La santéria et le vaudou en triomphe sur la scène

Publié le 2016-01-29 | Le Nouvelliste

Culture -

Érol Josué, directeur du Bureau national d’ethnologie de son état, est un talent artistique ancré dans ses racines populaires. Il a donné, sur la scène de Triomphe, jeudi soir, toute sa mesure en interprétant Erzulie, un rôle dont le public se souviendra encore longtemps. Il incarnait cet esprit sur la scène. Rouge flamme, brillant de toute son intensité, il chantait, il dansait, il interprétait un rôle de femme élégante, couverte de bijoux et aux gestes raffinés. Il avait trouvé au festival de jazz de Port-au-Prince un complice au piano, le Cubain Omar Sossa. Ils étaient tous deux en parfait accord. Au piano, Sossa, puise son inspiration dans le santéria et le yoruba, cultures populaires qui remontent à l’Afrique et qui ont la même filiation au vaudou haïtien. Omar Sossa suivait aux doigts et à l’œil les tambourineurs haïtiens. Les tam tam résonnaient et s’enveloppaient du timbre clair des notes du Cubain. Ses doigts martelaient le clavier dans une chevauchée lyrique où santéria et vaudou ne faisaient qu’un. Le clavier s’inspirait du tambour et rendait les sons dans une fraîcheur harmonique. Sossa jouait le piano à la manière d’un percussionniste enfiévré. Il faut regarder jouer le pianiste. Sa tête est en mouvement, ses épaules, son buste oscille de gauche à droite. Tout son corps entre dans une danse. Il est à lui-même un sujet, un angle à saisir pour goûter sa musique vivante qui participe avec tout son être. Omar joue toute antenne dressée aux moindres mouvements et vibrations autour de lui. Les pas d’Érold Josué, ses mimiques, ses petits cris trouvaient une réponse dans l’improvisation du pianiste. Érol josué, de son côté, en bon acteur, a su capter cette fluidité magnétique. À deux, ils ont fait la paire sous un halo de regard. Toute l’intensité du regard ne pouvait pas être concentrée sur deux personnes. L’artiste l’a compris. C’est avec un humour enjoué que Érol a chantonné quelque chose comme « Apa tanbourinè yo tèlman pèdi nan nou, yo bliye jwe frape tanbou a». (Les tambourineurs sont tellement admiratifs pour ce que nous faisons qu’ils ont oublié de jouer). Ces mots ont provoqué un grand rire dans l’assistance. Au Triomphe, la santéria et le vaudou se sont donné la main sur les ailes du jazz pour voler plus haut.

Réagir à cet article