Festival international de jazz de Port-au-Prince

Deux nuits aux parfums de jazz

Chardavoine, Yellow Jacquets, Troker, Ranee Lee, Sebastian Jordan, Maya Azucena. C’est une belle poignée de musiciens en provenance d’Amérique du Nord et du Sud qui ont assuré l’ouverture officielle du neuvième PAP Jazz les 17 et 18 janvier sur deux scènes signées Prestige (Parc Canne à Sucre) et Air France (Karibe Hôtel).

Publié le 2015-01-19 | Le Nouvelliste

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Ils nous ont remplis d’émotions en émettant talentueusement, avec une dimension élevée et réussie, leurs thèmes musicaux, leurs titres qui dominent tous les rythmes. Ces artistes issus de tous horizons ont aiguisé notre appétit pour un jazz brassé merveilleusement dans un écrin de styles. Sans gâchis, ils ont exécuté des phrases, prises dans les filets des partitions, pour les grandir et les sublimer d’accords travaillés. Troker (du Mexique, pays à l’honneur), en début de spectacle, affectionne un jazz instrumental, habillé d’effets sonores amplifiés ou mixés par DJ Zero. L’orchestre de format quintet propose un mélange habile de hip-hop et de rock. Gil Cervantes à la trompette, Samo Gonzalez à la basse, Chris Jemenez au clavier, Tibo Santillanes au saxophone jouent environ six titres qui dénotent leur amour pour Enrique Neri, Iraida Noriega, Son de Madera, ces héritiers du mariachi ou du huapongo mexicain. Les six titres exécutés, sans gâchis aucun, sont gravés sur leur dernier disque, « Crimen Sonoro », sorti en 2014. Parmi eux : « Clarosuro » (neuvième titre), « El loco » (huitième track), « Tequila Death » et « El príncipe charro », respectivement cinquième et deuxième titre retrouvé sur l’album. Chardavoine et son ambitieux « Haitian jazz », né du croisement du jazz et de la musique traditionnelle, est chaudement salué. On entend le guitariste exprimer, sur son manche, sa version « Mèsi Bondye » (dédié au feu Frantz Casséus, l’auteur-compositeur) et « Latibonit », sur lesquelles il repose des harmonies typiquement jazz. Accompagné de Michael O’Briend (basse), de Kim Plainfield (batterie), de Gary Fisher (piano), de Lesly Rogers (trompette) et de Norbert Stacher au sax, Chardavoine nous gratifie « Happy to be nappy », un hommage aux cheveux crépus. Creuset d’instrumentistes au tracé exemplaire, le groupe Yellow Jacquets, invité d’honneur par la Fondation Haïti Jazz, clôture cette première nuit de festival. « Spirit of the wets », « The red sea », « Tenacity », « Claire’s song », et « When the lady dances » retrouvé sur le dernier album « A rise in the road ». Les titres dégagent cette fraîcheur jazz-fusion, confirment leur talent d’improvisateur (impeccables commentaires de l’énergique batteur William Kennedy) et ne manquent pas de méditation. Russell Ferrante (claviers), Bob Mintzer (sax), Félix Pastorius (basse) sont des accompagnateurs doués et d’une virtuosité infaillible. Dimanche on a boudé le tohu-bohu agaçant des fêtards pré-carnavalesques, encombrant autoroute (Delmas) et trottoirs pour une première nuit de bambochade. Karibe Hôtel, tête droite. Et là, on a encore goûté aux beautés du jazz. 6 h 55 environ quand le trompettiste chilien Sebastian Jordan ouvre la soirée. Avec ses pairs : Rodrigo Espinoza (basse), Matias Marpones (batterie), Lautaro Quevedo (piano), Agustin Moya (saxophone), c’est un jazz pur, complexifié dans des accords soutenus, aux détours majestueux qu’on déniche. C’est un quintet harmonieux qui a le latin-jazz, la ballade et le swing dans le sang et qu’il offre dans un bouquet de mélodies réfléchies. Aucun déséquilibre rythmique. Impressionnant en tout cas ! Et Ranee Lee, cette voix puissante et ardument travaillée : que dire de cette idole et maîtresse du scat qui surfe sa voix sur un répertoire empreint de swing. Émotive, il n’y a pas comme elle. Ranee Lee, c’est un rappel au funk, à la bossa nova, à la ballade, aussi douce que sinueuse. Force de séduction, légers fléchissements, énergie débordante : son visage n’a pas bougé d’un pli. Sa voix ne se cantonne pas dans un style précis. Elle a bien fait de grossir le rang des Nina et Ella. Maya Azucena, robe trouée laissant deviner son buste, tatouage à l’avant-bras, gravit la scène Air France du Karibe pour une prestation épatante. Elle dévoile sa passion pour le rap (invitant deux jeunes enfants haïtiens dans un freestyle), le hip-hop. La chanteuse activiste rend hommage à l’éternel Bob Marley dans un morceau reggae. Elle entraîne de sa voix modulée, un public conquis, succombé à son charme et à son charisme. Ce fut deux belles nuits parfumées de jazz où l’on est sorti ragaillardi et édifié.

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