Laurent de Wilde et son trio attendus

Yeux plissés de rire, barbu, ton désopilant. Laurent de Wilde est ce pianiste de jazz qui n’aime pas vanter son style, laissant le soin aux critiques de le « mettre dans des cases ». Détenteur du prix « Django Reinhart » en 1993, Victoire de la musique en France : ce compositeur et écrivain sera, peut-être, votre dernier coup de cœur. Rendez-vous ce 23 janvier à l’Institut Français en Haïti (IFH) et ce 24 au Karibe.

Publié le 2015-01-22 | Le Nouvelliste

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À Montana, cet hôtel luxueux surplombant Port-au-Prince, le pianiste, dans un sourire qui ne quitte pas la pâleur de son visage, parle de ses premières amours. Il nous embourbe dans ses petits souvenirs qu’il colle au fil de l’entretien : son apprentissage du jazz acoustique aux USA. On est dans les années 80. Yves Montant, Pablo Picasso, Juliette Gréco allaient écouter le jazz, genre musical au centre de l’évolution du monde. Rentré en France au début des années 90, son intérêt pour la musique électronique va se préciser. Cette ère du reggae et de la musique « dub », ouvrant la voie aux musiques électroniques, restent encore attachées à sa mémoire. Ce qui le porte à sortir, en 2000, « Time for change », ce disque aux saveurs électroniques. Mais il n’abandonne pas pour autant la musique acoustique. Le musicien se souvient de ses collaborations répétées avec Ernest Ranglin, guitariste jamaïcain. Laurent de Wilde est l’auteur d’un livre sur Thelonius Monk, pianiste exceptionnel. Ce projet d’écriture, né de la rencontre heureuse de l’éditeur, lui a offert l’occasion de parler de Monk, mais du jazz de l’intérieur, « de [son] vécu de musicien. Les disques que Monk nous a légués, les témoignages de ceux qui l’ont connu (« Max Roach, Jhony Griffin, Thelenious Junior, le fils du pianiste célèbre), le beau film « Straight no chancer » de la réalisatrice américaine Charlotte Zwerin ont servi d’ellipses à sa réflexion sur ce compositeur indépassable. Laurent de Wilde confie son admiration pour Monk : « C’est une personnalité unique dans l’histoire de la musique et de l’art en général. Dérangeant, il questionne la musique dans son essence, son contenu, son utilité, sa consommation, son rapport à l’artiste, ce qui vaut au monstre Monk d’être aimé des philosophes », lâche le compositeur français. Une quinzaine d’albums à son actif. « À chaque disque, l’on franchit une étape dans la musique. » « Open changes » est sorti en 1992, « Time for change » en 2000, « Stories » en 2003. « En vieillissant, je vais vers des choses plus simples », explique-t-il. Pour le pianiste, rafler le prix Django Reinhart et une Victoire de la musique en France ne lui insuffle pas le sentiment d’être une mégastar. « C’est flatteur, je le reconnais. C’est une marque d’estime du milieu, saluant ma musique et mon travail accompli. Mais c’est une tape affectueuse dans le dos qui m’encourage à aller de l’avant, qui me rappelle que je ne suis pas le meilleur, que tout n’est pas fini », dit-il humblement. Les célébrités canonisées du jazz retiennent l’attention du pianiste de format trio. Pourquoi toujours un retour à ces musiciens dont il salue le talent ? Laurent de Wilde, serein et sympa, ne camouffle pas ses influences : Herbie Hancock, Ahmad Jamal, Milles Davis. Ces artistes, aussi singuliers qu’étonnants, ont une voix, un degré de perfectionnement et sont des maîtres en matière musicale. « Ils ont su poser des problèmes relatifs à l’art et qui nous interpellent encore aujourd’hui. Passer par eux pour étudier la musique signifie s’inspirer de leurs œuvres pour se réaliser soi-même », opine-t-il. Rôle des instruments, bases de l'improvisation, gammes-arpèges, notes-cibles, notes d'approche, conduite des voies, pratique du « walking bass », swing sur la batterie, rôle du ride cymbale de la grosse caisse à la caisse claire, pratique des rythmes impairs : de jeunes intéressés à la musique, « assoiffés et visiblement à très bon niveau », dixit Laurent, ont eu leur bain de théories musicales. Laurent de Wilde a intervenu, en compagnie de ses musiciens, à un atelier sur le jazz qu’il a généreusement animé mercredi matin à Fondation Connaissance et Liberté (Fokal). « Ce fut un climat d’échanges avec ces jeunes et les musiciens de Follow Jah qui m’ont renseigné sur le « rara », cette musique de rue ». Deux autres artistes partageront ses scènes lors de ses concerts prévus à l’Institut Français en Haïti (IFH), ce vendredi 23 janvier, et au Karibe Hôtel, ce samedi 24 janvier, à 6 h pm. Ce sont Ira Coleman, vieil ami du « pianiste exceptionnel », un contrebassiste qui a pendant longtemps joué avec Tony Williams et Herbie Hancock. Et à la batterie, on trouvera le jeune Donald Kontomanou, fils aîné de la chanteuse Elisabeth Kontomanou, chanteuse de jazz française d'origine gréco-guinéenne, fille de Jo Maka, musicien de jazz guinéen. Le compositeur français Laurent de Wilde, sera-t-il votre dernier coup de cœur, amis du PAP Jazz ? Sera-t-il parmi les TOP 5 du PAP Jazz ou les flops ? Attendez donc qu'il joue, au week-end clôture du neuvième PAP Jazz, ses notes d’adieu.

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