Haiti-Rapatriement

Oubliés, des rapatriés mènent une vie dure à la frontière haitiano-dominicaine

Une crise humanitaire se profile à la frontière entre Haïti et la République dominicaine. Les rapatriés continuent de grossir les camps en différents points de la frontière, dans des conditions précaires, dans l’absence des structures d’accueil annoncées par le gouvernement.

Publié le 2015-09-09 | Le Nouvelliste

National -

Les camps de rapatriés se multiplient le long de la frontière entre Haïti et la République Dominicaine. Pas moins de quatre sites sont dénombrés dans le département du Sud-Est par les autorités locales. Les milliers d’Haïtiens revenus volontairement ou de force de la république voisine vivent leur quotidien dans des conditions infrahumaines, incapables de satisfaire leurs besoins de base, avec la tentation de repasser de l’autre côté, a constaté une équipe du Nouvelliste à Anse à Pitre. Une situation qui fait craindre une crise humanitaire dans la zone où les ressources étaient déjà rares. La localité de Parc Cadot, située dans la ville frontalière d’Anse-à-Pitre, accueille l’un des principaux camps de migrants. Au loin, le camp de Parc Cadeau ressemble à des tentes multicolores placées en plein désert. Vu de près, le spectacle est désolant. Une centaine de maisonnettes construites en carton, en morceaux de tissus et des morceaux de bois. Invivable sous la pluie, le jour, la chaleur et la poussière rendent contagieux ce lieu abandonné des autorités publiques. Pierre Paul Edouane, 27 ans, quatre enfants, est le leader du campement. Une partie de l’espace occupé par les rapatriés a été généreusement offerte par son père qui habitait la zone. « Pas moins de 106 familles vivent actuellement dans ce camp. Ce sont pour la plupart des personnes qui ont fui la République dominicaine à la suite des menaces de représailles», a raconté celui qui dirige une église montée sur le camp. « Il y a quelques jours, un vieillard, n'ayant pas pu supporter la chaleur et la poussière, est mort, des enfants affamés s’évanouissent», raconte l’homme, visage fermé, assis dans sa maisonnette en paille. Dans les couloirs, les enfants nus exultent dans la poussière, dansent la musique diffusée dans les radios dominicaines. Pas de travail, les hommes comme les femmes restent les bras croisés dans l’attente de l’aide de l’Etat ou des organisations non gouvernementales. Ils se souviennent de la visite du Premier ministre Evans Paul en juin dernier quand un plat chaud leur avait été offert. Depuis, personne du gouvernement n’est revenu nous voir, déplore Pierre Paul. Un prêtre catholique du nom de Luc Aléhandre tente de venir en aide aux rapatriés. Ce religieux fait le va-et-vient entre les camps et le centre-ville d’Anse-à-Pitre. Des vivres, de l’eau, des médicaments, il se bat pour pourvoir aux besoins de la population. Le nom du prêtre qui dessert l’église Notre-Dame de Lourdes revient souvent sur les lèvres des rapatriés. Mis à part les quelques interventions de l’Etat et des ONG, c’est lui qui s’occupe d’eux. Impuissant, l’un des agents exécutifs intérimaires de la commune d’Anse-à-Pitre se plaint du manque de moyens. Illy Monplaisir affirme avoir toutefois permis à quelques familles de regagner leur localité d’origine. Parc Cadot est située dans une zone aride où ne pousse presque aucune plantation. Le seul produit de la zone est le charbon de bois. D’ailleurs, le paysage n’est plus ce qu’il était depuis l’arrivée des premiers rapatriés, mi-juin. Parc Cadot, une forêt de cactus a été ravagée en quelques semaines. La seule source de vie de la zone est désormais la rivière de Perdenales. Les habitants font tout avec l’eau de cette rivière qui sépare les territoires d’Haïti et de la République dominicaine. De l’autre côté, les gardes dominicains veillent pour éviter que les rapatriés ne coupent les arbres ou tentent de regagner la terre voisine. La situation à Parc Cadot n’est pas différente de celle des autres sites. Dans les camps de Tête-à-l’Eau, de Fond-Jeanette et de Savane-Galata, le constat est le même. Ils sont désormais des milliers de personnes fuyant la République dominicaine pour s’établir le long de la frontière dans la misère. 136 familles, 627 personnes vivent sur le camp de Tête-à-l’Eau. Ces personnes, expulsées pour la plupart, de la ville dominicaine de Perdenales, ont abandonné leurs biens pour échapper aux menaces de massacre proférées par les voisins et des radicaux à travers la radio. « Nous accueillons nos frères et sœurs dans la dignité », avait pourtant déclaré en juin dernier le président Martelly à l’arrivée des centaines d’Haïtiens, revenus volontairement de la république voisine. Une visite sur le terrain prouve bien le contraire. Et dans cette situation, l’immigration dominicaine n’a pas encore fini de renvoyer des migrants dans les différents points de la frontière. Le gouvernement haïtien a fort à faire pour éviter la catastrophe humanitaire qu’il avait prédite devant les différentes instances internationales.

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