Vers l’amélioration de la qualité de l’enseignement en Haïti comme output

Publié le 2014-10-07 | Le Nouvelliste

Société -

A part quelques exclus du système éducatif haïtien dont les enfants de rue, la bataille de l’accès à l’éducation de base est presque gagnée par les pouvoirs publics en Haïti. Toutefois, la qualité de l’enseignement reste encore un grand défi à relever. Les faibles scores enregistrés par les candidats aux dernières évaluations officielles sont les corollaires de mauvaises conditions d’.enseignement- apprentissage telles que : carence de matériels didactiques, enseignants peu qualifiés, programmes obsolètes, ratio-élèves/maitre aberrant, environnement scolaire inadéquat, méthodes pédagogiques désuètes, leadership débonnaire. Maintenant que faire et comment faire pour arriver à un enseignement de qualité dans nos principaux établissements eu égard aux outputs proposés dans le Plan opérationnel comme la bonne gouvernance éducative et l’accroissement de l’efficacité interne avec la possibilité de passation automatique et l’évaluation formative ? Ce texte est une plus-value à la réflexion qui s’alimente sur la problématique de la qualité de l’enseignement en Haïti à l’occasion de la réouverture des classes. A l’occasion de la rentrée scolaire, cette année, les axes d’intervention comme accès et qualité étaient au menu des défis et enjeux à relever par les décideurs politiques en Haïti. Il faut bien se souvenir que la bataille de l’accès des enfants à l’école est presque gagnée par l’Etat haïtien grâce aux énormes sacrifices consentis par les parents d’élèves, soutenus par la diaspora. En dépit des pathologies dont souffre le secteur comme la crise du modèle scolaire en raison du chômage des sortants, les familles perçoivent encore l’école comme une bonne chose, voire une promotion sociale. Par contre, ces dernières mesurent l’efficacité du système éducatif à l’aune des résultats aux examens d’Etat. Selon les dernières statistiques, de 1990 à nos jours, le taux net de scolarisation au Fondamental (1er et 2ème cycles) ou primaire est passé de 40% à quelque 90% (voir le message porteur du ministre Nesmy MANIGAT aux enseignants, octobre 2014). Pour ainsi dire, sur cent (100) enfants de la population scolarisable (en âge scolaire), nous en avons 90 ayant une place assise à l’école. Quant à la question de qualité, beaucoup d’efforts restent à faire si nous tenons compte de la faible performance des élèves aux dernières épreuves officielles dans le pays (6ème, 9ème, et Bac). Ces médiocres résultats enregistrés au palmarès des candidats interpellent non seulement les autorités pédagogiques, particulièrement le ministre mais aussi toute la communauté éducative par rapport aux services éducatifs de bas niveau offerts dans nos diverses écoles. Considérée comme un goulot d’étranglement, la question de qualité devient de jour en jour un élément de transversalité et de récurrence surtout dans les assises sur l’éducation tant en Haïti qu’à l’étranger. Puisque tous les secteurs stratégiques, que ce soit la téléphonie, l’économie, l’énergie, la santé et, particulièrement l’éducation, recherchent l’efficacité et l’efficience des projets pour satisfaire les usagers-clients. Evidemment, cela doit passer par une bonne gestion des intrants et du processus si on veut arriver à de meilleurs rapports coûts-bénéfices en termes d’acquisition de connaissances et de compétences valides dans la filière. Faut-il bien se rappeler que c’est l’ère de la transnationalisation de la production avec la mondialisation et la globalisation des échanges et notamment, avec la révolution cybernétique. On doit avoir un capital humain qui soit compétitif non seulement pour le marché local mais aussi pour le marché régional aux fins d’augmentation de la productivité. Les produits, quelle que soit la filière de provenance, doivent respecter les normes ou le standard international de qualité. Dans cette même veine, l’Institution éducative en Haïti, dans sa politique volontariste, tout en composant avec les associations syndicales et/ou patronales, se trouve dans l’obligation de mobiliser davantage de ressources vers l’amélioration de la qualité de l’enseignement comme output (extrants). Et pourquoi pas vers l’accroissement de la pertinence des programmes de la formation professionnelle ou du rendement externe du système éducatif haïtien, en général, dans la perspective de répondre aux exigences du secteur moderne de production et de services ainsi qu’aux attentes du pays à l’ère de la reconstruction. C’est quoi en somme la qualité de l’enseignement ou de l’éducation ? Inscrite comme axe majeur au vieux Plan National d’Education et de Formation (PNEF) et effleurée dans le Plan opérationnel en application au ministère haïtien de l’Éducation, la qualité de l’éducation est pensée, d’après la vision de l’UNESCO, comme un vecteur incorporant plusieurs dimensions qui, ensemble, concourent à faciliter la dynamique du processus d’enseignement-apprentissage telles que : la question de langue, la qualification des enseignants, la disponibilité de matériels didactiques, les méthodes pédagogiques, la cantine scolaire et les soins de santé, l’eau et l’hygiène à l’école, les programmes revisités, les temps alloués à l’enseignement, les conditions d’existence des apprenants, la condition enseignante, l’environnement adéquat et les bonnes règles de l’administration scolaire. Aussi faut-il ajouter l’augmentation de la part du budget allouée à l’éducation (40%) pour une part du PIB de quelque 7%. C’est un vœu mais non pieux. Il suffit tout simplement d’adopter des stratégies. La tendance qui se dessine depuis Dakar 2000 dans le monde est que les agences d’aide sont prêtes à accompagner les pays en développement comme le nôtre dans leur quête d’école de qualité. Toutefois, l’approche doit être holistique, voire systémique puisque les phénomènes sont globaux, totaux. Et cela doit s’inscrire, toutes proportions gardées, dans un plan macro de développement et avec un taux de croissance important dans le pays. Avant d’approfondir davantage la thématique qu’est la qualité de l’enseignement, il est important de mettre l’accent sur les principes directeurs qui doivent guider l’éducation en Haïti. En d’autres termes, la nouvelle philosophie de l’éducation pour le XXIe siècle haïtien pour utiliser une expression d’historien doit : - être une voie vers la démocratie avec le respect des prescrits constitutionnels, des normes et des principes établis. - favoriser le civisme et le sens de responsabilités; - développer le savoir-être ou l’estime de soi ainsi que la conception de vouloir vivre- ensemble; - inculquer des valeurs comme l’amour de la patrie, la socialisation, le respect du bien d’autrui, la solidarité, la moralisation et l’imputabilité comme finalités humaines du système éducatif; - encourager la culture entrepreneuriale; - permettre à toute la communauté d’avoir un métier; - éveiller la curiosité scientifique pour l’émergence des surdoués ou des enfants précoces; - développer comme compétence la communication - faciliter aux élèves la maîtrise des langues à l’écrit et à l’oral comme le créole, le français, l’anglais et l’espagnol; - permettre la généralisation dans les écoles les technologies de l’information et de la communication; - favoriser le travail en équipe; - respecter la culture nationale et; - conduire au développement durable dont la pierre angulaire est l’éducation de qualité aboutissant à la diminution des tensions sociales et à la réduction de la pauvreté dans les grandes villes comme bénéfice. L’état des lieux de la qualité de l’éducation en Haïti L’échec scolaire enregistré, ces derniers temps, à tous les niveaux du système éducatif n’est pas sans lien avec les problèmes de qualité que connaît l’éducation haïtienne. Les taux de réussite aux examens officiels aux niveaux de 6e, 9e Année fondamentale, Bac I et II n’étaient pas fameux surtout cette année. 70% pour le fondamental, 30% pour la rhéto et quelque 40 à 50% pour la Philo. Pourquoi n’avons-nous pas un taux de promotion de plus de 90%, tous niveaux confondus ? On a diagnostiqué une faiblesse de l’efficacité interne et un gaspillage de ressources au niveau du secteur. En fin de compte, c’est un système marqué par des taux de redoublement et d’abandons importants, pour ainsi dire, des années-élèves gaspillées. Bref, l’échec scolaire. (Voir le feuilleton récent d’Arnold Antonin/Haïti Futur/Tableau Numérique Interactif, sept.2014, titré : La vraie révolution en Haïti : une éducation de qualité pour tous). Eu égard à la méthode de flux pour parler de l’efficacité interne, la cohorte d’élèves entrant en 1ere année d’études d’un niveau d’enseignement peine à atteindre le taux d’achèvement comme la dernière classe, soit 9e A.F ou Terminale. Il faut dire, en marge, sans vouloir plaisanter que dans certaines zones du pays comme à Port-au-Prince, même les enfants du préscolaire redoublent. Ce qui accentue le phénomène des surâgés, dont la transversalité exige un palliatif efficace comme, entre autres, un programme accéléré. . Ces faibles scores obtenus par les élèves haïtiens à tous les pans du secteur, que ce soit au niveau du Fondamental ou du Secondaire sont dûs, entre autres, aux mauvaises conditions d’enseignement-apprentissage résultant d’une combinaison de facteurs, à savoir : - carence de matériels didactiques, notamment les manuels scolaires; - problèmes sanitaires et nutritionnels des enfants; - insuffisance du temps consacré à l’éducation; - faiblesse du dispositif d’encadrement des élèves; - ratio élèves/maître relativement très élevé parfois 90 pour 1 maître; - le dualisme créole français ou le bilinguisme déséquilibré (prédominance du français) - faiblesse du système de supervision scolaire en raison d’un inspectorat lacunaire; - la désuétude des pratiques et méthodes pédagogiques; - méthodes d’évaluation orientées vers la restitution de leçons ou de sujets du Bac appris sous forme de psittacisme. (Affaire Vilatte est sortie, le candidat récite l’Affaire Galbaud); - absence ou insuffisance de ressources didactiques comme les laboratoires et les bibliothèques dans les écoles; - manque de formation disciplinaire et pédagogique des enseignants à tous les niveaux d’enseignement (sous-qualification des monitrices et maîtres du préscolaire et du fondamental), 34% pour le préscolaire et 16% pour les 1er et 2e cycles de l’Ecole fondamentale. - Pour le troisième cycle et secondaire avec un personnel plus ou moins qualifiés au plan des compétences disciplinaires mais vieillissant. Plus de 86% des 7.000 ont atteint l’âge de la retraite. Dans cette situation, il faut renouveler le stock avec de jeunes diplômés revenant des facultés des sciences de l’éducation, des CFEF et de l’Ecole normale supérieure etc. Effectivement, le départ des enseignants retraités peut avoir des incidences négatives sur l’efficacité interne du secteur et même sur la qualité de l’enseignement secondaire en raison de l’expérience acquise en salle de classe. - Quant à l’enseignement supérieur par rapport au niveau précédent : les profs ont un niveau très faible, peut-être un niveau de licence (Bac + 4). - Absence de plan de carrière pour les enseignants; - mauvais état de l’environnement scolaire ; 41% des écoles dont les cloisons sont en matériaux de fortune, 25% logées dans des églises, 23% de toits en paille, situation compliquée surtout après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010. - Les perspectives avec les actions envisagées dans le Plan opérationnel - Ce qui est déjà fait en matière de qualité • Implantation des Ecoles fondamentales d’application- Centre d’appui pédagogique (EFACAP) ; plus de 36 : élément de stratégie d’amélioration de la qualité figuré dans le PNEF : formation pour les enseignants des réseaux d’école, des finissants du Centre de formation en école fondamentale (CFEF). • Implantation des CFEF : former des diplômés pour intervenir dans les Ecoles fondamentales d’application (EFA) de la 1ère à la 9e A.F ou trois cycles. • Disponibilité d’une politique nationale de formation des maîtres • Des milliers d’enseignants sont recrutés dans le cadre du PSUGO et des formations sont en cours. • Nombre de professeurs sont formés dans le cadre du Nouveau Secondaire par champ disciplinaire • Subvention des manuels à 70% • L’introduction des TIC dans les écoles- de nos jours, aucun système éducatif qui se respecte ne peut se passer des vertus de la technologie. L’utilisation des TIC peuvent se révéler efficace dans la perspective d’améliorer la qualité de l’éducation dans le pays. • Des écoles sont dotées de matériels didactiques et autres équipements comme bancs, chaises, tableaux numériques interactifs (TNI) et autres • La réforme des curricula est déjà entamée avec la Direction du curriculum et qualité (DCQ) du ministère de l’Education. - Ce qui reste à faire en termes de perspectives pour la qualité • Stratégie adoptée par le ministère de l’Education pour une école fondamentale de neuf années et un secondaire de quatre années aux fins de qualité et de management éducatif. • Pour combattre l’échec scolaire, le Plan opérationnel prévoit comme antidotes la passation automatique et l’évaluation formative. Certains établissements commencent l’expérience. • Une véritable politique du livre pour inciter les élèves à la lecture et la dotation des écoles en connexion Internet. • Fixation des socles communs de compétences et de connaissances par niveau d’enseignement et la maîtrise à l’écrit et à l’oral les quatre (4) langues de base le créole, le français, l’anglais et l’espagnol par les élèves de l’Ecole fondamentale des trois cycles lors de l’élaboration des programmes. • Intégration des modules de santé reproductive et d’hygiène à l’école dans la réforme curriculaire. • Généralisation de la rénovation du secondaire dans tous les établissements aux fins de qualité et d’efficacité. • Dotation des écoles en manuels scolaires, en programmes, en cantines scolaires, en laboratoires, en bibliothèques, en connexion Internet • Exigence aux maîtres et aux enseignants de préparer leurs leçons de classe et leurs plans de cours, soumis aux conseillers pédagogiques pour sortir les salles de classe de l’amateurisme et de l’improvisation. • Renforcer la supervision et l’inspectorat. • L’intensification de la formation des maitres. • Une attention soutenue à la prime enfance et à l’éducation spéciale destinées aux handicapés et aux surdoués (Art 32.8 de la Constitution de 1987). • Enseignement du civisme ou l’éducation à la citoyenneté dans tous les établissements du pays pour les trois cycles du Fondamental. En guise de conclusion Pour arriver à un niveau de modernité, voire un pays émergent comme rentabilité de l’école à l’horizon temporel 2045, il faut garantir à tous les enfants et à tous les jeunes Haïtiens un enseignement de qualité, voire pertinent. Aussi devons-nous avoir des diplômés qualifiés pour satisfaire les exigences du marché du travail et conduire le pays vers un niveau de stabilité sociale. Yves ROBLIN, facilitateur aux Assises de la qualité de l’éducation d’avril 2014 à l’hôtel Oasis/MENFP/Présidence, Diplômé de l’IIPE/UNESCO de Paris. Prof à l’UNAFH/Price-Mars, à Quisqueya et à l’INUTECH. roblinyves@yahoo.fr Références bibliographiques - Assises nationales sur la qualité de l’éducation, avril 2014, hôtel OASIS/MENFP/Présidence - Le Plan opérationnel (2010-2015)/ MENFP - Le Plan national d’éducation et de formation (1997-2007)/MENFP - Les Outils de Pilotage du Système Educatif Haïtien, Déc. 2013, ROBLIN, Yves - Le manuel scolaire et la performance des écoliers haïtiens, Sept 2013, le Nouvelliste, ROBLIN, Yves - Site Internet/UNESCO

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