Retour au bercail d’un travailleur haïtien en République dominicaine

Publié le 2015-07-09 | Le Nouvelliste

National -

Il ne voulait pas se faire pincer par les autorités dominicaines, il ne voulait pas être rapatrié manu militari à la frontière haïtiano-dominicaine. Wisly Désulma, 24 ans, est revenu la semaine dernière sur son sol natal, Saint-Michel-de-l’Attalaye, une commune de l’arrondissement de Marmelade dans le département de l’Artibonite. Du côté de Gaspar Delandes, une localité non loin de la capitale, Santo Domingo, où il travaillait dans le cacao, le jeune homme, qui fait le va-et-vient entre Camathe, sa section communale, et la République dominicaine depuis quatre ans, a eu vent de l’actualité, car, de juin 2015 à nos jours, des milliers de migrants et de travailleurs sont revenus en Haïti. Debout sous un arbre derrière une église protestante de la localité de Camathe, une fourche plongée dans son afro, Wisly, qui est retourné volontairement dans ses pénates artibonitiennes, raconte comment, vendredi dernier, le chef dominicain qui dirige son équipe a convoqué les travailleurs haïtiens. « Chèf la reyini tout moun li di : fòk nou legal pou n vire alèz nan peyi a » (Le chef a réuni tout le monde et leur a dit : vous devez avoir vos papiers pour circuler librement dans le pays). Jeune travailleur, n’ayant ni femme ni enfant, il ne s’est pas fait prier. « Le chef m’a remis 5 900 pesos environ. Et comme beaucoup d’autres Haïtiens, nous avons fait le voyage ensemble en autobus. Un autobus bondé », dit-il. Sur une trentaine d’Haïtiens travaillant au même endroit que lui là-bas, trois seulement avaient leurs papiers, explique ce travailleur qui était retourné à Saint-Domingue depuis vingt-cinq jours. « Vendredi dernier, à cinq heures de l’après-midi, le chef a réuni tout le monde. On nous a payé et on nous a dit : retournez dans votre pays, faites votre passeport. Si vous êtes légal, revenez travailler. » Wisly trouvait toujours quelque chose à faire de l’autre côté de la frontière. Toujours poussé par le désir d’empocher quelques sous, à la sueur de son front, il n’est pas resté trop longtemps à l’école en Haïti. Il a abandonné en classe de sixième année fondamentale pour faire des petits boulots par-ci par-là. Du côté de Gaspar Delandes, une localité en République voisine, il gagnait 400 pesos par jour. « Je travaillais de huit heures du matin jusqu’à cinq heures de l’après-midi », raconte-t-il. Et quand il y avait beaucoup de cacao, il ne ménageait pas ses forces. Il était prêt à travailler jusqu’au soir pour gagner davantage. À Saint-Michel, dont l’économie repose sur la canne à sucre et le tabac, le jeune homme se sent maintenant au repos dans sa famille. Il mange son gain. Wisly Désulma avoue qu’il n’a nullement l’intention de rester en Haïti. Depuis ses vingt ans, le travail a le goût du peso, la monnaie nationale de la République dominicaine. Le jeune homme rêve d’aller ailleurs, aux Bahamas, à Nassau, il souhaite traverser l’océan pour chercher d’autres possibilités, découvrir des pays où le travail l’attend. Désormais, retourner en République dominicaine, n’est plus un rêve pour Wisly. D’autres ailleurs, d’autres cieux plus cléments l’appellent comme des milliers de jeunes Haïtiens habités par un désir pressant : quitter ce bout d’île.

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