Migration massive d’Haïtiens vers l’Amérique latine: drame ou opportunité ?

Publié le 2016-07-22 | Le Nouvelliste

National -

Sous un soleil ardent, une ligne d’attente interminable regroupe différentes catégories de personnes voulant atteindre coûte que coûte le nouvel Eldorado haïtien. On est au Centre de réception de demande de visa brésilien, à quelques minutes de l'ambassade américaine à Tabarre. Quotidiennement, du matin au soir, des dizaines de jeunes filles et garçons font le pied de grue devant le Centre qui est le fruit d'une collaboration entre le consulat brésilien et l'Office international pour la migration (OIM), dans l’espoir de trouver un visa humanitaire en vue de quitter le pays au plus vite. À côté du Brésil, le Chili constitue la destination rêvée par tant d’Haïtiens. S’il faut un visa pour se rendre au Brésil, tel n’est pas le cas pour le Chili. « Une lettre d’invitation, une pièce d’identité valide, le billet d'avion et près de US $ 1500 us d’argent de poche », telles sont les conditions imposées à ceux qui veulent s’y rendre. Cependant, un visa d’entrée est exigé pour les étudiants. Aucun sacrifice n’est trop grand pour les candidats à l’immigration. Certains n’hésitent même pas à vendre leurs biens (voitures, maisons …) aux plus offrants pour pouvoir remplir ces conditions. C’est le cas d’Alciné, 33 ans, qui a vendu son taptap pour couvrir les frais de son voyage vers Brasilia. « Pourtant, malgré le coût assez élevé de ces voyages, le nombre des migrants haïtiens s’élève à 70 000 au Brésil et l’on compte au Chili près de 5 000 migrants », affirme Josué Michel du Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (GARR). Avec cette vague d’immigration vers l’Amérique latine, Haïti se voit dépouillée d’une partie de sa jeunesse, de ses cadres, de ses intellectuels. Des jeunes à l’instar de Marc âgé de 28 ans, qui après quatre années d’études en psychologie n’a jamais pu trouver un emploi. Par conséquent, nos compatriotes voient le pays de Michelle Bachelet et celui de Michel Temer comme étant de échappatoires. On enregistre aussi certains qui partent parce qu’ils veulent poursuivre des études. C'est le cas de Lydia, rencontrée à l’ambassade du Chili. Jeune femme chaleureuse mais incertaine d’un éventuel retour en Haïti. Considérant l’ampleur que prend la migration des Haïtiens vers l’Amérique, le phénomène attire l’attention des organisations de défense des droits humains. « Quand j’ai commencé à suivre le flux migratoire des Haïtiens vers le Brésil, j’ai décidé d’aller observer de près la situation. Et j’ai tristement constaté que l’ambassadeur haïtien au Brésil se foutait pas mal des migrants. J’ai même fait part de mes préoccupations au ministre actuel, malheureusement aucune stratégie n’a été adoptée », rapporte Philippe Jean-Thomas du GARR. Il regrette que les autorités haïtiennes n’aient ni la capacité de satisfaire les besoins quotidiens de la population locale ni les moyens de répondre aux besoins des migrants via les représentations diplomatiques. Selon les constats du GARR et d’autres organismes de défense des droits humains, loin de se décourager, le nombre de nos compatriotes traversant les frontières brésilienne et chilienne ou d’autres pays de la région ne cesse de grandir. Les phénomènes migratoires, comme on les observe en Haïti, sont un couteau à double tranchant. Ils ont des bénéfices et des conséquences sur le pays à court ou à long termes. « La migration peut aider à soulager les besoins des familles haïtiennes via les transferts d’argent, parce qu’ils dépassent de loin l’aide publique au développement et l’investissement extrême privé », d’après Vario Sérant, détenteur d’une maîtrise en population et développement. Il reconnaît cependant que la migration ne peut pas définitivement résoudre la crise économique qui perdure en Haïti. La migration, comme le revers de la médaille, entraîne aussi la fuite des cerveaux. Ce qui constitue une entrave au développement du pays.

« Ce reportage a été réalisé dans le cadre de l’atelier de renforcement de capacité des jeunes professionnels des médias et bloggeurs sur « les droits humains, la gouvernance et la démocratie » organisé par Panos Caraïbes en partenariat avec l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Bureau régional pour les pays de la Caraïbe et de l'Amérique latine (BRECAL) du 4 au 8 juillet 2016.

Réagir à cet article