Fin du Plan national de la régularisation des étrangers

Publié le 2015-06-17 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le gouvernement dominicain a mis fin hier mercredi au Plan national de régularisation des étrangers qu’il avait initié depuis le 2 juin 2014. Ce plan a été conçu par les autorités dominicaines à la suite d’une vaste campagne menée par l’ex-chancelier haïtien Pierre-Richard Casimir contre l’arrêt du tribunal constitutionnel 168-13 visant la dénationalisation des Dominicains d’origine haïtienne. Le triomphe de la campagne de sensibilisation de l’administration Martelly/Lamothe dans ce dossier avait permis à beaucoup de pays et d’organisations œuvrant dans le domaine des droits humains de condamner le gouvernement Medina. Cet arrêt raciste et xénophobe, qui avait mis ce pays sur la sellette pour non-respect de droits humains à la fin de l’année 2013 et au début de l’année 2014, n’a toutefois causé de dommages ni à l’économie dominicaine ni à la vie politique de ce pays. En dépit des divergences profondes créées par cet arrêt entre l’opposition politique, l’équipe au pouvoir et d’autres groupes de la société civile dominicaine, les institutions de ce pays fonctionnent. Rien ne laisse prévoir que l’administration Martelly/ Paul est capable de prendre les dispositions qui s’imposent si le plan doit entrer en application dans les jours qui suivent. De l’autre côté de la frontière, les compatriotes en situation irrégulière ainsi que les Dominicains d’origine haïtienne, en raison de la couleur de leur peau, sont sur le qui-vive, car les groupes racistes continuent d’apporter leur soutien à l’application de ce plan. Traditionnellement, les compatriotes vivant en territoire voisin ainsi que les Dominicains noirs sont souvent victimes de rapatriement dans les conditions les plus cruelles des services de l’immigration de ce pays. Que le gouvernement soit de droite ou de gauche, les méthodes brutales de rapatriement n’ont pas changé dans le pays de Juan Bosch. Dans les rues, la nuit et dans les zones marginales, aucun individu à la peau noire ne peut résister à la fureur des agents de l’immigration. A chaque fois qu’un meurtre a été commis sur un Dominicain dans un quartier quelconque, il suffit d’une dénonciation sur la personne d’un sujet haïtien pour que les rapatriements s’opèrent. Les critiques répétées de la Commission interaméricaine des droits de l’homme ainsi que les rapports des organisations de défense des droits humains œuvrant dans ce pays ont permis au gouvernement Medina de réglementer depuis l’année 2014, les rapatriements des sans-papiers haïtiens. Sachant que la date butoir devait arriver, le pape François n’a raté aucune occasion pour exprimer sa solidarité avec les compatriotes vivant sur le territoire dominicain. Des pétitions et d'autres messages sont adressés au président américain depuis la semaine dernière en vue de solliciter l’aide du gouvernement américain pour empêcher l’application de ce plan. La plupart des gouvernements des pays de la Caricom s’apprêtent à dénoncer le gouvernement dominicain en cas d’exécution de ce plan. Tenant compte du tollé qu’avait provoqué l’arrêt TC 168-13, le gouvernement dominicain a-t-il intérêt à attirer la foudre des organisations mondiales de droits humains contre ce plan ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com

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