Haïti plus fraternel avec le jazz

La musique n’est pas prisonnière de l’espace politique. La culture délimite sa géographie pour la 10e édition du PapJazz : Parc historique, Triomphe, Quisqueya, Fokal, Yanvalou, place Boyer, Karibe, Institut français, Presse Café, Quartier latin. Port-au-Prince swingue, jazze, même s’il a du blues dans l’âme.

Publié le 2016-01-27 | Le Nouvelliste

Culture -

Claude Bernard Sérant On est loin de l’ambiance dangereuse de la rue. Loin des empoignades, des tessons de bouteille éparpillés sur le macadam, des décibels agressifs sur lesquels les représentants de l’autorité de l’État n’ont aucune prise. Pourtant, des ambulanciers sont là sur la cour de l’Université Quisqueya. Cette foule est grande pour une édition du PapJazz. Les amateurs de jazz sont assis ou debout et écoutent les musiciens qui investissent la scène Barbancourt, ce mardi. Le quartet Cor des Alpes de la Suisse, Pie Grande du Mexique et la bande de Désir & Fiorini, une fusion Haïti et Belgique qui met en vedette Renette Désir. Les artistes jazzent dans l’espace de l’Uniq niché sur les hauteurs de Turgeau. Le public écoute avec gratitude Renette Désir, cette voix chaude qui restitue avec âme les chansons traditionnelles. Ce soir, elle choisit un ensemble de standard de jazz. Dans sa voix, le vague à l’âme de la chanteuse américaine Mahalia Jackson. Elle empoigne le cœur de l’assistance dans Sunday, une musique gospel qui raconte l’histoire des esclaves noirs aux États-Unis. Ces derniers n’avaient que le dimanche pour honorer Dieu dans la joie de vivre. On baigne dans le negro spiritual. Renette Désir est soutenue par la musique du pianiste belge Fabian Fiorini. Elle chante « Strange fruit », « D’étranges fruits », pour parler des Noirs que les colons pendaient dans les arbres. Dans sa voix, passe l’ombre de Bessie Smith, une icône du jazz que vénérait Mahalia. Outre son talent de chanteuse, Renette donne aussi vie à la poésie. Elle dit quelques poèmes du grand poète jacmélien Roussan Camille qui souligne le commerce triangulaire lors de la traite négrière. Une autre prestation de la soirée mobilise l’attention, une rencontre magique entre la Suisse et le Bénin : le quartet Cor des Alpes de Pascal Schaer et le groupe Jah Baba d’Oladipo Abiala, un artiste béninois originaire du Nigéria. La musique que les artistes jouent se structure sur l’album de voyage du musicien suisse qui est accompagné par Baba Konate, aux percussions, Cyrill Moulas à la basse, Pascal Schaer, Cor des Alpes. Dans cette rencontre conviviale de mixage musical, l’improvisation a fait voyager les artistes sur des chemins qui ouvrent de grandes perspectives. Poussé par cette curiosité, à la fin du spectacle, on rencontre Pascal Schaer. Il confie que le festival PapJazz vient de sceller l’amitié entre plusieurs cultures. Et qu’il a des projets dans ses valises pour Jah Baba. Bientôt, ce groupe sera invité en Suisse pour continuer ce qui a commencé à Port-au-Prince. Pour sa part, Oladipo Abiala a remercié Laboratorio d’art contemporain qui a servi de médiateur culturel pour cette rencontre d’amitié qui a mis sur scène un percussionniste du Burkina-Faso, un trompettiste canadien, un guitariste français et deux percussionnistes béninois. La World Music, le mixage musical sur la scène du rhum Barbancourt, un instant, rend Haïti joyeux et fraternel.

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