Samedi 1 octobre 2016









IDEES ET OPINIONS

Le problème de la santé des immigrés aux États-Unis d’Amérique

Quelques vécus des haïtiens et des dominicains


La santé mentale est le fait pour l’individu de se différencier par rapport au collectif, à la famille et à la communauté. Elle prône l’autonomie et l’indépendance. Elle ne se limite pas à l’absence de maladie mentale. Cette conception est euro- canadienne. La santé mentale fait état de la capacité de l’individu de contribuer à l’amélioration de son aptitude à jouir de la vie et relever en même temps des défis existants. C’est alors un sentiment de bien-être émotionnel et spirituel en interaction avec la culture, des valeurs et principes de justice sociale, d’équité et de dignité personnelle. Toutefois, ce modèle occidental n’est pas tout à fait applicable dans nos sociétés au regard des aléas culturels spécifiques, les valeurs et les normes par rapport à l’uniformité et l’universalisme dominants(DORVIL,2002). Les gens (afro-caribéens, notamment) préfèrent consulter des guérisseurs et des adeptes religieux. La santé mentale est considérée comme un tabou et cela ne doit pas être discuté ouvertement. Dans notre culture, c’est discriminant et honteux d’être assimilé à un malade mental ou de perdre la tête. Les gens cherchent et fréquentent peu les cliniques. Ainsi, l’attention devrait être centrée sur l’histoire de la santé mentale de l’immigrant qui a probablement expérimenté plusieurs types de trauma, par exemple ceux dus aux manques affectifs, à la nostalgie et la perte de sens d’appartenance. Bien souvent, dans les cas des réfugiés, l’attention psychosociale est réduite à la nourriture, à la distribution d’une tente. Le niveau de résilience des immigrants ou réfugiés est à apprécier. Pour l’immigrant, le réfugié ou l’asilé , la séparation, les longs déplacements sont sujets de chocs ou de perturbations à l’intérieur d’une famille. Ainsi, l’asile, la déportation, le rapatriement, le déplacement forcé et la migration génèrent des crises importantes qui sont des centres d’intérêt de professionnels du social. Pour l’immigrant, la santé mentale doit être abordée dans une perspective multidimensionnelle, en considérant les phases pré migration, la migration et l’après migration. Tout d’abord l’individu est affecté des manques affectifs-le réfugié est beaucoup plus traumatisé, étant victime de maltraitance, de famine entre autres-durant la migration, la personne est souvent exposé à des sérieux dangers et à des inquiétudes et des incertitudes sur son devenir. L’expérience dans les camps de réfugiés ou de détention est capitale. Finalement, l’accommodement et l’acculturation au nouvel environnement sont un challenge pour l’immigrant. Ainsi des chocs peuvent être liés au changement de valeurs culturelles, à l’acculturation brusque de l’enfant, à l’effritement de l’autorité parentale aussi bien qu’aux opportunités économiques et politiques limitées. La situation de migration est différemment vécue suivant les facteurs de génération, de genre, de classe, d’ethnicité, de classe ou de statut. La question de la santé mentale des immigrés se réfère aux dimensions : 1) macro (pauvreté, discrimination, racisme, langage, loi sur l’immigration, statut) ; 2) méso (rôles inversés, tensions dans la relation de couple, relations avec les grands parents, les questions d’abandon et de loyauté) ; 3) micro (rôle traditionnel du père et perte d’autorité parentale, nouvelle occupation de la femme, déficience dans le langage chez l’enfant, conflits enfant et parents). Dans le cadre de l’échange d’aujourd’hui, nous nous limitons aux situations des immigrants. Il reste évident que les conditions évoquées sont inhérentes à des chocs. Le migrant, par contre, a volontairement pris la décision de laisser son pays d’origine pour ailleurs en raison de motivations bien particulières. Dans certains cas, la décision provient d’un membre influent de la famille ; en dernier resort, le candidat à la migration est consulté pour son adhésion. Cinq phases sont identifiées : 1) La préparation, à cette phase il peut y avoir des mésententes ou de réserves quant au choix du candidat à la migration. Ce qui donne lieu à une situation de disfonctionnement. Il est question de gérer son absence ou la séparation. La personne est affectée et dépourvue à ne pas assister le développement de son enfant. 2) Migration, cette phase peut se faire avec des heurts selon qu’il s’agisse de voyages irréguliers ou de prolongation irrégulière de son séjour au pays d’accueil. Les fouilles, raps, assauts, maltraitance, les cas de décès durant le passage sont source d’anxiété et de dépression qui sont difficiles à éradiquer lors des arrivées. 3) Surcompensation, c’est la phase de lune de miel au cours de laquelle le migrant nie les pertes, les déboires en même incapable d’identifier l’incongruité culturelle .Il constate des manquements dans les valeurs, rôles et expectatives. Beaucoup de familles s’installent dans leurs vieilles traditions, 4) Crise, le migrant une fois installé et en contact avec le reste de la société doit affronter la réalité quotidienne. Par exemple, les problèmes d’abus d’enfant, la violence. Face à ces situations, ses ressources familiales sont inefficaces. Il vit aussi des conflits de valeurs ou de générations dans les rôles, les référents culturels. Par exemple, une épouse se trouve assurée dans les rôles sociaux à jouer en raison du milieu de l’emploi occupé tandis que l’autre conjoint n’est pas assimilé. 5) Impacttrans générationnel ; il s’agit des habiletés par l’intégration des anciennes valeurs et de nouvelles valeurs à la fois. Quand la révision de valeurs ne s’opère pas, l’on peut être face à des cas de délinquance. La nouvelle génération expérimente d’autres cultures en dehors de sa famille En guise d’illustrations, nous allons nous référer aux situations vécues par des Haïtiens et des Dominicains aux Etats-Unis. La question de santé mentale de l’immigré est très complexe. Les issues sont diverses suivant l’histoire de la migration et l’ethnicité entre autres. Notre choix de population sert à jeter des regards croisés sur les relations des peuples haïtien et dominicain. Une brève histoire la migration de ces deux groupes aux États-Unis fait état des vagues migratoires, des contextes politiques et économiques et le profil de l’immigrant. Les moments coïncident, ces deux pays ayant connu la dictature et la répression en était une des causes. Dans le cas d’immigrants haïtiens, la première vague a eu lieu en 1964 pour des raisons de persécutions politiques. La deuxième vague est liée à des raisons économiques. Des gens formés cherchent des conditions de bien-être. La troisième vague se situe autour des années 1980.Ce groupe est défini comme des boat people. C’étaient en grande majorité des paysans-avec un bas niveau de formation par rapport aux premiers groupes- qui fuient la répression politique et économique sous le règne de Jean-Claude Duvalier. Une quatrième vague de migration a eu lieu après le coup d’État de 1991 qui a déposé le révérend père Jean-Bertrand Aristide, composée de militants d’organisations, d’étudiants, de professionnels entre autres. Face au durcissement dans les politiques migratoires aux États-Unis, les migrations ont changé de direction, soit les Bahamas, la République dominicaine principalement. Entre-temps, les conditions associées à la migration n’ont pas changé (pauvreté, répression politique). Après le séisme du 12 janvier 2010, le panorama migratoire s’est modifié. Les destinations sont diverses : Brésil, Chili, Porto Rico, République dominicaine, Mexique, Canada, etc. Pour ce qui concerne l’histoire de la migration des Dominicains vers les États-Unis, nous avons répéré trois grandes vagues : durant l’ère de la dictature de Trujillo (1930-1961), entre 1960-1980 et de 1982 à 1986. Dans chacun des cas, les profils des immigrants se diffèrent. Les professionnels liés à un pouvoir économique et politique fuient la dictature. Ensuite, dans le cadre de la promotion de l’immigration, des gens de classe moyenne et des travailleurs dominicains et travailleuses dominicaines se sont migrés aux États-Unis, particulièrement des femmes. Entre 1982 et 1986, les immigrants sont issus des couches les plus pauvres de la société dominicaine. Les Dominicains continuent à migrer dans toutes les directions, dans des conditions risquées souvent. Les Haïtiens et les Dominicains sont tous deux des descendants d’Africains. Ils ne sont pas toujours perçus de la même façon suivant le « mainstream » et d’autres caractéristiques spécifiques à ces groupes. Tout d’abord être « black » ne signifie nécessairement African American. En ce sens, l’immigrant dominicain ou panaméen sont considérés comme des hispaniques indépendamment de la pigmentation. Dans les formulaires du gouvernement federal, la référence race/ethnie (black) est différente de l’origine hispanique pour le différentier du spanish-speaking. A New York, les Dominicains sont le groupe le plus important, soit (13%), les Haïtiens ne représentent que 3% après les Jamaïcains et Guyanais 7%. Les Haïtiens ayant le bac et plus sont plus de 16% et les Dominicains à peine 13%.Beaucoup plus Dominicains ont adhéré au welfare. Pour comprendre l’insertion de ces deux groupes, le contexte prête à tenir compte des aspects tels que 1) l’intermariage 2), la ségrégation résidentielle, 3) l’isolement et la barrière de la langue. Sans étoffer pour le moment le présent article, il est à signaler des problèmes de santé mentale communs liés aux barrières de la langue qui rabaissent les aînés aux yeux des nouvelles générations. Bien souvent, le parent est devenu impotent et mineur dans des situations où il est dépendant de l’enfant comme son interprète. Ce, au tribunal, dans des transactions de tous les jours entre autres. L’enfant fuit la maison pour avoir assumé de lourdes responsabilités dans ses heures de loisirs. Le Dominicain et l’haïtien intériorisent des valeurs d’une société machiste. Ils se sentent castrés de leur pouvoir masculin face à l’émancipation de la femme dans une société de consommation. Ils admettent difficilement que leur femme aille travailler dans l’horaire de nuit. Bien souvent, ce sont les femmes qui émigrent d’abord. Elles servent de guide aux hommes à leur phase d’intégration après avoir bénéficié du programme de réunification familiale. Les rôles sont donc inversés. Ce qui donne lieu à des conflits conjugaux soldés du divorce, de la séparation et des manques affectifs aux enfants. Les personnes âgées sont victimes dans le nouveau système. Elles assument de lourdes charges familiales dans le foyer. Elles continuent à travailler malgré l’âge de retraite comme baby-sitter pour augmenter le revenu de la famille qui est souvent en dessous du minimum vital exigé. Elles vivent dans l’isolement étant coupé de leurs traditions, la barrière de langue est capitale dans leur exclusion. Le poids des dépendants dans les pays d’origine est important. Les transferts doivent servir à supporter l’éducation, la santé et autres. Le bas revenu des immigrants ne garantit une autonomie relative et les obligations familiales sont lourdes. En l’absence des parents, la garde des enfants est déficitaire, associée à la maltraitance, source de dépression. Les Dominicains et les Haïtiens développent leur résilience aux États-Unis, aux moyens de l’endogamie, la ghettorisation de l’affiliation à des sectes religieux. Ils se livrent aussi à la drogue, à l’alcool. Les réseaux d’accueil leur sont un atout majeur pour leur accompagnement et leur intégration. Les réseaux d’immigrants dominicains sont plus forts que ceux des Haïtiens. Les différentiations de classe pèsent beaucoup au-delà de la question ethnique. Le groupe entier ne se sent pas concerné si quelqu’un d’une strate sociale inférieure est victime dans la société dominicaine. Le Dominicain ou la Dominicaine aux États-Unis sont déclassés et déracinés. Il n’est plus l’Indio, car cette catégorisation n’est pas de mise dans la sociologie américaine. Il est considéré comme un Noir, moins valorisé que l’Haïtien, le Jamaïcain ou le Barbadien. Il se sent vidé de sa propre identité. Il cherche à s’affirmer dans des groupes qui défient les règles de la société. Il inculque parfois des valeurs du banditisme, s’adonne à la prostitution.











AUTEUR
Hancy PIERRE

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