Dans le ciel de la poésie

Willems Edouard : un coup de tonnerre !!

Publié le 2015-04-23 | Le Nouvelliste

Culture -

Par Claude D. CHERY Même après avoir déposé le fascinant florilège ‘’Plaies intérimaires’’ de Willems Edouard, il est vraiment difficile de sortir du luxe troublant des vagues poétiques — flux et reflux — orchestrées par un créateur qui va très loin dans la sculpture au niveau du langage… Après avoir parcouru, avec passion, le recueil bien ficelé, je me suis retrouvé rempli d’étonnement, à côte du grand bonheur éprouvé à lire un poète achevé. Quel sens du sens ! Bravo ! Un esprit certainement cultivé eut à affirmer déjà que le poète est celui qui associe deux mots qui n’avaient jamais été liés auparavant. Grand chevalier du verbe, Willems Edouard a illustré le côté essentiel de l’enfant gâté des Muses. Transformer de simples mots en verbes puissants ; faire dire au vocable plus qu’il n’a l’habitude d’exprimer ; donner la ‘’dimension chant’’ à certaines expressions courantes et connues ; introduire le lecteur quelque peu instruit dans la découverte ‘’audacieuse ‘’ d’une riche réalité élevée…, notre guide nous offre souvent l’opportunité de jouir des sensations qu’on n’éprouve qu’en haute mer… ou sur les ailes de Pégase ! Au fil du fleuve… Comme un extra lucide, il décrit la géographie d’une femme peu commune. Et voilà la fête qui s’amplifie au fil des pages, au fil des vers, au fil du fleuve poétique, au fil des créations inattendues ‘’qui tam-tament sur notre âme et sur notre cœur. La quête, forte, émerveillée, inspirée, surprenante nous permet d’aller à la découverte de nous-mêmes, de réévaluer notre capacité à dire la beauté et la plénitude de l’être aimant. Ici et là, l’imaginaire exceptionnellement fécond de Willems en transe comporte des étages et/ou des ouvertures, auxquels n’accèdent que des consommateurs initiés. Comme tout poète authentique, il ne fait aucunement attention à ce qui pourrait être assimilé à de l’hermétisme. Tandis qu’il invente des rythmes nouveaux, orchestrant très savamment des silences, des sortes de coupures apparentes mais qui, en réalité, représente un habillage remarquable, particulier, essentiel à la vie de l’œuvre poétique. Les Maîtres de la poésie Les Maîtres de la poésie sont les maîtres de la parole. Ils nous apprennent à mieux conquérir l’expression juste et adéquate. N’est-ce pas que la poésie est le langage de l’essence ? Willems, en une soixantaine de pages, nous ouvre une kyrielle de fenêtres sur le véhicule de la pensée. En parcourant les ‘’Plaies intérimaires’’, ce recueil richement illustré nous comble de mille façons. Bonheur de pénétrer l’émerveillement d’un artiste ivre de tous les fleuves que charrient les femmes aimées ou idéalisées au superlatif. Etonnement de constater que notre temps est marqué par une incommensurable indifférence au sein d’un corps social archi-dégénérescent. Enchantement de participer pleinement aux fastes d’un peintre qui ne connaît que les limites de l’infini… Les bandes de rara sont civilisées Les bandes de rara se montrent plus civilisées que nous. Elles prennent toujours soin de s’arrêter pour ‘’saluer ‘’ la maison et le personnage important qui l’habite. Notre ‘’société’’ en chute libre ne comprend pas la nécessité de ‘’tresser un ochant’’ aux grandes valeurs nationales, tels les chantres des jours heureux ou des nuits historiques… Nous sommes devenus des hommes nus parce que nous ne reconnaissons point l’utilité ni le rôle essentiel de nos princes. Les grands penseurs et les poètes représentent les meilleurs tailleurs appelés à habiller l’âme de la nation et à remettre la société en état de vivre et de célébrer la noblesse la plus achevée. Un super kata pour Willems Edouard Je cherche un tambourineur missionné pour battre le kata qui réveillera les élites démissionnaires et/ou léthargiques. J’estime très scandaleux le fait que cette gerbe si ample de Willems Edouard n’ait pas été saluée par les lettrés qui en avaient pris lecture depuis longtemps. Au pays d’André Malraux, un critique littéraire en a déjà dit tout le bien que mérite la profondeur du langage poétique exceptionnel de notre compatriote. Au nom du poète qui m’habite et de l’interprète formé au Conservatoire National d’Art Dramatique, je recommande ardemment que les diseurs des soirées hebdomadaires consacrent un espace à ces ‘’Plaies intérimaires’’, pour le plus grand plaisir des apprentis esthètes et des amants de l’art. Ochant pour Willems Edouard ! … en attendant qu’il laisse couler d’autres diamants liquides et des bijoux filiformes dont il a le secret, paraît-il. J’y reviendrai.

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