Théâtre

Pour parler de féminité et de féminisme

Publié le 2015-05-22 | Le Nouvelliste

National -

« Talon aiguille, talon d’Achille » : cri ameutant de trois femmes. Frustrées. Battues. Violées. Méprisées. Brutalisées moralement, psychologiquement ou physiquement. Mais elles s’assument. Elles cessent de croire en la fatalité pour embrasser, mi- méfiantes mi- confiantes, leur avenir. Sur le ton de la confidence, elles parlent de féminité, de maternité, d’avortement, de droit au bonheur et au bien-être, déconditionné par l’arrogance des machistes qui voient en elles des femmes au foyer ou des êtres réduits en esclavage. L’actrice haïtienne Gaëlle Bien-Aimé, dans cette nouvelle création qui sera présentée sous les auspices de la troupe « Corps et âme » ce samedi 23 mai au restaurant Le Villate, ose encore défier les tabous, le poids social qui pèse lourd et dur, les perceptions farfelues que l’église, la société et la famille véhiculent sur l’image de toutes les femmes. « Avoir une silhouette élancée et une démarche chaloupée, être tirée à quatre épingles, est-ce une preuve suffisante d’indépendance et de liberté? », se demande Gaëlle Bien-Aimé. Gaëlle Bien-Aimé confie la trame de « Talon aiguille, talon d’Achille ». Celle qui séduit par son jeu, sa présence et son charisme dans « Stand-Up Ladies », enfile son costume de metteure en scène pour déplorer les limites de l’élégance, de la coquetterie associées à l’état doux, faible, fragile et vulnérable des femmes, proie des hommes et d’autres femmes envieuses. Pour Joeanne Joseph, voix rauque et l’une des protagonistes de la pièce : « Le théâtre est une belle vie. Elle permet de cracher nos émois, nos doutes, de redessiner les contours de notre passé pour mieux affronter le présent. Les personnages qui sont campés peuvent traduire la situation de n’importe quelle femme ». Nathalie Jean, tiraillée entre le chant et le théâtre, est dans la peau d’une femme violée mais libérée, et épanouie. « Talon aiguille, talon d’Achille dénonce, avec une désinvolture et une liberté sans bornes, la réalité poignante que connaissent toutes les femmes ». Les deux textes qui seront chantés sont écrits par elle. « Le théâtre comme le chant, c’est aussi de l’émotion », a-t-elle dit. La jeune animatrice Charline Jean Gilles, cette « sage » et prudente dame qui veille sur ses pas, qui pèse les conséquences de ses actes et joue le troisième personnage abonde dans le même sens : « L’idée caressée par Gaëlle avec qui je partage une vie dédiée au théâtre, m’a tout de suite happée. C’est ma première fois sur scène dans un spectacle pareil. Après la distribution des rôles, j’ai le sentiment que le personnage que j’incarne cadre bien avec mon profil. M santi te gen yon pèsonaj ki tap tann yon moun », lâche-t-elle, un sourire vissé aux lèvres. Katiana Milfort est la directrice des actrices. Elle s’assure que les acteurs épousent, sans faux-semblant, leurs rôles et s’y sentent confortables. Elle apporte la dernière touche. Aidée de la metteure en scène, elle soigne la création et questionne la présence des femmes au monde. Elle bouscule les préjugés et réfutent toutes les mentalités qui enferment les femmes dans des clichés. Talon aiguille, talon d’Achille est tout simplement un spectacle à voir. Ce samedi, Le Villate, à 7 h p.m.

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