Repose en paix Willems !

Willems Edouard assassiné, le livre perd un gardien J’avais planifié ma journée de A à Z. Je veillais au grain pour réussir à venir à bout de tout ce que j’avais prévu de faire. Et puis paf !, la nouvelle est tombée. Je n’ai plus eu la force de faire quoi que ce soit. Seulement, le courage de rendre, avec d’autres, un dernier hommage au grand courage de Willems Édouard.

Publié le 2016-07-08 | Le Nouvelliste

Culture -

Frantz Duval Rédacteur en chef, Le Nouvelliste Le livre perd un gardien Au Nouvelliste, nous n’en revenons pas de l’assassinat monstrueux de Willems Édouard ce 8 juillet 2016. Me Édouard était un élément rare dans ses domaines de compétence et nous avons toujours eu satisfaction à collaborer avec lui comme directeur général des Presses nationales d’Haïti (PNH) ou du Bureau haïtien du droit d’auteur (BHDA). Auteur, Willems Édouard était dans nos pages et, en spécialiste, il nous prodiguait des conseils. Sa tragique disparition est une perte inestimable. Plus que tout, à titre personnel et comme rédacteur en chef, j’ai été abasourdi en apprenant la mort brutale d'un Homme de plus de la Cité, de ce brillant élément de la société des amis du livre. Willems Édouard avait été décoré en 2012, dans le cadre de Livres en folie, «Gardien du livre » en compagnie du Collège de Côte-Plage, de Marie-Laurence Jocelyn Lassègue et de Dieudonné Fardin. Ce 8 juillet, les livres et les droits d’auteurs sont orphelins. Emmelie Prophète Directrice générale du Bureau du droit d’auteur et grande amie de Willems Édouard Il n’y a pas de mots. De toute façon, ils ne servent plus à rien dans ces situations. Je n’ai pu rien faire de la journée. J’ai laissé le bureau à 5 h pas parce que j’étais occupée, mais parce que je n’arrivais pas à sortir de mon siège. On avait un rendez-vous de travail à 10 h à mon bureau, et il est mort à 9 h 40 a.m. Willems n’était pas seulement un précieux collaborateur, c’était surtout un ami. Un homme de grande culture qui connaissait bien son domaine. C’était quelqu’un en constant apprentissage. Ce qui est le plus ironique, c’est qu’il n’aurait même pas dû être en Haïti en ce moment. Il avait un examen à passer à Paris, mais son visa avait expiré. L’ambassade, débordée, n’a pas pu faire le renouvellement à temps, il avait donc renvoyé son départ pour le 30 juillet prochain. Les gens m’appellent depuis ce matin pour me dire que les bandits tuent les meilleurs. Ce n’est pas dit avec une mauvaise intention mais, en tant qu’écrivain, je ne peux pas laisser passer cela. Les bandits ne demandent pas leur diplôme au gens qu’ils tuent. On ne tue pas les gens, point. Claude Bernard Sérant Chef de la rubrique Culture, journaliste culturel/santé Je suis abattu depuis que j’ai appris la nouvelle. J’ai rencontré maître Willems Édouard en tant que moniteur de formation, il y a plus de cinq ou six ans alors qu’il animait une séance sur le droit d’auteur. Lorsqu’au Nouvelliste, j’ai été muté de la section nationale à la rubrique culture par Pierre Raymond Dumas, j'allais souvent voir Willems qui me passait souvent les ouvrages sortis des Presses nationales. À l’époque, il était directeur général de cette institution publique. Professeur, juriste passionné qui a porté partout le discours sur le respect des droits d'auteur, il prêché par l’exemple. Je sais qu'il avait racheté les droits de beaucoup de livres d’auteurs haïtiens aux fins de rendre ceux-ci plus accessibles en les rééditant. C’est le cas pour Rete! Kot Lamèsi ? de Josaphat Robert Large, de Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain et d’anciens livres de Dominique Batraville. Il a poussé le devoir de vulgarisation qu’il s’était imposé en rachetant les droits sur L’énigme du retour qui avait couronné Dany Laferrière du prix Médicis. Je me rappelle parfaitement m’être procuré mon exemplaire à 150 gourdes grâce à cela. C’est un coup qui frappe durement le cœur de la culture haïtienne. Il faut sévir contre l’impunité. Gaëlle Bien-aimé Comédienne, animatrice radio Je l’ai reçu une fois à mon émission 15 minutes pour vous. J’avais alors beaucoup apprécié sa clarté d’esprit. Il était très concret en tant qu’avocat et très ancré dans une dynamique de changement pour la question du droit d’auteur. C’était un homme très gentil, un intellectuel de grand calibre, qui connaissait bien son sujet. Il avait expliqué ce jour-là a l’émission comment les industries créatives fonctionneraient mieux si la question de droit de la culture faisait loi dans le secteur. Nous avons perdu un géant. Pascale Solages Animatrice télé, féministe Mwen pa gen mo!!! Sou plato 15 minutes pour vous, mwen sonje!!! Rest in Power mon aîné.... Béo Monteau Slameur Et maintenant bon Dieu Tu as bien rigolé Et maintenant bon Dieu Et maintenant j'vais pleurer La belle machine à tuer de Port-au-Prince a encore frappé. Je viens d'apprendre qu'aujourd'hui, on a assassiné Willems Édouard à Pétion-Ville. La belle machine à tuer de mon pays a fait feu sur le poète, sur mon souvenir d'un bar, sur le pathétique de quelques conversations Facebook. On se rencontrera dans tes poèmes, bel ami. Péguy F. C. Pierre Collaboratrice, journaliste culturelle Je dois beaucoup à Willems Édouard la tournure que prend ma carrière professionnelle aujourd’hui. Il a été le premier à susciter mon intérêt pour la question du droit d’auteur, du management culturel et de l’économie de la culture lors d’une formation sur ces questions-là au Montana en 2013. Depuis, je l’ai suivi, avec le Bureau haïtien du droit d’auteur, aux Gonaïves, aux Cayes, à Camp-Perrin et à Jacmel dans ses séances de sensibilisation à des artistes dans ces villes. On a gardé contact et il était devenu depuis ma Bible pour ces questions-là, surtout qu’il faisait partie des quelques rares avocats spécialisés en droit d’auteur. Quand je l’ai rencontré jeudi après-midi vers 4h 30 au Conatel après plusieurs mois, je n’aurais jamais pu imaginer que, vendredi matin, 10 h, on m’annoncerait sa mort. Si seulement j’avais su…

Après sa licence à la FDSE, Me. Willems EDOUARD s'est spécialisé dans le droit d'auteur. Il est également détenteur d'un DESS en management culturel (Paris-III Sorbonne Nouvelle/FIC). Il a dirigé les Presses Nationales d'Haïti pendant 7 ans. Aujourd'hui, il travaille comme avocat et consultant, notamment auprès du Bureau Haïtien du Droit d’Auteur. Il est l’auteur d’un recueil de poésies, Plaies intérimaires, paru en 2005 chez Mémoire d'Encrier.

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