Billet relatif à l’article de madame Junia Barreau

Publié le 2015-09-08 | Le Nouvelliste

J’ai lu avec beaucoup de plaisir et d’intérêt les deux articles de bonne facture parus dans les colonnes du Nouvelliste # 39547 du samedi 5 et dimanche 6 septembre 2015, relatifs à l’épineuse question de l’établissement du pourcentage des voix obtenues par les différents candidats lors des élections sénatoriales du 9 août 2015, à savoir : L’excellent texte de mon ami Patrick Ambroise sous le titre : Quelques considérations techniques relatives aux problèmes conceptuels dans le mode de comptage des élections sénatoriales ? Le très intéressant travail de Junia BARREAU intitulé : Élections sénatoriales : revoir ou ne pas revoir la méthode de calcul, là n’est pas la question. Ces deux articles abordent la question sous des angles différents et peuvent de ce fait être considérés d’une certaine manière comme complémentaires. L’article de Junia Barreau notamment suscite quelques commentaires de ma part : 1. Tout en reconnaissant la complexité de la question, elle semble, au vu même du titre de son article, en minimiser l’importance. Il convient de rappeler ici qu’il s’agit d’un problème recurrent (elle cerne d’ailleurs bien la cause de cette recurrence, à savoir l’incapacité voulue ou pas de nos dirigeants à respecter les échéances électorales) qui soulève régulièrement des contestations entachant souvent la légitimité des élus et qui a été le principal facteur qui a fait capoter les élections de 2000. Dans un article soumis au Nouvelliste sur le même sujet et qui n’est pas encore paru, je fais un bref historique de la crise électorale de 2000. 2. Une correction mérite d’être faite à ce sujet dans son article. En effet, les erreurs volontaires ou involontaires du CEP de 2000 relatives au mode d’établissement des pourcentages dans les élections sénatoriales de cette année-là étaient bien plus graves, l’institution en charge de l’organisation des élections s’étant arrogé le droit de ne comptabiliser au premier tour que les voix obtenues par les quatre (4) candidats arrivés en tête. Il s’agissait là d’une violation flagrante non seulement de la Constitution de 1987 mais encore du décret électoral de l’époque. 3. Le fait d’écrire que, dans le modèle de comptage choisi par le CEP, il suffit qu’au moins un électeur ait fait choix d’un candidat unique pour que la majorité absolue redevienne possible dans une circonscription, non seulement peut prêter à confusion notamment pour un lecteur pressé qui se contente d’une lecture en diagonale de l’article, mais encore n’est pas exact dans l’absolu, c'est-à-dire dans tous les cas de figure. Il aurait été plus précis d’écrire que dans l’exemple choisi (à savoir : élection avec 2 postes à pourvoir et 2 candidats ; 10 électeurs ; un seul des candidats (A) avec 100% des votants à avoir mis une croix sur son nom) il faut et il suffit (condition à la fois nécessaire et suffisante) que 10% des électeurs n’aient voté que pour lui et lui seul (un seul choix) pour qu’il soit élu au premier tour, avec comme elle signale, 53% des suffrages exprimés. Elle devrait également ajouter que ce pourcentage de 10% augmentera progressivement de 10 à 50% au fur et à mesure que le nombre de suffrages obtenus par le candidat A va diminuer de 100 à 50%. 4. Souligner que : Dans les faits, on sait qu’une grande partie des électeurs ont décidé de voter un candidat unique (vérifié dans tous les départements), alors que pratiquement 3 électeurs sur 4 (74%) ont voté 2 candidats comme le montre le tableau ci-dessous, pourrait pour le moins induire aussi les lecteurs en erreur. Ce tableau est en un cumul du tableau du CEP donnant le taux de participation national et par département et des différents tableaux affichant les résultats des sénatoriales par département. Dans ce tableau La 1re colonne de chiffres (A) représente le nombre de votants La 2e (B) le nombre théorique maximal de votes valides susceptible d’être induit lors des élections sénatoriales au cas où tous les électeurs inscrits votent pour 2 candidats Le nombre de votes valides (C) avec choix exprimés comptabilisé (nombre total de votes valides- nombre de votes valides 0 candidat) Le pourcentage de votes valides par rapport au maximum théorique (D) Le nombre de bulletins valides avec choix de 2 candidats
DépartementABCDE
OUEST23621747243436492977.24182464
SUD'EST8832417664813585076.9067921
NORD10678021356016278176.2281388
NORD'EST8550417100810739462.8053696
ARTIBONITE10906521813017347779.5286728
CENTRE 96619 193238 142022 73.49 71005
SUD 118106 236212 171969 72.80 85981
GRAND ANSE 64103 128206 86560 67.52 43282
NORD-OUEST 79358 158716 115199 72.58 57598
NIPPES 62440 124880 95238 76.26 47617
NATIONAL 1.046.516 2.093.032 1.555.419 73,53 777680

Le double de chaque chiffre de la colonne E devrait être strictement égal à son correspondant au niveau de la colonne C. il existe une infime différence (59 votes valides en plus dans la colonne C) liée au fait que les nombres exprimant les pourcentages (colonne E) ont été arrêtés à deux chiffes après la virgule. Il est théoriquement possible, comme madame Barreau l’a souligné, qu’un candidat puisse être élu au premier tour malgré la formule abracadabrante du CEP. Prenons le cas de M. Jean Renel Sénatus. Il aurait fallu, toujours avec la formule du CEP : soit qu’il ait obtenu, non 101 884, mais 184 358 voix représentant 50% + 1 du total des votes valides du département pour les sénatoriales. Cela signifie qu’il aurait dû obtenir le suffrage de 78.04% des votants La probabilité existe donc théoriquement mais elle est infime dans une élection à 39 candidats et avec un " taux de participation officiel de 10% ". Autant dire mission impossible, probabilité quasi inexistante dans ce que nous appelons, en jargon medical, "la vraie vie " (la réalité) ; soit que les 101884 voix qu’il a totalisées représentent 50% + 1 du total des votes valides, ce dernier étant alors de 203767 voix. Cette hypothèse est, dans le cas étudié ici, entachée d’impossibilité arithmétique ; en effet le nombre de votants est de 236 217 ; ils ont donc tous déposé un bulletin valide puisqu’aucun bulletin nul n’a été comptabilisé. 5. En fait, tous les candidats ayant dans le mode particulier et spécieux de comptage retenu par le CEP obtenu 25% des voix + 1 ont en réalité été élus dès le 1er tour. Ils sont au nombre de quatre (4) : M. Willot Joseph du département du Centre, 28.18% (obtention du suffrage de 56.36% des votants en réalité) M. Ronald Larèche, Nord-Est, 28.08% (suffrage de 56.16% des votants) M. Jean Renel Sénatus, Ouest, 27.63% (suffrage de 55.26% des votants) M. Youri Latortue, Artibonite, 26.90% (suffrage de 53.8% des votants) 6. Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre et aussi le contenu de l’article de Junia Barreau, ils ont raison de se battre, de protester, de dénoncer l’erreur flagrante du CEP et de réclamer le rétablissement de leur droit. Car rien n’est encore joué pour le 2e tour, du moins pour certains d’entre eux, lorsqu’on connaît les magouilles, les irrégularités, les fraudes massives qui entachent régulièrement nos élections ; et même en dehors de toute fraude, un candidat arrivé en tête avec 25% +1 des voix selon la méthode du CEP (en réalité 50% +2 par rapport au nombre de votants) et donc élu dès le 1er tour comme 1er sénateur de la République, peut se trouver déclassé, voire ne pas être élu au second tour à la régulière par le simple jeu du report des voix. Prenons l’exemple de M. Youri Latortue qui a obtenu au 1er tour 26.90% des votes valides (formule CEP). Les quatre premiers arrivés en tête vont participer au second tour. Ces quatre premiers candidats totalisent 54.31% des votes valides. La kyrielle des candidats évincés (pas moins de 21 !!) représente 45.69%. il suffirait arithmétiquement que ces 45.69% se reportent à parts égales ou presque sur les deux candidats qui le suivent pour que M. Latortue ne soit pas élu au 2e tour. Vous pourrez, à votre tour, me dire qu’il s’agit d’une probabilité infime, pratiquement impossible et je vous le concèderai ; mais chez nous, lorsqu’une telle possibilité mathématique existe (et d’ailleurs même lorsqu’elle n’existe pas), c’est la porte ouverte à toutes les magouilles, à toutes les explications scabreuses. Et il est important de rappeler ici que, de l’aveu même de M. Ricardo Seitenfus à l’époque Représentant spécial du Secrétaire général de l’OEA et donc témoin privilégié et crédible (voir son livre paru aux Éditions de l’Université d’Etat d’Haïti : L’échec de l’aide internationale à Haïti. Dilemmes et égarements), la communauté internationale a imposé, sous fortes menaces, un chambardement total des résultats du 1er tour de l'élection présidentielle du 28 novembre 2010, privant le candidat arrivé en tête de ce 1er tour, M. Jude Célestin, de participation au 2e tour de ces élections ; et ceci s’est fait avec le silence complice et coupable des autorités politiques de l’époque et aussi avec celui de l’actuel président du CEP, M. Pierre-Louis Opont, à l’époque, directeur exécutif (ou général) de l’institution électorale. Et il y a une seconde possibilité : celle d’une bien plus grande mobilisation des électeurs au second tour (qui théoriquement devra regrouper le second tour des législatives, le 1er tour de la présidentielle et les élections locales) qui peut théoriquement bouleverser la donne de façon tout à fait régulière mais aussi favoriser les fraudes.

MALEBRANCHE Rodolphe r_malebranche@yahoo.fr Auteur

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