JOURNÉE MONDIALE DE LA PRESSE

Réguler la profession de journaliste en Haïti, une nécessité

Pour commémorer la Journée mondiale de la liberté de la presse, ce 3 mai, l'UNESCO de concert avec le groupe Initiative Communication (IC), Panos Caraïbes, AJH, SAKS et d'autres partenaires, a organisé, à l'hôtel Kinam, un forum d’auto-évaluation du code de déontologie des médias et des journalistes d’Haïti.

Publié le 2016-05-03 | Le Nouvelliste

National -

Élaboré en 2011, le code de déontologie sur la profession de journalisme, avec ses 22 articles, a été au cœur des débats entre les journalistes, chercheurs et parlementaires présents au forum. Non appliqué jusqu'à présent, ce code est un pavé jeté dans la marre, tant les problèmes et défis du secteur sont d'envergure. « La célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse est une opportunité qui nous est offerte pour stimuler l’avancement des principes fondamentaux de la liberté de la presse », a déclaré Marie Dominique Saint-Martin, la vice-présidente de l’IC. Justement, un code d’éthique qui prend en compte les aléas du secteur est vital pour les travailleurs de la presse. Avant même de s’intéresser à l’adoption et l’application du « code de déontologie des médias et des journalistes », les différents ateliers ont tous pointé du doigt le problème de la désuétude du code, car certaines dispositions sont dépassées dans leur formulation. L’autre difficulté majeure est la non-vulgarisation du code. « Non seulement les journalistes ne s'approprient pas dudit code, mais il y a un flou en Haïti sur qui est journaliste ou pas. », a expliqué Pharès Jérôme, professeur de journalisme à l’Université d’État d’Haïti, ajoutant qu’il est impérieux d’engager des réflexions sur le secteur. Autre son de cloche du côté de Vario Sérant, journaliste de carrière et professeur à l’UEH lui aussi. Pour M. Sérant, le code est d’actualité mais il comporte de nombreuses failles. « Il n’est pas reluisant mais c’est un outil de base de la profession qui nous permettra de mettre de l’ordre en notre sein », a-t-il avancé. Avant d’insister sur la notion de responsabilité sociale du journaliste, M. Sérant s’est attardé sur l’absence de repères dont souffrent les journalistes. Pour le représentant de l’UNESCO en Haïti, Paul Gomis, le code constitue une étape importante car il faut un mécanisme de régulation du secteur de la presse. Mais, soutient-il, l’instrument à utiliser doit prendre en compte les droits et surtout les devoirs des journalistes ainsi que donner une place importante aux questions économiques. « Nous voulons favoriser l’éclosion du métier de journalisme en Haïti, c’est pourquoi nous nous sommes joint à cette initiative », a-t-il indiqué à l'assistance composée d'universitaires, des responsables d'organisations de la société civile, du sénateur Dieupie Chérubin et du député Caleb Desrameaux, respectivement président des commissions Culture et Communication du Sénat et de la Chambre des députés. Le plus gros défi pouvant empêcher l’application stricte du code de déontologie, selon le professeur Hérold Toussaint, est la pratique au quotidien du journaliste dans un environnement où les passions politiques sont constamment exacerbées. Au-delà du code et même de la morale, c’est la mission qui s’attache au métier et le sens critique dont aura à faire preuve qui feront la différence. Les femmes et les médias Avec l’intervention de Winnie Hugot Gabriel, qui a présenté un dossier de presse réalisé pour le compte de Panos-Caraïbes, sur la place des femmes dans les médias en Haïti, la situation de la presse a été vue sur tous les angles. Cette étude tablant sur les avancées et les défis montre de façon systématique le rôle peu enviable qui est constamment confié aux femmes dans les médias et les obstacles les empêchant d’y avoir une carrière florissante. Elles ont échoué là où bien des hommes ont réussi et la faute est aux préjugés et stéréotypes, dont elles sont victimes. Parfois inconsciemment. La Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée cette année sur le thème « Accès à l’information et aux libertés fondamentales – c’est votre droit ». Les participants ont ressassé les notions de « droit et devoir » des travailleurs de la presse. Le président de la commission Culture et Communication à la Chambre des députés, Caleb Desramaux, a insisté, pour sa part, sur la nécessité de préserver la liberté à coups de grands sacrifices. « C’est encore un combat, une conquête et une bataille permanente », a-t-il soutenu. Par ailleurs, M. Desramaux a promis de chercher des voix favorables à l’adoption de la proposition de la loi sur la liberté de la presse et le libre accès à l’information à la Chambre basse. Proposition de loi remise par le secrétaire général de l’Association des journalistes haïtiens (AJH), Jacques Desrosiers, au député Desramaux et au sénateur Dieupie Chérubin. Le professeur Ary Régis, directeur du SAKS, a aussi remis une proposition de loi sur les radios communautaires. Les deux documents ont été déjà déposés au Parlement sans suite.

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