PAP jazz/scène Barbancourt/ 26 janvier 2016

Métissage et au-delà du jazz

Publié le 2016-01-28 | Le Nouvelliste

Culture -

Pour qui visite l’université Quisquéya la première fois, les locaux et la distribution valent le coup d’œil : on est séduit par le partage de l’espace et la répartition des bâtiments dans cette singulière géographie. À l’arrivée, on s’informe et l’on vous renseigne, vous oriente vers la cour ‘’adoquinée’’, lieu du spectacle. Deux colonnes de rangées de sièges blancs, séparées par une allée, attendent d’être occupées. Elles font face à une grande et large estrade, assez haute, supportant un piano à queue, une batterie et des percussions. On attend patiemment le plein de spectateurs, bavardant en troisième rangée avec quelques confrères et amis mélomanes comme nous. Enfin, la maîtresse de cérémonie, Béatris Compère, pointe sur le podium pour inaugurer la soirée. Elle annonce le programme avec une légère modification : une fusion de «Cor des Alpes»’ avec deux percussionnistes africains (noirs) ; le Béninois et multi-instrumentiste, chanteur, Jah Baba, son collègue excellent à la conga, Baba Konaté. L’ensemble est conduit par Pascal Schaer, musicien suisse (Cor des Alpes et trombone), flanqué d’un trompettiste, joueur de cor également, d’un guitariste-bassiste, d’un guitariste électrique. C’est donc une curieuse et passionante expérience de métissage culturel et musical. Cette initiative est encouragée par l’organisme ‘’LABORATORIO’’ d’arts contemporains, siégeant à la fois en Suisse et au Bénin. Madame Silvana Moï Virchaux en est la médiatrice interculturelle et Mme Lylly Houngnihin, la directrice au Bénin et ambassadrice culturelle. Cette dernière présente le concept, prenant la parole à la suite de Béatris Compère. Le concert commence avec la composition «Rendez-vous en cor», composition de Pascal Schaer. Le leader joue d’un cor des Alpes, instrument en bois, folklorique, en forme d’une longue pipe ou d’un calumet. Le tronc est conique et converge en se rétrécissant vers l’embouchure. Le cor des Alpes existe également en métal. Pascal Schaer produit des sonorités de trombone, instrument dont il joue également. L’introduction est récitée (ad lib). L’exposition est faite conjointement par la trompette et le cor. Le guitariste et le joueur de conga prennent chacun un solo. Réexposition du thème. Le deuxième morceau est un ‘’blues’’ dédié à la mémoire du musicien Ali Fakatouré. Les percussions sont des tambours à membranes opposées aux deux bouts, comme le tambour dominicain. Le cor s’obstine à sonner comme un trombone. A un moment donné, on change de rythme et de tempo ; la nouvelle cadence est plus rapide en 6/8 et 12/8 comme notre ‘’Yanvalou’’ ou notre ‘’mayi’’ ! Elle sert de prétexte à un chorus de trompette sur fond de basse obstinée. Au troisième morceau, l’hommage continue, mais exprimé par Jah Baba au talent sidérant de chanteur et de scat. Pascal Schaer laisse le cor pour le trombone et s’harmonise, dans des frottements agréablement ‘’agressifs’’ et dissonants, avec la trompette. Interaction du chanteur et du public. Le quatrième morceau est composé en honneur de notre pays : «Fantaisie haïtienne». C’est un ‘’swinging blues’’ introduit par les ostinatos de la basse et de la guitare unies. La trompette, le cor et le tuba de Jah Baba s’harmonisent à l’exposition. La guitare au son saturé développe le sujet. Il y a d’intéressants dialogues entre le corniste et Jah Baba qui ‘’scatte’’. Le concert se termine avec ‘’Tekno cor’’. Le trompettiste joue d’un cor métallique en duo avec Pascal Schaer. Les musiciens sont sincèrement applaudis. Bravo ! L’expérience est fructueuse et concluante. Le groupe Follow Jah assure l’intermède. Fabien Fiorini et Renette Désir Le pianiste belge et la chanteuse haïtienne ont enthousiasmé un public stupéfait par un long récital de chansons et de poèmes unis dans la thématique de la traite négrière, de l’esclavage, de ses séquelles et conséquences. Elle a fait du chemin notre Renette ! Cette chanteuse volontaire a visé haut, travaillant énergiquement sa voix et le chant jazz au cours de ses stages à l’étranger. En Belgique, particulièrement. C’est une artiste accomplie, se tenant hiératiquement sur la scène, dans sa belle et longue robe bleue, que l’assistance a applaudie à tout rompre. Un spectacle bien pensé et de haut niveau intellectuel. Chant et poésie illustrés par les étranges harmonies, les effets sonores et commentaires mélodiques du pianiste. Un long et beau medley de pièces, en créole, français et anglais enchaînés logiquement autour d’un même sujet. De sa voix puissante, Renette attaque avec «Mwen se nègès lafrik ginen», passe ensuite à un poème de Roussan Camille mis en musique, chante «Pòs Machan» de Bob Dévieux, dit un fragment de Frank Étienne, nous étonne dans ‘’ville cimetière’’ en créole, chante en anglais ‘’Strange fruit’’ de Billie Holliday et d’autres encore. Quelle belle initiative ! C’est de très haut niveau et ça plait infailliblement à la frange intellectuelle du public qui n’a pas caché sa satisfaction. Renette Désir semble emboîter le pas à l’inoubliable Toto Bissainthe. Bravo ! Bravissimo ! Renette a aussi dansé un yanvalou. Elle démontre une grande affinité pour l’anglais. PIE grande C’est un très talentueux groupe de ‘’fusion’’ mexicain qui clôt la soirée. Ce n’est pas du bidon. Il est présenté par l’attachée culturelle à l’ambassade du Mexique, Cynthia Moreno. Trompette, guitare, basse, batterie, piano électrique et acoustique. Un mélange de jazz-fusion et de citations folkloriques. Rythmes ‘’rock’’. Bonnes improvisations du trompettiste et du pianiste. On retient de leur répertoire : Triste Navidad’’ (Triste Noël). On repart chez soi très satisfait.

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