Kidnappée, torturée et assassinée

Malgré le versement d’une rançon de 50 000 dollars, les ravisseurs de Lencie S. Mirville, 23 ans, l’ont torturée, assassinée et ont balancé son cadavre dans un ravin, sur la route de l’Amitié.

Publié le 2015-12-09 | Le Nouvelliste

National -

Lencie S. Mirville, 23 ans, n’est pas là. Elle ne rentrera plus. La mine désemparée, quelques amis, assis dans le salon de sa maison, à Bizoton 51, sont muets. Dans la chambre, sa mère, allongée sur un lit, ne parle pas. Le pas lourd, d’autres visiteurs soupirent, cassent le silence dans ces lieux où l’on est chrétien pratiquant. La petite sœur de la victime, effondrée, puise en elle la force pour raconter ce calvaire. Vers 5heures 30 p.m., jeudi 3 décembre, Lencie S. Mirville a été enlevée dans les parages de l’église adventiste Belle Etoile, à environ 200 mètres de chez elle. Des témoins rapportent qu’on est parti avec elle dans une voiture noire, confie la petite sœur de Lencie. Angoisse. Insoutenable attente. Le lendemain, les ravisseurs appellent à 13 heures 25. Ils exigent une rançon de 150 000 dollars américains. Ils font écouter un enregistrement. On entendait la voix de Lencie. Elle a dit qu’on la frappait. Elle a dit qu’elle n’avait pas mangé, explique sa sœur. De peine et de misère, aidée par des parents, des amis, la famille a pu rassembler 50 000 dollars américains. La rançon a été remise lundi soir. Plus rien. Silence. Mardi matin, la population de morne Karaté, sur la route de l’Amitié connectant l’Ouest au Sud-Est, découvre un cadavre balancé dans un ravin, enveloppé dans une couette. C’était celui de Lencie S. Mirville. Elle a été torturée. Sur son visage, il y a des bleus et sur ses lèvres des traces de sang. On l'a retrouvée avec un bras fracturé. On ne sait pas si la fracture est post-mortem. Aucune perforation n’a été relevée sur son corps. Elle portait une robe noire avec des motifs ressemblant à des toiles d’araignées en haut. Autour du cou, on a retrouvé ce qui ressemble à un chemisier. Il était noué comme s’il servait à la fois de bâillon et de bandage pour les yeux de la jeune femme, étudiante en agronomie à l’Université Quisqueya, membre du comité de jeunesse dans son église, animatrice de l’école du dimanche à la MEBSH. Sa petite sœur la décrit comme « une fille sensible, amicale qui aimait tout le monde ». « Elle était aimable, sage, dynamique », confie Jonas Laurince, journaliste, meneur de la petite chorale des chœurs unis de l’église baptiste de Côte-Plage de la MEBSH. Il a vu grandir Lencie qu’il considère comme sa fille. « On priait pour sa libération », soupire Jonas Laurince. Comme un pied de nez, un ultime acte de résistance face à la cruauté des kidnappeurs assassins qui ont torturé et tué Lencie, Patricia Camilien, directrice des affaires étudiantes de l’Université Quisqueya retient les instants de vie, le feu sacré qui brûlait dans cette jeune femme. « La Saahimie dont je veux me rappeler est une jeune femme remarquable, aimable et souriante qui est venue à la daé, par un beau jour de septembre, proposer ses services bénévoles et qui nous a tous marqués par sa joie de vivre, son goût poussé de la mode, sa créativité, sa gentillesse et sa grandeur d'âme », confie Patricia Camilien sur son blog « Laloidemabouche ». « La Saahimie dont je veux me rappeler est une jeune femme radieuse qui, il y a trois semaines, est passée nous faire ses adieux, parce qu’elle devait partir – aujourd’hui, 9 décembre – continuer ses études au Canada ; une belle et brillante jeune femme à qui je disais, alors, qu'elle - et sa contagieuse folie - nous manquerait », témoigne Patricia Camilien. « Cette énième victime de l’insécurité dans la capitale, ce n’est pas elle. Cette photo, qui a déjà commencé à faire le tour des réseaux sociaux, n’a rien à voir avec elle. Notre Saahimie célébrait régulièrement, avec des statuts qui nous faisaient souvent sourire, sa #Saahmiltitude. C’est ainsi qu’elle aurait voulu que nous nous rappelions d’elle. C’est ainsi que nous nous rappellerons d’elle », appelle-t-elle, en souvenir de cette jeune femme qui adorait aussi se faire prendre en photo, les yeux grands ouverts et ce sourire qui distille un bonheur contagieux. Sur la Toile, il y a une avalanche de commentaires exprimant peine, consternation et colère. La date des funérailles n’est pas encore connue.

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