Jeudi 28 juillet 2016









NATIONAL

Les bananes d’Haïti classées Premium, disponibles dans les supermarchés d’Allemagne

Les deux containers de bananes organiques d’Agritrans S.A. sont bel et bien arrivés à bon port. Le 9 septembre 2015, le bateau Crown Garnet de la ligne maritime Cool Carrier appareillait au port du Cap-Haïtien et une dizaine de jours plus tard, le mardi 22 septembre, il jetait l’ancre à Hambourg pour livrer la marchandise à Port International, l’acheteur. Les bananes de Trou-du-Nord de la Agritrans ont passé tous les tests et sont classées « Premium », dans le haut de gamme de la catégorie produits organiques.


Jovenel Moïse ne s’en cache pas : il vit un rêve éveillé. Le projet de Agritrans prend chaque jour un peu plus forme. « Après les tests en Allemagne, les bananes en provenance d’Haïti sont classées premium et chaque caisse de 18 kilogrammes sera payée deux euros de plus que pour la qualité standard », se réjouit celui qui reste un entrepreneur agricole dans l’âme en dépit de son statut de candidat à la présidence. « Nous avons commencé les travaux le 9 septembre 2013, 24 mois plus tard, la terre, l’eau, les plants, la ferme, les installations, les sachets, les caisses utilisées et surtout les fruits produits par Agritrans à Trou-du-Nord ont réussi tous les examens et rencontrent les standards les plus exigeants du marché européen de la banane », se félicite-t-il. « Il nous faut cependant continuer à travailler pour fournir 160 000 tonnes de bananes par an. Nous avons trois ans pour arriver à ce niveau et passer de deux containers exportés le 9 septembre à 150 par semaine, chaque semaine. » Alors que la compagnie Agritrans cherche des investisseurs étrangers pour satisfaire ses besoins en capitaux, de nouveaux équipements sont en train d’être installés sur la ferme et une mûrisserie est en phase de finalisation. D’ici fin octobre, en plus d’exporter, Agritrans sera en mesure de livrer 80 tonnes de bananes (des figues mûres) par semaine au marché haïtien. Pour Jovenel Moïse, évoluant dans la filière banane depuis des années (il possède des plantations de bananes plantains dans le Nord-Ouest), l’agriculture est une affaire de patience. « La banane est le fruit de la patience. Nous avons passé 24 mois à franchir des étapes. Une plantation ce n’est pas comme acheter un bateau de ciment. Les investisseurs d’Agritrans n’auront droit à des dividendes que dans sept ans, tout ce qui est gagné est réinvesti pour le moment », explique-t-il au Nouvelliste très tard mardi soir après une journée à mener campagne. « Les premiers succès du projet Agritrans prouvent, si besoin était, qu’Haïti peut trouver des ressources endogènes pour son développement dans l’agriculture, par exemple. Ils sont une invitation pour que chaque Haïtien fasse sa part », estime celui qui se bat depuis plus de dix ans pour convaincre ses interlocuteurs que son rêve était viable. Les précisions du nouveau président d’Agritrans « La première cargaison de bananes qui a quitté la plantation n’était pas une cargaison expérimentale », explique Pierre-Richard Joseph, coupant court à la rumeur qui voulait faire croire le contraire. Le nouveau P.D.G d’Agritrans S.A., joint au téléphone le mardi 29 septembre en fin d’après-midi, a pris sur lui d’expliquer que cette cargaison avait déjà fait l’objet de plusieurs tests, notamment celui du sol et des contrôles de qualité avant d’être vendue aux Allemands. L’Allemagne étant le client, la porte d’entrée pour le Vieux Continent, il a fallu que la banane originaire de Trou-du-Nord se soumette à d'autres tests standards de l’Union européenne. « Qu’elle a d’ailleurs passés avec brio », souligne Pierre-Richard Joseph, un brin de fierté dans la voix. Agritrans est désormais détentrice d’une certification organique européenne qui déclare sa banane « premium », de première qualité, sans aucun résidu. « Notre banane se classe très haut dans le standard européen, qui est un standard strict », a-t-il ajouté. Pierre-Richard Joseph a tenu à désenfler ce mardi après-midi une autre rumeur qui prétend que la qualité de la banane commercialisée localement est en deçà de celle exportée. « Ce n’est pas le résidu qui est vendu sur le marché local », a protesté énergiquement ce dernier. Agritrans, située dans une zone franche agricole, doit écouler 30% de sa production sur le marché local. En attendant que sa mûrisserie soit opérationnelle, des dizaines de marchande achètent la figue-banane verte et l'écoulent sur le marché local. Cette première barrière sautée, la suite, pour reprendre le P.D.G de la plus grande ferme agricole à cette date du pays, est envisagée avec calme et sérénité. Elle consiste à mettre de nouvelles terres en exploitation pour répondre aux exigences de 160 000 tonnes de banane par an du client, Port International. Une compagnie avec près de 140 ans d'expérience au compteur dans l’import-export et dans l'approvisionnement en fruits et en légumes frais en provenance d'Europe et de l'étranger. Port International importe de la banane depuis 1912. Actuellement, Agritrans à Trou-du-Nord exploite environ 400 hectares et est capable de fournir 15 conteneurs de bananes par semaine avant de monter progressivement en puissance. Pour augmenter sa production, Pierre-Richard Joseph a admis volontiers que le projet Agritrans est en quête de beaucoup de partenaires financiers, tant nationaux qu’internationaux. C’est ce qui a, entre autres, motivé le voyage qu’il a effectué en Allemagne au mois de juillet dernier. Muni d’une recommandation de Port International, Pierre-Richard Joseph dit avoir frappé aux portes de plusieurs institutions financières et de crédit allemandes et leur a vendu son projet. « Les démarches sont sur la bonne voie », a-t-il lâché de manière circonspecte. L’autre but de son voyage en Allemagne a été pour sonder le marché, ce qu’il représente en termes de capacité de consommation. Un marché qui, si l’on en croit Mike Port, président de Port International, croît chaque année à hauteur de 20%. Obligé d’aller quérir du financement à l’étranger pour développer davantage son projet, le nouveau patron d’Agritrans S.A. qui a remplacé Jovenel Moïse, candidat à la présidence, affirme ne pas vouloir tirer à boulets rouges sur le système financier national. En effet, il dit comprendre le fait que nos banques commerciales se montrent prudentes comme des serpents en n’allouant que 1% de leur portefeuille de crédit à l’agriculture, un secteur à risque. Joseph dit souhaiter que l’Etat haïtien donne des garanties aux assureurs privés de la place pour que ces derniers mettent à la disposition des entrepreneurs agricoles des produits d’assurances. A ce propos, Pierre-Richard Joseph annonce une bonne nouvelle pour le secteur agricole. Selon lui, des compagnies d’assurances sont prêtes à travailler avec l’Etat haïtien pour mettre en place une assurance-récolte. Pour Pierre-Richard Joseph, le plus gros risque auquel l’agriculture fait face reste et demeure l’inondation. Car, dit-il, la sécheresse peut mettre trois à quatre mois avant de détruire une plantation alors qu'une inondation prend à peine cinq minutes, ou moins peut-être, pour tout détruire. « Notre ferme agricole dispose d’un système de drainage paré contre n’importe quel type d’inondation », a fait savoir Pierre-Richard Joseph, arguant qu’agriculture rime avec prévision. En ce sens, le site de Trou-du-Nord a été choisi à dessein pour héberger la ferme agricole. A l’en croire, Trou-du-Nord est protégé de l’inondation par un ensemble de montagnes, et le dernier cyclone à avoir frappé Trou-du-Nord, le cyclone Hazel, remonte à 1954. 1954, l’année où Haïti, pour la dernière fois, a exporté de la banane vers le marché mondial.











AUTEUR
Patrick Saint-Pré

sppatrick@lenouvelliste.com

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