Port-au-Prince: entre vulnérabilités et croissances urbaines…

« Le fait qu’il y ait un étalement urbain est un phénomène normal. Ce qu’il faut, ce n’est pas arrêter la ville puisque c’est un phénomène quasiment naturel, mais c’est de planifier, d’accompagner, de comprendre… », soutient la professeure à l’université Paris 8, Bezunesh Tamru, spécialiste de géographie urbaine et des vulnérabilités socio-spatiales. La professeure est au pays dans le cadre d’un séminaire autour du thème « Port-au-Prince : entre vulnérabilités et croissances urbaines, constructions d’une métropole caribéenne ».

Publié le 2016-06-20 | Le Nouvelliste

National -

Comprendre les différents modes de développements urbains de Port-au-Prince dans ses périphéries récentes, dans ses artères écologiques comme les ravines ainsi que dans les différentes formes d’informalités qui la structurent, c’est la mission que se donne une équipe de chercheurs, des doctorants et des étudiants en master à l’Ecole normale supérieure de Port-au-Prince. Un programme de master en géographie de l’université Paris 8 délocalisé à la suite du séisme du 12 janvier 2010. Du 20 au 22 juin, la question des périphéries urbaines de Port-au-Prince, qui se sont accélérées après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, est au cœur des discussions à l’Université Quisqueya. Cette activité rentre dans le cadre d’un séminaire organisé par l’université Paris 8, coordinateur du Programme financé par l’Union européenne, et ses partenaires, notamment l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, l’Université d’État d’Haïti et l’Université Quisqueya. Selon Bezunesh Tamru, vice-présidente en charge des relations internationales et professeure à l’université Paris 8, l’objectif du programme est de construire une génération d’enseignants chercheurs géographes dans le pays. « Depuis 2011, deux promotions ont été diplômées en master II (diplôme de l’Université Paris 8), a confié la professeure. On en a 34 qui travaillent dans les universités haïtiennes, les ministères, les ONG. Notre formation était fondée sur les vulnérabilités, sur les risques. Nous allons continuer, pas seulement sur la formation mais également sur la recherche. Nous avons également neuf doctorants. » Depuis le séisme, la question de planification urbaine ou de réaménagement du territoire est sur toutes les lèvres pour critiquer les autorités sur la gestion de la ville, en particulier sur la naissance des nouveaux grands bidonvilles, dont Canaan. Questionnée à ce sujet, Bezunesh Tamru relativise. Un étalement urbain, dit-elle, est un phénomène normal. « Ça existe dans le monde entier, les villes s’étalent, très souvent au détriment des terres rurales », poursuit la professeure, qui a mis en place le master de géographie délocalisé de Paris 8 à l’Ecole normale supérieure de l’Université d’Etat d’Haïti, à Port-au-Prince. « Ce qu’il faut, ce n’est pas arrêter la ville puisque c’est un phénomène quasiment naturel, mais c’est de planifier, d’accompagner, de comprendre que cet étalement ne se passe pas au détriment des plus démunis », a conseillé Bezunesh Tamru, spécialiste de géographie urbaine et des vulnérabilités socio-spatiales, et auteure de nombreuses publications et ouvrages. Canaan ou encore Gressier qui s’étale, serait-ce des conséquences d’une mauvaise planification urbaine ? « J’aurais du mal à le dire, mais un déficit de planification urbaine c’est certain », a répondu la professeure. Avant de préciser : « Il ne faut pas sous-estimer le fait que Port-au-Prince est une métropole comme les autres mais à la différence une métropole qui a quand même eu plusieurs chocs, des chocs terribles comme le séisme, mais aussi des chocs politiques et que tout ceci ne permet pas une planification à long terme. Et ceci veut que les gens créent donc naturellement leurs quartiers pour vivre. Maintenant c'est le temps d’accompagner. » Pour Bezunesh Tamru, Française d'origine éthiopienne, le déguerpissement ou le déplacement n’est pas la solution. « Il faut accompagner, se responsabiliser, mais surtout s’attaquer à un grand problème : la pauvreté », insiste celle qui coordonne actuellement un projet de recherches dans le champ de l’urbain avec l’appui financier de l’Union européenne. Présente à l’activité, Sylvanie Jardinet, attachée de coopération (section Infrastructures) à l’Union européenne, a vanté ce programme avec Paris 8, qui permettra entre autres de renforcer les institutions, préparer des professionnels sur l’aménagement du territoire. L’Union européenne, a souligné Sylvanie Jardinet, finance le Programme d'appui à la reconstruction et à l'aménagement de quartiers (PARAQ), exécuté dans neuf quartiers. Pour une enveloppe de 74 millions d’euros, dont 55 millions financés par l’Europe. « C’est la partie visible du projet », a-t-elle indiqué. « On va continuer d’appuyer le secteur urbain à une autre dimension, a assuré Mme Jardinet. Forcément cette problématique des périphéries va être au cœur même de cette nouvelle construction de la politique de la ville. On envisage un travail avec les institutions haïtiennes en ce sens. » Pour le premier jour, Johan Milian, maître de conférences, qui collabore à ce projet (ENS/Paris 8) depuis quatre ans, a abordé les nouvelles périphéries de Port-au-Prince. Avant et après le séisme. Des terres agricoles qui ont disparu, à Gressier ou à Léogâne … Le problème s'est accentué avec le séisme. Et cela ne va pas s’arrêter. Le développement urbain non plus.

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