Les livres du mois

Les livres du mois # 4

Publié le 2014-10-13 | Le Nouvelliste

Culture -

Il importe de privilégier le livre, écrit Georges Castera dans la présentation de « Quelle fiction? que faire ? Notes sur la question littéraire haïtienne », pour ne pas désenchanter du monde. À l’heure où le monde semble bouleversé par des problèmes de tous ordres, la lecture devient plus que jamais notre seule planche de salut. De survie aussi. Pour ce nouveau numéro de « Les livres du mois », je vous invite à visiter ces univers pour le plus grand bien de votre être. Lyonel Trouillot, « Parabole du failli », Actes Sud, 2013, 192 pages. Plus qu’un livre, « Parabole du failli » est un chant en l’honneur de Carl Marcel Casséus, dit Lobo, cette grande figure du théâtre haïtien des années 1990. C’est toute sa vie qui y défile. Dans ses différentes facettes : arpenteur de la ville, clochard, poète, homme du monde, l’écolier, le révolté, l’amoureux et cette voix qui ne cesse de vous ramener à la vie quand, fauché par un de ces incidents malheureux du jour, les difficultés vous jouent des tours. Cet artiste, finit-on par comprendre, est très sensible à la condition populaire, du peuple, du vaincu. Tout ceci pour dire que Lobo est immense. Qu’il est bien vivant et continue à habiter notre imaginaire. Notre quotidien. Avec ses personnages qui nous parlent à haute voix dans la tendresse du jour ou la pure beauté de la nuit. En tournée à l’étranger, Pédro, jeune comédien haïtien qui marche tout droit vers le succès, se jette du douzième étage d’un immeuble. C’est sur cette note que s’ouvre le récit. Une note toute douloureuse, plaintive. Et ses deux amis, l’estropié et le narrateur dont les noms ne sont révélés en aucun point du récit, coincés dans leur deux-pièces dans le quartier de Saint-Antoine, en sont informés par la radio de leurs voisins de la pièce d’à-côté. Un livre fait avec des ingrédients du réel haïtien comme il en est d’ailleurs de presque tous les romans de Lyonel trouillot. « Parabole du failli », ce roman-dialogue (d’un tu à un je), nous donne à entendre les pas de Lobo déambulant dans les rues de Port-au-Prince, sa voix qui emplit le silence de la nuit. Son enfance et ses moments d’errance dans le quartier de Saint-Antoine. Sans oublier les bruits de Port-au-Prince et ses environs. Un roman fait à la sauce poétique envoûtante dans un style propre à Trouillot, qui ne cesse de laisser ses empreintes sur les lettres haïtiennes. Et cette impression que l’auteur ne raconte pas mais parle au lecteur en tête-à-tête, un pincement au cœur. Ernest Hemingway, « Le vieil homme et la mer », Gallimard, 1985, 149 pages. L’histoire se déroule à Cuba. Un matin, Santiago, un vieux pêcheur cubain, pauvre mais expérimenté, part à la pêche. Manolin, un garçon du village, l’accompagne. Voilà quatre-vingt-quatre jours depuis qu’ils vont à la mer, ils n’ont pas pris un seul poisson. Découragés par ses parents, le garçon reste chez lui et Santiago part tout seul à la mer. Au bout du quatre-vingt-cinquième jour, la chance sourit au vieux. Un gros poisson mord à l’hameçon. Ainsi commence une lutte sans merci entre eux, qui durera trois jours. Épuisé, il entre tout de même chez lui satisfait avec la tête et l’arête du poisson. Ce court roman de 149 pages de l’auteur américain Ernest Hemingway publié en 1952 a reçu le prix Pulitzer en 1953 et le prix Nobel de littérature l’année suivante. « Le vieil homme et la mer » est un livre sur le courage, la bravoure et la persévérance du genre humain. Une œuvre d’une grande portée morale qui vante les bienfaits de la patience, l’assiduité au travail. Le livre nous apprend à être forts en présence des obstacles. Que les dangers ou les difficultés doivent être des motifs pour nous inciter à croire en l’avenir, en nos rêves et surtout les objectifs que l’on s’est fixés. Yanick Jean, « La fidélité non plus… », Mémoire d’encrier, 2003, 115 pages. Publiée pour la première fois en 1998, « La fidélité non plus… », cette prose poétique aux couleurs du levant, a fait de Yanick Jean une poétesse à l’encre forte, suave et qui se lit par petites gorgées. Par petites gouttes. Tant cette poésie séduit, enchante et ensorcelle. Hypnotise aussi. Tous les éléments du corps féminin trouvent écho dans les arcanes de son verbe pour dire qu’ils sont « le flambeau de [toutes les] errances » de l’homme. Nostalgie, regrets, souvenirs, rêves et délires s’empilent pour dire que « le bonheur est intact ». « La fidélité non plus… » mélange prose et récit , avec la voix d’une narratrice qui ne cache pas sa douleur, la souffrance due à l’abandon avec un caillou dans la gorge. Elle revient sur ses amours, sa faiblesse et ses silences. Dit son refus de se voir ou d’être considérée comme une esclave. Aussi se dégage-t-il toute une portée féministe à travers les vers. Une affirmation de soi. D’être femme et mère de famille, donc une citadelle… Un livre qui, pour reprendre l’expression de Joëlle Vitiello, est d’une écriture à la croisée de plusieurs carrefours : Post-moderne, féministe, transnational et mémoriel.

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