Tractations dans les cuisines du gouvernement Jean-Charles

Publié le 2016-03-28 | Le Nouvelliste

National -

Sans vrai débat de fond, les deux chambres du Parlement ont voté la politique générale du Premier ministre Enex-Jean Charles. Au Sénat, il a fait l’unanimité. Chez les députés, seul l’élu d’Aquin, Jean-Robert Bossé (OPL), a voté contre. Il n’a pu empêcher le miracle du jeudi saint, possible grâce à de grands arrangements entre les parlementaires et le palais national. La veille, mercredi, le président Jocelerme Privert avait pourtant menacé de démissionner face à l’appétit quelque peu démesuré de ses ex-pairs parlementaires, a appris le journal. Sa menace a peut-être calmé des ardeurs. Pas plus, confie une source au journal. L’un des gagnants de l’exercice reste le sénateur Youri Latortue. Il a eu deux ministères. L’Education nationale, occupé par l’ex-député Jean-Beauvoir Dorsonne, et celui de la Jeunesse et des Sports tenu par Abel Nazaire, soupire un parlementaire, proche des négociations. « Non, le sénateur Latortue n’a pas obtenu deux postes. C’est le groupe minoritaire au Sénat qui avait droit à deux ministères. Après audition, deux personnalités ont été désignées. Le groupe majoritaire au Sénat avait droit à trois ministères. Parmi ces ministères, il y a celui de l’Intérieur et des Collectivités territoriales que le sénateur Annick François Joseph devra occuper », a confié off the record un sénateur, lui aussi proche des négociations. L’APH, tombeur de Fritz-Alphonse Jean à la Chambre des députés, a obtenu les ministères de l’Agriculture et la Planification et la Coopération externe. Arnoux Severin, éjecté, a été remplacé par Pierre Guito Laurore au ministère de l'Agriculture. Me Aviol Fleurant, candidat malheureux à la dernière présidentielle avec moins de 1 % des votes exprimés (4 994 voix), entre au ministère de la Planification. Eric Pierre, un temps premier ministrable, retrouvé à la chancellerie au cabinet de Fritz Jean, n’a pas voulu poursuivre l’aventure avec Enex-Jean Charles à la Primature. Il était plus disposé à servir le pays à l’ONU, a appris le journal. Ex-représentant d’Haïti à la BID, Eric Pierre, personnalité bien trempée, a une tête qui dépasse. Elle aurait pu faire de l’ombre au Premier ministre Enex Jean-Charles, gratte-papier et éminence grise ayant servi plusieurs administrations, loin des feux des projecteurs. C’est pourtant le courtois, discret et timide Enex Jean-Charles qui, au Parlement, jeudi saint, a puisé en lui le courage nécessaire pour annoncer à Florence Elie, militante des droits de l’homme très respectée, protectrice du citoyen, qu’elle « n’était pas aimée des sénateurs ». Sa forte personnalité, sa droiture ont constitué sa faiblesse, a appris le journal. Voulue par le président Jocelerme Privert, Florence Elie, Haïtienne, détentrice de sa décharge, n’entrait pas dans les plans de certains sénateurs dont les mandats arrivent à terme en novembre. Autant avoir les bonnes ficelles pour ne pas avoir à dos la police, les juges de paix et les commissaires du gouvernement lors des prochaines élections, souligne cette source. Me Camille Edouard Junior, jeune et brillant, aura tout le temps devant lui pour jauger les charges de sa fonction et savoir s’il s’inscrira dans la continuité ou dans la rupture des ministres de la Justice, a expliqué une source au palais national. Le président Privert a le ministère de l'Economie et des Finances, les Travaux publics, occupés respectivement par Yves Bastien et Jacques Evelt Eveillard, selon cette source. Pierrot Délienne, chancelier, a pesé du poids de l'appui de la première dame Ginette M. Privert, a ajouté cette source. Le président Privert a laissé le MSPP au parti de Jean-Bertrand Aristide à travers Daphné Benoit Delsoin. Moïse Jean-Charles et Assad Volcy ont poussé pour avoir Jean René Antoine Nicolas aux Affaires sociales, a expliqué un député de l'APH, proche des négociations. Marc-Aurèle Garcia, journaliste senior, icône de la presse, est un homme du sérail qui va au ministère de la Culture, a-t-il indiqué. L'association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) a un membre au Conseil électoral, l'Association des Médias Indépendants (AMI) a le ministère de la Communication. Pour l’instant, on parle d’élections. Avec deux certitudes. Qu’elles n’auront pas lieu le 24 avril. Qu’elles se tiendront peut-être en novembre. Après l’installation du gouvernement, les projecteurs seront braqués sur le CEP. A ce moment, il sera peut-être plus facile de débroussailler l’avenir, savoir si les conseillers électoraux vont accorder leurs violons, boucler les élections ou répliquer la tour de Babel. Le sujet qui divise, pas seulement les Haïtiens, à côté de l’audit de l’administration Martelly, c’est la commission de vérification électorale. L’Union européenne ne veut pas entendre parler de commission de vérification. « Elle est de nature à discréditer la position de l’UE sur les dernières élections », confie une source qui, par ailleurs, attend le nouveau gouvernement au tournant du temps, appelé à être plus long que prévu. « Vous serez là pour un bon petit temps », avait-on dit pour montrer à des candidats qu’on n’a pas mis longtemps à convaincre pour rejoindre le gouvernement du jeudi saint…

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