Des centres de vote saccagés à l’Av John Brown

Publié le 2015-08-11 | Le Nouvelliste

National -

Au Nouveau collège mixte de Bourdon, les électeurs n’ont pas pu voter à ce premier tour des élections législatives. Des partisans de candidats ont saccagé, dimanche, les bureaux de ce centre de vote. Isoloirs, urnes, bulletins de vote, crayons tôt dans la matinée jonchaient le sol. Les électeurs venus accomplir leur devoir n’ont fait que constater les dégâts. Toutes les salles de classe retenues pour ce dimanche électoral dans ce collège ont subi l’assaut des bandits qui avaient saccagé l’école des sœurs de Trou-Sable. « Je condamne ces candidats à la députation qui ont carrément pris ces isoloirs et ces bulletins de vote pour les foutre par terre. Quelqu’un ne peut pas se dire qu’il va représenter le peuple haïtien au Parlement et avoir une telle attitude ! », s’indigne le vice-président d’un bureau du centre de vote du Nouveau collège mixte de Bourdon. Le jeune homme regrette cette matinée gâchée, lui qui espérait jouer sa partition démocratique dans cette machine qui devait être lancée depuis tantôt quatre ans. Tous les bureaux de ce centre ont subi une véritable razzia. « Ce sont les candidats malheureux, ceux qui savent que les électeurs ne vont pas les voter qui chauffent la tête de leurs partisans. J’ai quitté ma maison, à Martissant, de très tôt pour venir ici. Je suis venu à pied pour voter. Regardez ce qui s’est passé ! », dit un jeune homme, déçu de n’avoir pas fait son devoir de citoyen. Des documents qui devaient permettre à l’électeur d’exercer son devoir civique portent l’empreinte des semelles de chaussures dans les couloirs de ce collège. Quelques heures plus tard, une superviseuse, bloc-notes en main, fait le tour des lieux. Elle relève les indices qui soulignent les traces de violence sur le matériel sensible. Devant la barrière du collège situé à l’Av John Brown, les agents de la police nationale montent la garde. Plus loin, à l’Ecole nationale Argentine Bellegarde, à la rue Vaillant, ce centre de vote est vide. Les responsables de bureaux de ce lieu sont assis sur des murets et se plaignent. 12 h 30. Une jeune femme se soucie du déjeuner qui tarde à arriver. Un jeune homme s’inquiète pour son per diem, sachant qu’il n’a pas eu le temps de faire son boulot ; un autre lui rassure par ces mots : « Travay pa travay y ap kale nou lajan nou. Blan an bay kòb la deja pou eleksyon sa ». (Que l’on travaille ou pas, on va nous payer. L’étranger a déjà donné l’argent pour ces élections) Pas de trace de matériels sensibles sur le sol de cette école nationale qui a déjà été meurtrie par l'élection présidentielle de 1987. Des incidents sont aussi enregistrés dans cet espace : jets de pierres et de bouteilles, menaces verbales ont fait le lot de la journée. Des témoins racontent que des fauteurs de troubles venus d’autres sites des environs ont été dépêchés exprès par certains candidats pour accomplir ce forfait. Devant l’École de Trou-Sable, mandataires, observateurs, membres chargés de bureaux de vote, électeurs échangent des propos sur ce qui vient de se passer. Les agents de la PNH assurant la sécurité de ce centre n’ont pas pu contrecarrer le dérapage; ils restent parmi ces groupes qui se forment dans la rue. A travers les écouteurs de leur téléphone portable et des postes de radio dans le voisinage qui diffusent des nouvelles, un relent de tension vibre dans cette rue. Soudain, un jeune homme lance un juron : « (Gèt...) ! Yo pap jwenn mwen ankò pou vote. » Il affiche l’image de ces électeurs frustrés qui retournent chez eux sans avoir vu un bulletin. Manifestement, ce jeune s’est mobilisé pour rien. À l’Av John Brown, l'image d'une journée de grève domine. Des pickups bondés foncent à vive allure. Des jeunes crient à tue-tête : « Eleksyon an kraze ! Eleksyon an kraze ! »

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