Contre la commission de vérification, des diplomates étrangers défilent au Parlement

Publié le 2016-04-20 | Le Nouvelliste

National -

Les ambassadeurs des pays dits “amis d’Haïti” font la queue au Parlement ce mercredi 20 avril. En vue de mettre la pression sur le gouvernement provisoire pour relancer le processus électoral interrompu fin 2015, plusieurs délégations constituées des représentants des Etats-Unis, de l’Union européenne ont défilé au Sénat et à la Chambre des députés. Tout a commencé avec l’ambassadeur américain accrédité à Port-au-Prince, Peter F. Mulrean, qui a discuté avec le président de la Chambre des députés, Cholzer Chancy. « Plusieurs points ont été au menu des discussions, a expliqué le parlementaire lors d’une conférence conjointe avec le diplomate américain. Parmi ces points se trouvent : l’apport du gouvernement américain au peuple haïtien et l’application de l’accord du 5 février.» Selon le député d’Ennery, la rencontre s’est déroulée dans le calme et dans le respect. Il estime normale la démarche des diplomates qui recherchent des informations concernant l’évolution de la situation politique du pays. Le parlementaire souligne avoir également abordé la question de la sécheresse et de la famine qui menace bon nombre d’Haïtiens. L’ambassadeur Mulrean, qui a parlé d’une visite de courtoisie, déclare que son pays « est ravi de voir un Parlement en place. Cet acteur constitutionnellement élu fonctionne non seulement sur les questions politiques, mais aussi sur les grands défis auxquels fait face le peuple haïtien, que ce soit des difficultés économiques, la sécheresse, etc. ». Il se dit content de rencontrer le bureau de ladite chambre afin de recueillir leurs points de vue sur plusieurs questions, dont la conjoncture politique actuelle. « Cela fait partie de mes tâches de me garder informé de la position du gouvernement et des représentants du peuple se trouvant au Parlement », a souligné M. Mulrean. En ce qui a trait à l’épineuse question de la formation de la commission d’évaluation électorale, le diplomate américain a reconnu qu’il est de la prérogative du gouvernement de prendre une telle décision. Cependant, il dit voir un danger dans cette démarche. « D’abord, cela ne figure pas dans l’accord du 5 février que nous soutenons. Ensuite, cela risque de faire trainer davantage le processus électoral. Enfin, nous avons peur que cette commission ne soit instrumentalisée non pas pour faire une vérification technique mais pour poursuivre un agenda politique », a expliqué l’ambassadeur, arguant avoir montré les enjeux de cette commission. « Mais c’est au gouvernement de décider », ajoute le successeur de Pamela White. Sans y aller par quatre chemins, l’ambassadeur Mulrean indique qu’il supporte les récentes déclarations du chef de la diplomatie américaine, John Kerry et de Keneth Merten sur le processus électoral. Il qualifie la position de son pays comme « l’expression d’une certaine frustration ». Après cette rencontre avec le bureau de la Chambre basse, il a discuté avec les sénateurs autour des élections. Le sénateur Steven Benoît, qui a dévoilé l’essentiel de la rencontre, explique que l’ambassadeur a fait montre de son inquiétude quant à la situation politique. Les ambassadeurs de l’Union européenne, d’Allemagne, d’Espagne et du Royaume-Uni étaient également au palais législatif ce mercredi. « Tous, ils ont montré leurs inquiétudes. Ils expriment leur volonté de ne pas sortir de l’accord », a rapporté le sénateur Steven I. Benoît, qui lui-même ne reconnaît pas « cet accord illégal, inconstitutionnel et irréaliste ». Le parlementaire de l’Ouest informe avoir conseillé aux ambassadeurs d’enlever leur espoir sur une quelconque réalisation des élections dans un, deux ou trois mois dans le pays. « Il y a un problème politique qui nécessite une solution politique, tance Steven I. Benoît, qui ne fait aucun cas de la réaction des diplomates. Mais les positions des sénateurs ayant assisté à la réunion diffèrent l’une de l’autre sur le dossier. Ce qui est certain, il faut une commission indépendante d’enquête électorale».

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