Portrait

Christine Souffrant offre un pont d’or aux artisans haïtiens et ceux du monde en entier

Publié le 2014-12-05 | Le Nouvelliste

Economie -

Les épithètes ne suffisent plus pour désigner Christine Souffrant : inclassable, infatigable, inventive, passionnée, et j’en passe. Véritable femme du monde, elle a assez d’étoffe pour laisser le confort de son travail douillet à Dubaï pour sillonner les capitales du monde en quête de support pour mener à bout son projet. Son dernier-né. La première chose qui saute aux yeux quand on fait la connaissance de Christine Souffrant, ce sont ses longues tresses. Cependant, cette distinction capillaire n’est pas le seul atout de la jeune femme de 25 ans, d’origine haïtienne. Fille de commerçante d’artisanat, elle est, comme qui dirait-on, un enfant du sérail. L’artisanat coule dans ses veines dès sa plus tendre enfance. Et elle peut passer des heures à débattre d’artisanat. En particulier du projet Vendedy dont le lancement de la version bêta a eu lieu le 12 novembre dernier dans un des hôtels de la capitale haïtienne. « Vendedy est un start-up qui ambitionne de numériser le marché de la vente artisanale informelle en mettant sur pied une place de marché mobile avec un système d’enchères au profit de plus de 2 milliards de commerçants ambulants à travers 150 marchés émergents », a expliqué Christine Souffrant, les yeux pétillants d’intelligence. Pour la toute première fois, les artisans vont avoir l’opportunité de télécharger et de rendre disponibles des photos de leur travail sur une galerie en ligne via la technologie mobile, un smartphone conçu spécialement par le géant technologique américain FIREFOX et qui est censé être le moins cher sur le marché, de surveiller ensuite les offres de potentiels clients et d’empocher le paiement pour la vente de toute pièce. En Haïti, les artisans recevront leur paiement sur leur téléphone à travers le service Tchotcho mobile (Vendedy et Digicel travaillent ensemble sur cet aspect). En outre, Vendedy a signé un contrat de 3 ans avec IBM qui fournira les techniques en ressources et aidera à gérer le flux de la plateforme à travers sa technologie « cloud ». « Je veux que les gens comprennent que nous n’allons pas faire de don à travers ce projet […] Une commission de 20% sera déduite de chaque transaction », a tenu à préciser Christine Souffrant, plus femme d’affaires que jamais. La plateforme hébergera les produits de 100 artisans par pays. 10 agents par pays s'occuperont d'accompagner les 100 artisans. Ces derniers n’ont qu'à produire, Vendedy est responsable de tout le reste (contrôle qualité, logistique-transport, etc.) Pour l’heure, environ une soixantaine d’artisans haïtiens ont été méticuleusement sélectionnés au cours d'un projet pilote de Vendedy en Haïti en septembre dernier pour faire partie de la première phase du projet. Leurs œuvres sont mises en vente sur la Toile selon le principe de la vente aux enchères. Il y aura une seule pièce, à chaque fois, pour de multiples acquéreurs et celui qui aura formulé l’offre la plus importante repartira avec la pièce tant convoitée. Exceptionnellement, le premier catalogue de Vendedy renferme uniquement des pièces artisanales en provenance d’Haïti avant de s’étendre dans toute l’Amérique latine. A noter que Vendedy n'accompagnera pas seulement les artisans haïtiens, mais ceux du monde entier. « La principale mission de ce projet, sa raison d’être, c'est de permettre que les artisans vivent dignement de leur métier et pour qu’au soir de leur vie, ils ne soient pas dans la gêne », a déclaré Christine Souffrant, indiquant au passage l’usage du principe de la rotation afin de permettre au plus grand nombre de bénéficier du projet dont le grand lancement est prévu en janvier 2015 en Haïti. « Après un an, les artisans seront remplacés par d’autres, une manière, d’une part, d’étendre la liste des bénéficiaires, et, d’autre part, de toujours offrir des nouveautés aux clients », a fait savoir la fondatrice de Vendedy qui, avec ce projet, était invitée à participer à la Clinton Global Initiative 2014. Elle fait partie, cette année, des 1000 jeunes que la « Clinton Global Initiative » considère comme des porteurs d’idées, de projets capables de changer le monde.

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