Kareyce Fosto et James Germain à la rencontre des musiques du monde

Au festival Musiques du monde, plusieurs sonorités linguistiques et musicales se sont croisées, dans la soirée du mardi 23 juin sur la scène de la Fokal. Kareyce Fosto et James Germain, un pur délice.

Publié le 2015-06-24 | Le Nouvelliste

Culture -

Claude Bernard Sérant Deux voix mélodieuses, pleines de chaleur, Karey Fosto et James Germain, ont enveloppé le public hier soir à la Fokal. Dans ces rencontres de Musiques du monde en Haïti, les musiques traditionnelles du Cameroun et d’ici se sont croisées sur le rivage du bonheur de goûter les langues et les rythmes de toutes les couleurs. Femme-orchestre du Cameroun, pays de l’Afrique centrale, Kareyce Fosto, a tenu bien au chaud l’assistance avec ses compositions. Elle a fait défiler les langues de son pays et des instruments traditionnels qui apportent d’autres saveurs à la fête de la musique. En bonne animatrice et conteuse dans l’âme, avant chaque chanson servie dans les langues de son pays (Gumalah, Ewondo et Douala), elle en explique l’essentiel afin de mettre le public dans le bain. Ainsi, on découvre que l’ancienne choriste de Sally Nyolo chante des chansons engagées. La cause du sida. La cause des personnes vivant avec ce virus qui meurent parce qu’elles sont stigmatisées par la société ne laisse pas cette artiste indifférente. Elle touche du doigt une problématique familière à tous les pays, dont Haïti. Elle prodigue des conseils aux jeunes casseurs du Cameroun qui, aux moindres revendications politiques, saccagent le commerce, mettent à sac les biens privés. Est-ce ainsi qu’on résout les problèmes sociaux et économiques d’un pays ? De graves questions sont posées dans la musique de Fosto. Dans son pays, des adolescentes sont mariées de force à des adultes. Elle chante et apprend des couplets au public de la FOKAL qui prend parti pour la cause qu’elle défend. Avec elle, on crie au scandale. Non ! Ces petites devraient rester à l’école sous le regard bienveillant de leurs parents. Elle n’a pas sa langue dans sa poche cette Camerounaise qui rejette la polygamie. Une triste réalité, un mauvais rêve à effacer de toute urgence. Un dossier, souligne-t-elle, à présenter devant le Parlement camerounais. Cette forme de régime matrimonial qui permet aux hommes d’avoir plusieurs épouses simultanément, pourquoi est-elle établie à sens unique ? a-t-elle lancé à un public hilare. La colère et la verve joyeuses de Fosto sont portées par des instruments qu’elle joue avec professionnalisme: la guitare, le Nkul, le belack, le dé, le chouè. On était comblés. Le soul classique et le grain traditionnel dans la voix de James Germain La soirée s’est poursuivie avec James Germain. Accompagné par Voltaire Gliffood (guitare), Josué Alexis (piano) et Marc Harold Pierre (percussion). Dans un décor animé sur un fond de vêvê, des images vidéo de toute beauté signées Maksaens Denis qui mettent en scène des dessins représentant les divinités vaudoues, James Germain reprend le flambeau de la compatriote de Greg Belobo (ce chanteur classique à la voix basse qui a émerveillé l’Institut français en Haïti). Quand il a débuté la soirée avec un chant qui rend hommage à Lina Mathon Blanchet, James Germain avait tout le soul classique et le grain des chanteurs traditionnels dans la voix. Il était extraordinaire dans ce chant. Il ne manquait qu’un orchestre symphonique pour nous croire à l’opéra. Il nous a pris aux tripes avec une chanson de Tiga, le regretté peintre de Saint-Soleil de Soisson-la-Montagne, peintre qui touchait à tout. Il a montré une habileté technique, un flot lyrique coulait avec des ornements, des nuances dans le timbre de James Germain. Après cette envolée, il est revenu avec des chansons très populaires, des chansons plus faciles à chanter avec le public. Et c’était un vrai rara, une fête où la scène et l’assistance ne faisaient qu’une.

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