PAPjazz, un pas vers plus de notoriété

À côté du fait des énormes efforts consentis par la fondation Haïti jazz pour hisser le festival international de Jazz de Port-au-Prince, en seulement 9 ans, à ce standard, au point de concurrencer loyalement les festivités carnavalesques à Port-au-Prince, le monde du jazz ( historiens, critiques et autres) retiendra que le virtuose du jazz montréalais Oliver Jones a pris le temps durant sa dernière année de carrière, de venir gratifier le public haïtien et honorer Haïti, de ces touches de grand jazzman de la race de Thelenious Monk à travers le PapJazz.

Publié le 2016-01-29 | Le Nouvelliste

Culture -

Sheenider Jean-Joseph «Je l’avais promis et je suis là (en Haïti)». Ce sont les mots du récipiendaire de l’ordre du Canada, le jazzman Oliver Jones, pour expliquer sa venue et sa participation à la dixième édition du PapJazz. Tout comme l’annonce de sa participation à cette édition du festival international de jazz de Port-au-Prince, les deux performances et prestations du virtuose du Jazz canadien Oliver Jones ont suscité un grand enthousiasme et attiré pas mal de passionnés de jazz, de curieux et de jazzmen. Sur la base de sa réputation et de ses longues années d'expérience, dans la programmation adaptée à la conjoncture qui prenait l’allure d’une invitée impromptue et leur inspirait des inquiétudes, l’équipe de Haïti Jazz a décidé que ce soit lui, Oliver Jones, qui lance à chaque fois les deux spectacles qui paraissaient les plus imprévisibles et fragiles, celui du 22 janvier l’avant-veille des élections annoncées et qui ont été annulées quelques heures avant le festival et celui du 25 janvier, après la peur et l’inquiétude qui ont envahi la ville après la journée dite de désobéissance du 24 janvier. Une tâche que le trio canadien a assumé avec brio et élégance que ce soit à la soirée de lancement à l'hôtel Karibe, ou au premier spectacle grand public qui s’est déroulé à l’Université Quisqueya. Jouissant de beaucoup de respect de la part du public, et d’une communion qu’ils ont su (Oliver Jones, Eric Jean-Sébatien Lagacé et Dimitrios Doxas) construire au fil des chefs-d’œuvre dont ils gratifiaient les mélomanes , dès leurs premières notes, leurs toutes premières touches, ils ont aussi rassuré le public que c’est ce que les critiques et connaisseurs de jazz appelle du pur jus qui était en train d’être joué et ça malgré l’absence de l’un ces instruments à cuivre (saxophone, trompette, trombone) à travers lesquels certains identifient le jazz. S'il leur manquait un peu de vitalité, leur série d’improvisations était omniprésente tout au cours de leurs deux prestations, sans nuire, sans en lasser, et transportait l'auditoire sur des nues d'où l'on n’était pas pressé de revenir. Des séries d’improvisations qui alternent de temps à autre avec les notes du grand piano à queue, de la contrebasse et de la batterie, pour énumérer toutes les possibilités combinatoires. Soixante-quinze ans depuis qu’il a donné son premier concert, après quarante ans de carrière de jazzman international, Oliver Jones, pour lui reprendre ses propres mots, est en train de vivre ses derniers jours sur scène. Rempli de l’angoisse et de l’enthousiasme que procure ce moment dans la vie d’un musicien, l'icône du jazz canadien a décidé de venir partager son apothéose avec le public haïtien et honorer Haïti, la terre pionnière de l’idéal de la liberté, de sa présence et de son art. Un partage et un hommage que Oliver Jones a pris le temps de réaliser avec l'interprétation de Hymne to freedom, un classique de Oscar Petterson, un grand de la musique de jazz. Cela a été, peut-être, pour lui, un de ces rêves qu’au sommet de son art et de sa carrière, on a hâte de réaliser et en fin de compte, ne se justifient pas aux yeux des autres. Mais il est clair que la participation de l'icône du jazz canadien procurera un peu plus de notoriété au festival international de jazz de Port-au-Prince. Une notoriété que beaucoup espèrent voir le PapJazz préserver et élargir malgré les incertitudes et les embûches que l’avenir de Port-au-Prince est susceptible de lui réserver.

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