et termine son discours sur les propos suivants : « Un peuple qui persiste à oublier sa mémoire, c’est un peuple perdu. » De plus, au cours de cette même année, le problème capital du personnel et du traitement de la documentation archivistique est attaqué à la source par un programme intitulé « Les vendredis du PIAF ». Animé par le directeur technique des Archives nationales d’Haïti en l’occurrence Jean Kern Bélizaire, ce programme consiste à former les responsables du service des archives des différentes institutions publiques afin d’amoindrir considérablement les problèmes auxquels font face depuis toujours les Archives nationales d’Haïti dans le traitement des documents. L’année 2016 affiche une activité phare. En effet, cette année accueille l’ACURIL en Haïti du 5 au 9 juin au Karibe Convention Center sur le thème « Leadership : passerelle entre tradition et innovation dans les bibliothèques, archives et musées dans la Caraïbe ». Un ensemble d’activités ont été réalisées: ateliers d'innovation et de leadership, plénières de la session, de tables rondes, sessions d'affiche des dirigeants des bibliothèques, archives et musées de la Caraïbe et d'autres sessions innovantes. Du côté des Archives nationales d’Haïti, une poster session et un texte ont été présentées sur le thème : « Le leadership aux Archives nationales d’Haïti : une transition entre la tradition et la modernité ». De plus, un nouveau laboratoire de numérisation est mis sur pied au local de Delmas 75 par l’institution avec le support de « Family Search » qui a, du même coup, organisé une semaine de formation allant du 4 au 8 juillet. Ce laboratoire va permettre de numériser le maximum de registres possible dans un temps record afin de mettre au service de la population le « registre virtuel ». En ce sens, une personne pourra voir directement comment son acte (naissance, mariage, divorce, décès) est inscrit dans le registre. Actuellement, le rêve de la direction générale des Archives nationales d’Haïti est de construire « la Cité des archives », c’est-à-dire de trouver les Archives, Musée, bibliothèque patrimoniale, collection privée d’importance de manière approximative.
Leonel Blot, Prof à l’université d’Etat d’Haïti Leonelblot12@gmail.com/ leoblot@facebook.com Auteur

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