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Le parc naturel de Martissant : un modèle de projet à reproduire

Si on se basait sur le spectacle qu’offre l'entrée principale qui conduit au parc de Martissant, on accorderait peu d’importance à celui-ci. Des chauffeurs de taxi moto y sont stationnés. Un petit marché informel fonctionne. Des marchands de charbon de bois, de légumes et d’autres produits alimentaires écoulent leurs denrées. Une eau sale, noirâtre déborde les trottoirs et dégouline sur l’artère principale. Les piétons, pour se frayer un chemin, jouent à la marelle. Un véritable casse-tête ! Pourtant, à quelques mètres de là, au flanc du morne, se dresse un joyau : Le parc naturel de Martisant.

Publié le 2014-10-28 | Le Nouvelliste

National -

L’aire réservée à ce parc est soigneusement entretenue. Depuis la barrière, en passant par les bâtiments administratifs jusqu’aux jardins, tout brille d’une propreté monastique. Ce parc est un bloc planté d’arbres indigènes, d’arbres fruitiers et de plusieurs espèces d’arbres exceptionnels et rares. Dès l’entrée, le visiteur est accueilli par une immense étendue de terrain recouverte de gros arbres au feuillage vert et touffu. Bref, une oasis ! La naissance du projet Le parc de Martissant s’étale sur environ 17 hectares. Martissant, 8e section communale de la ville de Port-au-Prince, est situé immédiatement au sud de la capitale, entre le morne l’Hôpital et le bord de mer. « Au début, on aurait du mal à croire qu’un parc pouvait être aménagé dans cette zone. L’accès était difficile. Les infrastructures de base faisaient cruellement défaut. Et le quartier devenait petit à petit une zone de non-droit », explique Christine Audain, ingénieur paysagiste, responsable des lieux. Ce fut en juin 2007, par suite d'une proposition de la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL), qu’un arrêté présidentiel a déclaré les propriétés Dunham, Leclerc, Pauline et Mangonès d’utilité publique. Ces quatre propriétés constituent à présent le parc naturel de Martissant. Une zone tampon englobant les quartiers urbanisés des alentours est également décrétée zone d’aménagement concerté de Martissant. Les squatteurs qui avaient envahi l’espace ont été dédommagés et déplacés. En août de la même année, le gouvernement délègue à la FOKAL la maîtrise d’ouvrage et la gestion du projet de création du parc de Martissant. Cependant, c’est en février 2008 que le projet d’implantation d’un parc naturel à Martissant est officiellement lancé. Plus de 12 quartiers sont alors concernés par les travaux. Et, les riverains sont aussi impliqués directement à tous les niveaux du projet. De l’utilité du parc Pas moins de 40 espèces d’arbres différents peuplent l’espace, lui donnant une allure luxuriante. Plusieurs d’entre eux sont centenaires, d’autres sont rarissimes ou même en voie d’extinction. C’est le cas par exemple du taverneau qu’on ne retrouve presque plus en Haïti. En plus des arbres traditionnels, des arbres à fleurs et des arbres fruitiers, le parc naturel de Martissant abrite des espèces endémiques. Au regard de constat, le parc est considéré comme un véritable réservoir de la flore d’Haïti. Hormis les arbres, le parc contient plusieurs jardins. Mme Audain en énumère quelques-uns : un jardin potager, un jardin sauvage et un jardin d’herbacées. À travers ces espaces, le parc de Martissant met en valeur la beauté, la valeur nutritionnelle et médicinale des plantes et des arbres qui le composent. Ceux qui fréquentent ce lieu connaissent l’éclat de ce paysage vert et sain, mais surtout rempli de plantes curatives. Au parc de Martissant, on trouve également des plantules. Elles sont cultivées dans un espace séparé du parc. Plusieurs jardiniers assurent l’entretien de ces pépinières. Ces plantules feront l’objet d’une double utilisation : d’abord, celles-ci sont destinées à la vente et ensuite au renforcement de la végétation du parc. La maintenance est le maître-mot Le parc de Martissant accueille environ 200 visiteurs par jour. Ils sont attirés par simple curiosité ou viennent dans le cadre d’une activité spécifique. Les intéressés trouvent un espace merveilleux, soigneusement arrangé qui donne envie d’y habiter. « Mais la beauté des lieux a été acquise au prix de grands sacrifices », souligne Christine Audain. Elle explique qu’une équipe de travailleurs s’occupe du site et de l’entretien du parc quotidiennement depuis un certain temps. « Les tâches à effectuer sont clairement établies et chacun connaît et accomplit son boulot avec souci et intérêt », précise fièrement Mme Audin, accolée à un calebassier. « Des gestionnaires, des formateurs, des gardes champêtres sont impliqués dans ce processus de maintenance », ajoute l’ingénieur paysagiste. Par ailleurs, Christine Audain indique que la majorité du personnel du parc est composée essentiellement d’habitants de Martissant. « L’implication des riverains dans le projet est le secret de notre réussite. Les gens se sentent chez eux et savent que le parc leur appartient. Ainsi, ils le protègent automatiquement . » Un parc naturel dans chaque quartier « Ce serait intéressant de répliquer ce projet dans d’autres régions du pays », estime Christine Audin. Pour elle, Haïti a besoin de ce genre de projet. « Il ne nécessite pas beaucoup d’argent, il suffit d’avoir de la volonté, de la discipline, de la rigueur, et surtout une bonne politique », souligne l’ingénieur paysagiste. Les habitants de Martissant sont fiers d’avoir ce joyau dans la zone. Le parc, disent-il, a changé l’image du quartier en un rien de temps. « La première fois que je suis venu ici, il y a 6 ans, j’ai dû venir à bord d’un véhicule blindé. Aujourd’hui, je monte à pied ou encore seule dans ma voiture sans peur aucune », se réjouit Christine. Le parc est beau à voir et les visiteurs y affluent. Ces derniers ne tarissent pas d’éloges à l’endroit des initiateurs et de ceux qui travaillent chaque jour à maintenir ce lieu aussi magnifique. Un visiteur du parc a même déclaré : « Mon rêve c’est que les populations avoisinantes s’approprient le parc naturel de Martissant et qu’il fasse désormais partie intégrante de la vie quotidienne des riverains. Et j’espère qu’à partir de ce qui est réalisé ici, nous nous ouvrirons à une vision d’une capitale plus salubre, plus belle et plus attrayante». Enfin, je souhaite que chaque quartier de la zone métropolitaine de Port-au-Prince puisse avoir son propre parc, aussi bien entretenu et aussi imposant que celui de Martissant. »

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