Desandann en concert

Rencontre des musiques du monde/I.F.H – 24 juin

Publié le 2015-06-26 | Le Nouvelliste

Culture -

Par Roland Léonard «Tamise», «Caracoli» et l’Institut français en Haïti ne pouvaient nous réserver meilleure surprise : des descendants, arrière petits-fils et petites-fille, d’Haïtiens installés à Cuba, au siècle dernier et même auparavant ; troisième ou quatrième – peut-être plus – génération de gens du Sud du pays en majorité, partis en quête d'une vie meilleure sur la terre de José Marti. «Zafra», métiers manuels et d’artisans. Notre créole et notre vaudou leur ont été transmis en héritage, ainsi que nos belles chansons sacrées, profanes et populaires, jusqu’à notre compas direct ou «Konpa». C’est génétique, on dirait. Ce groupe, nous apprend-on, existe en fait depuis mars 1994. Il est issu d’un premier appelé «Chœur camaguey» où dix chanteurs d'ascendances haïtienne ont pris l’initiative de le former pour honorer la culture et la mémoire de leurs aïeux. En plus de vingt ans d’existence, ils ont largement débordé, voire dépassé leurs objectifs premiers. À l’actif de leur répertoire, il y a plus de cinquante (50) chansons de style différent issues d’Haïti, de Cuba, de la Caraïbe et même des États-Unis et de l’Europe. Leur répertoire s’est donc ouvert au monde, s'intéressant à d’autres cultures dans un esprit d’universalité. A l’heure du village global, de la mondialisation, on ne saurait vivre en autarcie. Mais au pays de Fidel Castro, malgré un embargo étouffant et injuste de plus de cinquante-quatre (54) ans, on ne badine pas avec la formation des ambassadeurs culturels, fierté de la révolution et miroir de sa diversité. On les prépare donc à l’excellence. Beaucoup de ces choristes ont été éduqués dans des écoles de musique et ont décroché leurs diplômes. Techniques du chant, travail de la voix et de la respiration. Apprentissage de l’harmonie et de l’arrangement. Nous avons pu nous en rendre compte dans une brève entrevue après le spectacle et en écoutant leurs exercices d’échauffement vocal avant le concert. Mais parlons donc de ce dernier. L’assistance est ponctuelle, intéressée et curieuse, composite : étudiants, mélomanes, journalistes, photographes, musiciens, chanteurs et chanteuses, choristes, venus à la découverte de notre culture expatriée. Le directeur de l’I.F.H. salue le public et introduit brièvement le chœur. Il se présente sur le podium sous les acclamations. Portant des habits typiques et africains, six chanteuses (sopranos et contraltos), trois chanteurs et percussionnistes (barytons et ténor ; «Palos» et «guiro»), un congaïste nous enchantent. Les femmes sont habillées de robes longues de tissus bigarrés, décolletées, à volants autour de la poitrine et la ceinture. Elles sont coiffées de beaux madras ; colliers de grains et foulards de diverses couleurs à la taille. Les hommes ont des chemises afro-indiennes de couleur rouge grenat et des pantalons noirs. La contralto et directrice Emilia Diaz Chavez fait le contact avec le public en créole. Un chanteur attaque avec «gwo lwa, gwo pwen-mwen», ce «petwo», soutenu par les harmonies du chœur et les percussions. Bonnes chorégraphies des jolies choristes. Nous sommes émus ; nous nous contenons difficilement à cet appel de nos racines culturelles. Ce chant est d’une beauté éprouvée. En second lieu, extraite d’un drame musical sur «Gouverneurs de la rosée» de Jacques Roumain : «Manuel et Annaïse», une chanson exprimée par la belle voix d’une récitante soprano, accompagnée par le chœur et la basse imitée par le baryton-arrangeur (es un tumbao de bajo). Du scat minimaliste. La directrice du chœur, Emilia Diaz Chávez, parlant assez bien le créole, s’adresse aux spectateurs, les déride et amuse. Elle sert d’interface entre eux et ses musiciens. Séjournant en Haïti avant et après le séisme du 12 janvier 2010, le chœur en a rapporté une chanson d’enfants, malicieuse : «Bouliendo Zouptoup». Il faut entendre chanter cet air, légèrement grivois, avec les chorégraphies, tours de reins, «gouyad» et «cassés» érotiques de ces jolies femmes sur l’expression «Zouptoup»… Hum ! C’est délicieux ! Elles agitent – les coquines – leurs foulards jaune, mauve, blanc, bleu ciel et rouge à cette occasion. Dans son humour irrésistible et avec des yeux rieurs derrière ses lunettes, Emilia annonce le prochain numéro «Gason tripòt». Un solide «konpa twoubadou» où le baryton et arrangeur, dans un «montuno» ou refrain, échange avec le chœur sur la phrase insistante «Kouzen piga w pa di m». L’assistance s’esclaffe, ne se contient plus. Certains rient à gorge déployée et se tiennent les côtes. C’est absolument désopilant. … Et le concert suit son cours avec des chansons savoureuses puisées dans le répertoire et la mémoire d’Haïti ou d’ailleurs, enchaînées les unes aux autres : «Mawoule» de Jean-Claude Martineau, révélation de Carole Démesmin, interprétée par une mulâtresse soprano, en «boléro» comme dans la version originale, harmonies du chœur, instruments réels et imités par les hommes ; «Mannwèl jwenn dlo a » ; cœur a capella et «rara» (en fait un compas-merengue), notre jeune et talentueuse Annie Alerte, invitée, se mele de la partie ; «Panama mwen tonbe» sur rythme konpa en guise de kongo ; «Pou ki AYiti kriye», touchante composition du chœur sur le séisme de 2010, récitatif tragique puis «Daomen» et «Nago» rapide ; un hommage à la France, «Les feuilles mortes», bien harmonisées par les voix féminines sur rythme de swing lent ; un négro-spiritual américain. Et arrive le tour de la chanson cubaine avec ses rythmes célèbres : un «guaguanco» sensuel et lent souligné par sa «clave» de «palos» ou bouts de bois frappés, le rythme typique du tambour, l’accélération finale du tempo ; un cha-cha-cha «cha-cha-cha por ayi y por aya», danse du célèbre Enrique Jorin (1958) ayant fait le tour du monde ; l’inévitable «Guajira guantanamera», guajira demandée par le public, sur les harmonies I, IV, V du «son» montuno ; le fameux «son de la Loma» que le chœur joue sur insistance de votre serviteur, en mémoire du trio Matamoros. Le reporter avoue avoir grimpé le podium pour chanter avec une jolie choriste bien en chair et tout en rondeur, sur son invitation. Au dessert et en finale, les «Desandann» jouent «Lumane Casimir» de Jean-Claude «Koralen» Martineau. Mélange de «merengue» et «guaracha». Fabienne Denis, dont le timbre rappelle la chanteuse, est invitée sur scène et chante aussi, sans se faire prier. Quelle fête ! Que viva Haití! Que viva Cuba libre! «Desandann» Noms des choristes: Marcelo Andrés Luis: baryton Dalio Arce Luis: baryton Marina de los Ángeles Collazo Fernández: contralto Emilia Díaz Chávez: directrice, contralto Andrés Rexpamel Ortega Díaz: percussion Yora Romero Díaz: cntralto Teresita Romero Miranda: contralto Fidel Romero Miranda: ténor Irian Rondón Montejo: soprano Yordanka Sánchez Fajardo: soprano

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