Contre la mortalité maternelle : les sages-femmes traditionnelles s'impliquent à Hinche

À Hinche, chef-lieu du département du Centre, les matrones et matrons assurent près des deux tiers des accouchements. Ils jouent un rôle crucial. Aujourd'hui, ils s'impliquent à fond dans la lutte contre la mortalité maternelle et infantile.

Publié le 2016-03-31 | Le Nouvelliste

National -

Amoncier Luly, alias Nospa, 59 ans, est un sage-homme (matron) qui a passé plus de 48 ans à aider les femmes à mettre au monde leurs enfants dans la municipalité de Hinche et des communes périphériques du haut Plateau central. « Tant qu’il n’y a pas de complications, le foyer est le lieu le mieux adapté pour recevoir un nouveau membre de la famille. Les femmes préfèrent mettre au monde leurs enfants chez elles, car elles peuvent préparer ce qui leur est nécessaire et disposer de leurs affaires personnelles », a déclaré Nospa Pierre-Louis, qui implique le père dans les gestes effectués comme l’analyse de l’endroit approprié, la présentation du fœtus. « Pendant l’accouchement, j’inspire à la mère sécurité, confiance et calme. Je lui sers des infusions chaudes et l’aide à rester couverte et détendue, conditions idéales pour qu’elle puisse pousser avec force », explique Nospa. Selon lui, dans la culture haïtienne, la naissance est un « processus froid » qui doit donc être rééquilibré par un environnement protégé dans lequel la femme est couverte de vêtements chauds et dispose de boissons chaudes». Bien que ces aspects soient importants pour assurer le bien-être de la femme pendant l’accouchement, les centres de santé n’en tiennent pas compte, se plaint le matron. Les familles haïtiennes croient que le placenta joue un rôle important et doit être jeté ou enterré dans un lieu adapté afin d’assurer comme il se doit le rétablissement de la mère et la santé du nouveau-né, souligne Nospa. «Cette pratique n’est cependant pas acceptée à l'hôpital Sainte-Thérèse de Hinche», regrette-t-il. Ce qui provoque parfois des tensions entre les parents de la mère et les responsables des hôpitaux du département du Centre, particulièrement à Hinche. « Lorsque je détecte une complication en cours d’accouchement, je convaincs la famille de conduire la mère à un centre de santé», a-t-il dit, ajoutant qu'aujourd'hui les sages-femmes traditionnelles s'impliquent à fond dans la lutte contre la mortalité maternelle et infantile à Hinche. Pour l'instant, le taux de mortalité maternelle et infantile est à la baisse à Hinche en raison de la gratuité des accouchements. « Le personnel de santé est qualifié et compétent », se réjouit le directeur médical de l'hôpital Sainte-Thérèse de Hinche, le docteur Prince Pierre Sonson. Cette amélioration est le résultat de la mise en place des soins obstétricaux néonataux d'urgence complets (SONUC ) et l'implication de Zanmi Lasante et Midwives dans la formation des infirmières sages-femmes et matrones en vue de lutter contre la mortalité maternelle et infantile dans le Plateau central. Un projet qui a pour objectifs de faciliter l’accès des femmes aux soins et de réduire les dépenses en soins de santé, un poids énorme dans le budget de nombreuses familles à faibles revenus, note le docteur Prince Pierre Sonson. Il y a une responsabilité partagée de l'État haïtien et des acteurs de la société civile dans l’accompagnement des plus faibles. L'ancien parlementaire soutient qu’« en 2016, 30% des accouchements à Hinche s'effectuent au niveau institutionnel grâce aux financements de nos partenaires, contrairement à 2006, où le taux était à moins de 25% ». Se basant sur le rapport statistique 2014 du MSPP, environ 138 300 accouchements ont été enregistrés dans les institutions sanitaires du pays dont 15 233 dans le département du Centre où 96.72% sont des naissances vivantes avec 3.28% mort-nés. Au Complexe médical Miss Marie de la deuxième section communale de Marmont, commune de Hinche, la situation n'est pas différente. Même constat à la maternité de l'institution des Petits frères et petites sœurs de l'Incarnation de Pandiassou. « Ici, on fait des accouchements sans complications », explique Ojunette Dulorier, infirmière sage-femme de la maternité SONUB (Soins obstétricaux néonataux d'urgence de base). « Si au cours du processus nous remarquons des signes d’une éventuelle complication comme tension artérielle instable, hémorragie, éclampsie entre autres, nous référons cette patiente à l'hôpital Sainte-Thérèse de Hinche où il y a des spécialistes. Tout ce qui est chirurgical et complexe n’est pas de notre ressort », renchérit-elle. Dans cette maternité, tout est gratuit. Du suivi de la grossesse à l’accouchement. Midwives for Haïti ( Sage-femmes pour Haïti) a déjà formé plus de 95 infirmières sages-femmes et 122 matrones sur une période allant de 2008 à 2016. Selon la coordonnatrice de Midwives à Hinche, Carey Couzelis, ces sages-femmes ont contribué à faire baisser le taux de mortalité maternelle et infantile, particulièrement à Hinche. Fournir des soins obstétricaux néonataux de qualité, poursuit-elle, constitue l'une des priorités de Midwives en Haïti. Ainsi, Midwives a mis en place un système de clinique mobile dans les communautés reculées du Plateau central. Cette initiative a pour objectifs d’améliorer les indicateurs de santé maternelle et infantile dans le milieu paysan, de renforcer la politique nationale de santé publique et d’accroître l’accessibilité des femmes enceintes aux soins en vue d’apporter des réponses adéquates à la lutte contre la mortalité maternelle et infantile.» Par ailleurs, Carey Couzelis a précisé que les infirmières formées par Midwives aident les femmes à mieux gérer les problèmes de stress pendant leur grossesse. Elles sont partie prenante d’un dispositif novateur de meilleure prise en charge de cette période souvent difficile, a-t-elle conclu.

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