Poésie et chanson

Chloé Sainte-Marie: la mémoire indienne déterrée de l’oubli

Jeudi 7 mai. Fokal. Chloé Sainte-Marie, cheveux teints, chaussures à gros talons, micro au poing, brosse le passé ancestral des Indiens aux côtés de Joséphine « Bibitte » Bacon.

Publié le 2015-05-11 | Le Nouvelliste

Culture -

La poésie, une truelle à leurs mains, est ici combat, humanité, fraternité et paix. Une bribe de textes dits, chantés, scandés. Une litanie poétique. L’interprète des poètes québécois innus sonne l’urgence de déterrer la mémoire indienne de l’oubli et du silence. Récit brutal d’une culture méprisée. D’un peuple exploité, décimé. Récit des rêves éventrés, de la chasse aux âmes programmée par la cupidité des Blancs, habités par la haine, assoiffés de terre et de sang. Les mœurs ou les rituels bafoués. Les origines boudées. Leur identité étouffée par l’histoire officielle, truffée d’erreurs et de faussetés. Chloé Sainte-Marie, déchirée par les horreurs du génocide, questionne en langue innue la colonisation et ses séquelles aliénantes, l’esprit de partage, le respect des différences, la reconnaissance de l’autre, notre présence au monde et la liberté. Chloé Sainte-Marie, flanquée de musiciens haïtiens (le percussionniste Marc Harold Pierre du groupe 4 Harmony, Clifford Voltaire à la guitare et de Jehyna Sahyeir à la chorale), interprète Patrice Desbiens, comme ces autres poètes du mouvement « Folk innu ». Sa voix, incassable, altérée et traînante, épouse les contours de quelques notes mélodiques, vrombit quelques couplets de chant, mêlé de plaintes, d’humour et de plénitude. Celle qui « a toujours cru que Rodney Saint-Eloi a du sang indien », ne badine pas avec les mots, ficelés de musique et de poésie. De « …Que je suis métisse » à « Quand érigeras-tu le mémorial de nos génocides », en passant par « Je te cherche où le rêve nous rassemble », Chloé, nous faufilant dans des fragments de poèmes, voue un culte à la terre ancêtre. Ce voyage musical rappelle encore que texte et chanson ne font qu’un. C’est un symbole de communion, d’intimité avec un interprète libre de bousculer les rythmes et les thèmes qu'elle affectionne sur scène comme sur disques.

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