Musique

Le point sur la 10e édition du festival international de Jazz de Port-au-Prince

Le vendredi 22 janvier, le festival international de Jazz de Port-au-Prince débute au Karibe avec le très grand pianiste canadien Oliver Jones, suivi par le trio Thomas Siffling de l’Allemagne et par le Haitian All Jazz Stars. C’est la course contre la montre. Pour la 10e édition de ce grand événement, Le Nouvelliste a rencontré la directrice de la Fondation Haïti-Jazz, Milena Sandler.

Publié le 2016-01-19 | Le Nouvelliste

Culture -

Le Nouvelliste (L.N.) : N’éprouvez-vous pas une certaine appréhension d’organiser le festival international de Jazz de Port-au-Prince sur fond de crise électorale ? M.S. : A votre avis Claude Bernard? Nous travaillons à la mise en œuvre de ce festival depuis près d’un an. Impossible de tout bouger à la dernière minute, c’est une grosse machine. Alors, appréhension, certes, mais c’est aussi la détermination et la passion qui nous animent encore et toujours. En revanche, la sagesse et la raison seront de mise, nous ne prendrons aucun risque, nous nous adapterons à toutes les éventualités. Mais il y a aussi, je l’avoue, quelques remises en question. On fera le bilan à la fin du festival et on verra. L.N. : Beaucoup de jeunes avouent encore que le jazz est une musique trop savante. Certains viennent simplement prendre part à cette manifestation par simple curiosité. Votre lecture de cette situation. M.S. : Susciter la curiosité chez les jeunes est précisément ce que nous cherchons. Et je crois que nous avons démontré au fil des ans, à voir leur engouement à participer de plus en plus au festival et aux rencontres, que nous avons réussi. Le jazz est considéré comme une musique savante partout dans le monde. En mélangeant les styles avec une programmation bien réfléchie, nous avons insufflé un peu de jazz chez chacun. L.N. : Les médias chauds en Haïti, radio et télévision, à part Métropole et Kiskeya ou encore une poignée de médias qui diffusent du jazz, les autres ferment tout bonnement les yeux sur ce genre musical. Comment créer une incitation pour amener les médias à être sensibles à la culture jazz ? M.S. : Peut-être que cela devrait être une demande des auditeurs, dans tous les pays, ce ne sont que des médias spécialisés qui diffusent du jazz. À Paris, il y en a 2, et à NY pareil. Une pléiade de stars au festival L.N. : Ce serait intéressant de souligner pour nous quelques noms d’artistes étrangers à suivre dans ce festival et aussi quelques natifs d’Haïti. Subjectivement, qu’est-ce qu’il y a de particulier chez eux ? M.S. : Eliane Elias, la diva de la bosa-nova en clôture, à ne rater sous aucun pretexte; Manu Codjia, excellent guitariste français, et ce même soir Respè pou Ayiti, une création sainte-lucienne qui rend hommage à Haïti avec des Saints-Luciens, des Martiniquais, Guadeloupéens et Haïtiens. Le très grand pianiste canadien Oliver Jones qui nous fait l’honneur d’être au festival cette année, en ouverture, le 22 au Karibe, dont la prestation sera suivie par le trio Thomas Siffling de l’Allemagne et par le Haitian All Jazz Stars (les meilleurs musiciens de jazz haïtiens ou presque) sur une même scène pour la première fois: Jean Caze, Godwin Louis, Obed Calvaire, Pauline Jean (qui aura aussi un concert solo le lundi 25), Jonathan Michel et Mushy Widmaier qui inviteront Réginald Policard, John Bern Thomas et Joël Widmaier pour quelques morceaux. Emeline Michel sera aussi au festival, le 1688 collective de la Barbade, Johnny Ventura en concert à place Boyer avec en amont un trio suisse qui mélange le cor des Alpes et les percus africaines. Le Triomphe accueillera Chano Dominguez, un grand pianiste espagnol et la création du cubain Omar Sosa et d’Erol Josué. Aux afters, des jeunes comme Jael Auguste ou Sara Jane Rameau, comme des moins jeunes comme les Challengers… L.N. : Quels sont les lieux du festival. Entendez par-là scènes, ateliers, conférences, after-party ? M.S : Ouverture Scène Prestige au Karibe le 22/01. Du 25 au 28, l’Université Quisqueya accueille les Scènes Barbancourt. Concert le 28 Scène Delta au Triomphe, concert Scène Digicel place Boyer le 29. Le 30: clôture Scène Prestige au Parc Historique. Tous les soirs ont lieu les Afters de Capital Carte, au Quartier Latin, à Presse café, à Asu Lounge et à Yanvalou. Les coulisses du Festival d’Air France (interview des artistes et extraits des concerts) sont diffusées quotidiennement sur Métropole, et chaque matin ont lieu à Fokal et à Kay Mizik Là, des ateliers et rencontres. Une conférence aura lieu aussi à Kay Mizik la le 25. J'invite les lecteurs du Nouvelliste à télécharger l’application papjazzhaiti (gratuite et pour tous les smartphones) pour connaître toute la programmation et les mises à jour en temps réel. Le site: papjazzhaiti.org est aussi très à jour et publiera les photos de Josué Azor du festival quotidiennement. L.N. : Un tel événement suscite à coup sûr un gros budget. M.S. : $200 000 : c’est le budget géré directement par la fondation Haïti Jazz qui ne comprend pas l’apport en nature des ambassades et institutions étrangères (ces 11 partenaires financent directement la venue des artistes les représentant pour une enveloppe de /- 5 000 à 15 000 chacune, selon la taille de l'institution ou son budget culture). Un tiers des fonds vient de l’État (pour info, pas encore décaissé) et de la BRH. Certaines ambassades comme la Suisse et l’ambassade américaine nous ont versé une aide institutionnelle cette année ($25 000 pour la première, et $8 000 pour la seconde), Fokal nous donne une subvention de $8 000 depuis plusieurs années, et il y a bien sûr nos sponsors, qui nous sont fidèles, Prestige est notre sponsor principal, Barbancourt accompagne le festival depuis ses débuts, Digicel est avec nous depuis 4 ans, et Capital Carte vient de nous rejoindre. Et bien sûr nous avons aussi plusieurs partenaires en échange de service comme Air France, Delta, Sunrise Airways, Avis, et la Fondation Canez Auguste. Et tous nos partenaires des médias, vous Le Nouvelliste, et Radio et Télé Métropole qui nous donnent des espaces publicitaires, ainsi que les médias étrangers RFI et France 24, et cette année Canal + qui va faire des retransmissions du Festival sur une chaîne événement. Sans tous ces partenaires, il n’y aurait pas de festival. C’est un bel exemple de partenariat public-privé qui se pérennise. Mais attention, le budget n’est jamais suffisant pour que nous puissions avoir une gestion saine de nos ressources. Par exemple, la dernière fois que nous avons pu nous verser un petit salaire pour notre travail qui s’étend sur 8 mois minimum, Joël Widmaier et moi-même, c’était il y a 3 ou 4 ans… ce n’est pas une situation qui peut perdurer, on s’épuise même si on est passionné. L.N. : Haïti Jazz en quelques mots. M.S. : La Fondation Haïti Jazz est une organisation à but non lucratif fondée en mars 2007 afin de promouvoir la pratique de la musique en Haïti, en particulier à travers le festival international de Jazz de Port-au-Prince. Elle cherche à atteindre cet objectif en rendant accessibles des formations continues de professionnalisation, en travaillant à la conservation du patrimoine musical haïtien, et en ayant pour leitmotiv le kreyòl jazz, favorisant sa diffusion, son évolution, et sa promotion en Haïti et à l'étranger.

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