Quinzaine du livre/Bibliothèque Nationale d'Haiti

« Les voyages de Merry Sisal », dernier né de Gisèle Pineau

Gisèle Pineau retrace la « traversée homérique » de Merry Sisal, jeune héroïne tragiquement arrachée à sa terre natale, Haïti, après le séisme meurtrier de 2010, pour rejoindre des compatriotes sur l’île de Bonne-Terre en Guadeloupe, terre d’asile où vivent tous ces êtres attirés par une vie douce, tranquille, clandestine. « Les voyages de Merry Sisal », un récit-hommage aux victimes du séisme du 12 janvier.

Publié le 2015-06-09 | Le Nouvelliste

Culture -

Gisèle Pineau, œil neuf, imaginaire débordé, bouscule tous ces thèmes qui la hantent et la passionnent : exil, migration, blessures silencieuses, « intégration », partage, diversité –dévoilant son affection pour l’illustre Edouard Glissant –, errances. Des thèmes qui s’imposent sous sa plume au moment de l’écriture de ce récit dans lequel l’auteur de « Case mensonge » boude le racisme, signe d’ignorance. Elle fut reçue, ce mardi 9 juin à la Bibliothèque nationale d’Haïti par la romancière et la directrice Emmelie Prophète, pour une causerie autour de son dernier roman dans le cadre de la quinzaine du livre. Gisèle Pineau revient sur la genèse du récit, édité chez Mercure de France, qui se situe entre Haïti et la Guadeloupe. « 12 janvier 2010. Je m’apprêtais à fouler le sol d’Haïti pour participer au festival Etonnants voyageurs quand j’ai appris qu’un puissant séisme a sévèrement touché Haïti. Alarmant pour toute la Caraïbe. Après l’annonce de la nouvelle, je pensais à des amis du festival qui baignaient déjà dans cette ambiance angoissante. J’ai été sollicitée pour écrire sur Haïti, sur ses fils et filles qui embrassent leur quotidien avec courage. Effarée, je ne pouvais pas rendre hommage à ces hommes et femmes pétris, endeuillés et écrasés par le séisme. Les mots étaient insignifiants, impuissants, dérisoires. Il m’a fallu donc cinq ans pour accoucher une œuvre qui dit mon amitié, ma solidarité à un peuple voisin. C’est un récit qui parle des Haïtiens et de leur réalité migratoire, mais qui invite Guadeloupe à se regarder lui-même », balance la romancière française de souche guadeloupéenne. Gisèle Pineau voulait camper les personnages tels qu’ils sont. Elle tenait à brosser le portrait de gens ordinaires, de communautés différentes qui habitent une même terre. Ses voyages répétés en Haïti ont donné chair aux personnages féminins qu’elle arrive à construire à partir de ses observations. Son récit, nourri de ses expériences en santé mentale alors qu’elle était infirmière à Marie-Galante où elle réside et a accueilli de nombreux migrants haïtiens dans des conditions angoissantes, se déploie tout en délicatesse et en nuances. Pour l’auteure de « La Grande Drive des esprits », l’écriture est risque, engagement et évasion. Sans baigner dans l’exotisme, Gisèle Pineau refuse toute concession et veut un monde plus humain. « Les voyages de Merry Sisal » est un roman sur Haïti qui respire amour, fraternité et humanité.

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