Rapport de la Commission de vérification, Kenneth Merten n’y voit pas de problème mais ne souhaite pas une reprise des élections

Le coordonnateur spécial du dossier Haïti au Département d'Etat, l'ex-ambassadeur américain en Haïti Kenneth Merten, était l’invité de Jacques Jean-Baptiste, journaliste du service créole de La Voix de l’Amérique. Le diplomate indique qu’il ne revient pas à son pays de se prononcer sur le rapport de la CIEVE. En revanche, il renouvelle l’attachement des Etats-Unis à l’achèvement du processus débuté le 25 octobre et indique qu’il ne sait pas encore si son pays va financer une reprise des élections.

Publié le 2016-06-06 | Le Nouvelliste

National -

L’ancien ambassadeur des Etats-Unis à Port-au-Prince était invité à commenter les conclusions du rapport de la Commission indépendante d'évaluation et de vérification électorale (CIEVE). S’il affirme qu’il n’a pas encore lu l’intégralité du document, il pense qu’il ne revient pas à son pays de discuter ou de se prononcer sur les conclusions, rappelant qu’il s’agit avant tout d’un processus haïtien. Le responsable du dossier d’Haïti au Département d'Etat affirme, contrairement à ce qu’a cru l’opinion publique, n’avoir jamais eu de problème avec la Commission de vérification. « Nous avons toujours dit que nous craignions que le travail de cette commission rende plus compliqué et plus long le processus électoral. Si le peuple haïtien se trouve confortable avec le travail de la Commission, cela ne nous dérange pas », explique-t-il, quelques minutes après avoir rappelé que son pays avait été invité par le gouvernement haïtien pour assister et supporter le processus. « Nous avons supporté financièrement ces élections à hauteur de 33 millions de dollars. Ce que nous voulons, c’est l’achèvement du processus électoral en Haïti. Nous voyons en la Commission de vérification une étape que certains croient nécessaire. Encore une fois, ce n’est pas à nous de décider si elle l’est ou ne l’est pas. Cependant, le problème pour nous c’est que plus long sera le mandat du gouvernement provisoire, plus longtemps nous devrons attendre pour collaborer avec un nouveau gouvernement légitime en Haïti », a-t-il fait savoir. Les élections, analyse Jacques Jean-Baptiste qui cite les déclarations de François Benoît, étaient tout sauf transparentes. Le diplomate objecte. Selon lui, le rapport de la CIEVE a différentes appréciations en Haïti. « Je ne vais pas rentrer dans un débat sur la fiabilité du rapport. Ce que je peux dire c’est que les observateurs internationaux, qui sont très expérimentés, n’ont pas vu de fraudes massives comme certains l’ont dénoncé. Nous n’étions pas là lors du déroulement du travail de la commission. Mais selon les informations dont nous disposons, les commissaires sont des gens honnêtes », a-t-il dit, indiquant son vœu de voir le CEP organiser le scrutin le plus vite possible. Plus loin, Kenneth Merten a déclaré qu’il ne connaissait pas encore la position de l’administration américaine si le CEP décide de reprendre le processus comme le recommande la CIEVE. « Nous ne connaissons pas encore quelle position nous allons adopter en ce qui concerne notre support financier. Les contribuables américains ont déjà dépensé plus de 33 millions de dollars et c’est beaucoup. On pourra nous demander ce qu’on a réalisé avec cet argent ou encore les garanties que la même chose ne se reproduira pas », argue-t-il Kenneth Merten rappelle que son pays supporte des élections libres et démocratiques car il est important que ce soit le peuple qui décide à qui confier sa destinée. « Dès ce lundi, nous saurons quand le peuple pourra voter encore une fois. Nous attendons le CEP. Car ce n’est pas à la Commission de vérification de dire comment on doit organiser les élections mais le CEP. Nous espérons qu’il indique la date dans un avenir proche afin d’achever le processus qui a débuté le 25 octobre », a-t-il dit. Le journaliste Jacques Jean-Baptiste a fait remarquer à l’ambassadeur Merten l’achèvement du processus comme le prônent les Etats-Unis sous-entend organiser le second tour avec Jovenel Moïse et Jude Célestin. Est-ce une ignorance des revendications de certains électeurs haïtiens dans leur souveraineté de choisir ? Le diplomate ne le pense pas ainsi. Il rappelle que certains politiciens ont insisté sur la formation de la Commission de vérification. « Honnêtement, je ne sais pas si la majorité penche du côté de la Commission de vérification ou non », avance-t-il. En ce qui concerne la fin du mandat de Jocelerme Privert le 14 juin prochain, Kenneth Merten dit attendre ce qui va se passer. « D’après ce que j’ai lu et entendu, les opinions divergent sur ce qui doit arriver. Encore une fois, ce n’est pas à nous de décider, mais au Parlement et à M. Privert. Nous avions toujours supporté l’accord du 5 février et ses termes. Malheureusement, nous n’avons pas encore de président élu (démocratiquement) », a-t-il fait savoir, avant d’avancer que la stabilité dépend de l’organisation des élections. « Tous les arrangements réalisés entre-temps n’encouragent pas la stabilité », répond-il à une question de Jacques Jean-Baptiste qui lui avait demandé si le départ de Jocelerme Privert n’aurait pas des incidences sur la stabilité politique du pays.

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