10e édition

La rue n’a pas annulé le festival de jazz de Port-au-Prince

Publié le 2016-01-25 | Le Nouvelliste

Culture -

Claude Bernard Sérant Si la rue a annulé les élections du 24 janvier, elle n’a pas renvoyé la 10e édition du festival de jazz de Port-au-Prince pour cause de force majeure. Après les pneus enflammés, les casses, les manifestations qui ont grondé dans les rues, l’hôtel Karibe, à Juvénat, s’est enveloppé à l’ouverture, le vendredi 22 janvier, d’un air de jazz pour contraster avec le climat ambiant. À tout seigneur tout honneur, l’Anglo-Québécois Oliver Jones, 82 ans, a ouvert la soirée en plein air sur une envolée pianistique qui a frayé son chemin dans le cœur du public. Il a entraîné les mélomanes dans une série de ballades, de blues, de swing et de gospel enracinés dans la culture populaire. Il a revisité Errol Garner, Luis Armstrong, Oscar Peterson, Paul Desmond, Georges Gershwin pour que ça swingue. Les moins branchés de ce style de musique pouvaient reconnaître Summertimes, What a wonderfull world, Hymn to freedom, Autumn leaves, Take five, quelques notes de sa discographie parmi lesquelles The Many Moods et One more time. Le piano de Jones vous enveloppe au Karibe d’une affection quand il jazze. Même si vous l’écoutez pour la première fois, il vous prend par la main et vous conduit dans la jazzosphère pour rencontrer les légendes de la Mecque du jazz. A 82 ans, Oliver Jones, qui s’est exprimé en anglais, en français et en créole, a confié au public qu’il reviendra fêter la vingtième édition du Papjazz. La soirée s’est poursuivie avec Thomas Siffling trio de l’Allemagne. Place au jazz électronique qui apporte un climat jazzy lounge où domine la trompette de Siffling, ce disciple de Stephan Zimmermann de l'Université de Musique et des Arts à Mannheim. Le trio a partagé son répertoire où domine le concept de cuisine musique. Ses recettes ont épicé la soirée de titres dont le public n’est pas familier. Pour couronner l’ouverture de ce grand événement, les meilleurs musiciens haïtiens de jazz ont investi le podium sous le label Haitian All Jazz Stars. Parmi eux, on reconnait le saxophoniste Godwin Louis, le percussioniste Obed Calvaire, le trompettiste Jean Caze, le bassiste Jonathan Michel, au chant, la voix de contralto de Pauline Jean, les batteurs Joël Widmaër et John Bern Thomas, au piano, Réginald Policard. Le jazz lié aux musiques racines a produit un son nouveau. Les rythmes populaires ont donné des couleurs qui s’enchaînent dans le ton et ils s’enrichissent d’une plus forte vigueur. Beau mariage entre la Caraïbe, l’Afrique et l’Occident dans le creuset de la culture.

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