Haïti – Elections

Le CEP satisfait en dépit des irrégularités

Les élections législatives se sont tenues, comme prévu par le décret électoral, le dimanche 9 août 2015 à travers tout le territoire national. Si le Conseil électoral provisoire reconnaît volontiers que moult irrégularités ont entaché ce scrutin devant permettre l’élection de 119 députés et 20 sénateurs, l’institution présidée par Pierre Louis Opont se dit satisfaite dans l’ensemble de son déroulement.

Publié le 2015-08-10 | Le Nouvelliste

National -

Fixé initialement à 6 heures du matin, le coup d’envoi de la journée électorale du dimanche 9 août n’a pas démarré sur les chapeaux de roue. Pas du tout. A quelques rares exceptions, quasiment tous les bureaux de vote ont enregistré du retard au moment de leur ouverture. Une ponctualité plombée surtout, en grande partie, par beaucoup de mandataires qui n’ont pas pu avoir accès aux bureaux de vote. La faute au CEP qui n’a pas délivré de mandats à tous les mandataires des partis politiques. Ces derniers ont accusé l’institution électorale de favoriser certains partis politiques. Pendant tout le déroulement du scrutin, la situation des mandataires est restée l’un des problèmes majeurs constatés dans les centres de vote, à l’origine de plusieurs échauffourées. Notamment, à l’Ecole nationale Isidor Boisrond, à la rue Lamarre, à côté du local de l’ancien ciné Capitol, où des mandataires, empêchés de retrouver leurs bureaux de vote faute d’avoir en main leur mandat, ont semé la pagaille. Vers les 9 heures environ, ce centre de vote était déjà fermé pour cause de vandalisme, après les constats d’un juge de paix. Plus tard dans la soirée, après la clôture des votes, Pierre-Louis Opont, président du CEP, dans une conférence de presse bilan, a accusé un chef de service de l’institution électorale, Joseph Hébert Lucien, d’avoir pris la fuite avec le matériel du CEP, notamment des mandats des partis politiques. Ce qui a eu pour conséquence, selon le numéro un du CEP, le ralentissement de la production de mandats pour les mandataires des partis politiques. « On ignore ses motivations mais les conséquences sont là. Une plainte formelle a été déposée contre le chef de service qui était chargé de l'impression des mandats », a déclaré Pierre-Louis Opont, arborant une casquette avec le logo du CEP, très remonté contre l’employé en cavale. Autre pierre d’achoppement de cette journée électorale : la paralysie totale des transports en commun. Quelques heures après le lancement de l’opération de vote, seuls les véhicules de la police et quelques véhicules privés ont été constatés au centre-ville de Port-au-Prince. Et ce même constat s’est étendu au reste de la journée. Les électeurs qui ne disposent pas de véhicule privé ont ramé pour pouvoir se rendre aux urnes. « Il n’y a pas eu d’encombrement dans les bureaux de vote à Port-au-Prince, c’était différent en province », a admis Pierre-Louis Opont, qui a ensuite ajouté que le CEP n’était pas en mesure de parler de taux de participation. Toutefois, un faible taux de participation est signalé un peu partout dans les centres de vote à travers le pays. « 4% des centres de vote affectés par des actes de violence sur l’ensemble du territoire, soit 54 sur un total de 1508 », a ensuite poursuivi Pierre-Louis Opont, qui a, par la suite, indiqué que 5% de l’électorat est affecté par la fermeture prématurée de bureaux de vote, soit 90 000 électeurs sur un total de 5.8 millions. Par ailleurs, le directeur général de la PNH, Godson Orélus, en point de presse, a rapporté que la police nationale a procédé à 137 arrestations sur tout le territoire. « Nous avons enregistré 12 blessés, dont 3 policiers, 137 arrestations, dont 35 dans l’Ouest, 30 dans l’Artibonite, 15 dans le Centre et 10 dans le Nord. 23 armes à feu ont été saisies, dont 10 dans l’Artibonite », a fait savoir le DG de la PNH. « Il y a eu beaucoup d’actes de violence sur l’ensemble du territoire. On va sévir là où l’on doit sévir. On va prendre nos responsabilités. On va sévir contre ceux qui ont fait des bourrages d’urnes, emporté du matériel de l’Etat… », a martelé Pierre-Louis Opont. Selon lui, les actes de violence ont été surtout enregistrés dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre. Coup d’œil sur la région métropolitaine Au centre-ville, les électeurs ont commencé à voter de très tôt, soit vers les 6h30 dans la plupart des centres de vote. Aux lycées Jean-Jacques Dessalines, du Cent cinquantenaire, de Marie-Jeanne, de Fritz Pierre-Louis et dans d’autres écoles nationales, les électeurs ont accouru vers les bureaux de vote pour remplir leur devoir de citoyen. A Carrefour, qui hébergeait 34 centres de vote, des individus non identifiés circulant à moto ont tiré en l’air dans les parages de certains centres de vote, essayant d’intimider les électeurs pour les porter à fuir. Au centre de vote « Ecole nationale mixte de Thor », contenant 39 bureaux de vote, un bureau de vote a été annulé. Une situation de tension, entre les partisans de différents candidats, a abouti d’un côté à l’annulation du centre de vote de Méridien Night-Club à Gressier et d’un autre à la fermeture du centre de vote de l’Ecole nationale de Merger. Ces deux centres de vote se trouvent au niveau de la section de Morne-à-Bateau dans la commune de Gressier. A Petit-Goâve, environ quatre personnes ont été blessées, dont deux par balle et les deux autres à l'arme blanche. Le centre de vote de la sixième section de ladite circonscription a été fermé, voire annulé avant 12h à cause des actes de violence. La journée électorale s’est déroulée sans incident majeur au niveau de la commune de Tabarre. Toutefois, un retard d’une heure et demie a été enregistré dans les 58 bureaux de vote du centre Lycée Jean-Marie Vincent à Carradeux. Le scrutin a connu plus d’une heure d’interruption au niveau du centre de vote Micro School, constitué de 29 bureaux de vote, situé à Santo 8. Les bureaux 3 et 19 ont été éliminés après que des individus ont envahi les lieux et ont fait main basse sur la liste d’enregistrement des électeurs. Outre le retard de deux heures accumulé au centre de vote du Lycée Jacques Premier sur la commune de Croix-des-Bouquets, quelques irrégularités étaient enregistrées à longueur de cette journée électorale. Dans ce centre de vote, composé de 77 bureaux de vote, certains électeurs n’ont pas pu trouver leurs noms sur la liste des électeurs. Deux mandataires de deux partis différents ont failli en venir aux mains parce que l’un d’entre eux a voté son candidat avec son permis de conduire.

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