Mercredi 28 septembre 2016









ECONOMIE

Pour une synergie dans la filière café

A l’initiative du CRS (Catholic Relief Services) et de l’Institut national du café d’Haïti (INCAH), du ministère de l’Agriculture, un forum a été organisé sur le café et l’environnement, les 7 et 8 août, à Beaumont, dans le département de la Grand’Anse. Cette activité a réuni tous les acteurs de la filière café : les producteurs, les coopératives, les torréfacteurs, les exportateurs et les ONG œuvrant dans le secteur. Ce forum veut créer une synergie dans la filière café afin de franchir les obstacles de montagnes.


Organisé autour du thème : « kafe m ak anviwònman m se richès pa m », le forum sur le café et l’environnement a été le rendez-vous des passionnés du café. Le lycée Sainte Agnès de Beaumont qui accueillait cet évènement a été transformé pour l’occasion. Une petite exposition sur la cour a présenté le café dans toute sa diversité et sa richesse : vert, noir, grillé, moulu, torréfié, des produits transformés dérivés du café tels que des liqueurs, etc. Des exposés sur des sujets relatifs à l’environnement et le café ont marqué ce forum où l’humour a été au rendez-vous à travers un sketch interprété par des jeunes vivant à Beaumont. D’autres acteurs œuvrant dans la filière café, à travers d’autres régions du pays, sont venus participer à ce forum qui a pris une dimension nationale. Ce forum a suscité d’utiles réflexions sur le café et l’environnement. Des propositions ont été faites sur la meilleure façon de combattre la rouille et le scolyte qui détruisent les plantations de café. « La rouille et le scolyte sèment la désolation au cœur des producteurs du café partout dans le monde. Ils provoquent chacun d’eux des pertes estimées à cinq cent millions de dollars américains. Dans les pays de la région, des efforts sont consentis afin de les éradiquer. Il y a même un plan régional contre la rouille du caféier en Amérique central. Presque tous les pays de la zone se regroupent au sein du Promo café pour faire face à ces obstacles. Cependant, Haïti ne rejoint pas ce groupe jusqu’à aujourd'hui », a indiqué l’agronome David Nicolas. La qualité du café a été l’un des points abordés au cours de ce forum. Avec plus de 70% du verger caféier qui atteint la vieillesse, la bonne qualité n’est pas tout à fait assurée. Autour de ce point, le débat a été animé sur deux solutions possibles : la régénération ou l’innovation du verger caféier. « Il n’existe pas de problème de qualité en ce qui concerne le café haïtien. Nous avons un problème de production. Les tests effectués se font sur des échantillonnages prélevés dans des plantations vieillissantes ayant entre 30 à 50 ans », a argué l’agronome Jobert C. Angrand soulignant que la meilleure solution à adopter dans le cas du café de notre terroir consiste à faire des innovations. Pour sa part, le coordonnateur du projet Kore kafe, de l’AVSF (Agronomes et vétérinaires sans frontières), Matthieu Clotteau croit qu’il faut à tout prix procéder à la régénération des parcelles. Il a partagé son expérience du terrain : « Dans le cadre d’un projet pilote de régénération des parcelles, l’AVSF a encadré 300 producteurs qui travaillent sur environ 173 hectares. Nous les accordons un crédit remboursable sur cinq ans. Le coût moyen de la régénération d’un hectare est évalué à 1 515 dollars américains », a- t-il souligné. Au cours de ce forum, les participants ont saisi l’opportunité pour exprimer leur opinion. Ils déduisent que si rien de concret n’est fait, le café haïtien, dont la production cesse d’accroître, va disparaître. Sur ce, les producteurs à Beaumont ne disent pas le contraire. « Ce forum vient trop tard. S’il y avait ce genre d’activité pour conscientiser et stimuler les planteurs, on n’aurait pas à assister aujourd’hui à la chute du café à Beaumont. Il est temps de reprendre en main la culture du café », a déclaré Ogisma Journal, présidente de COOPAAVEC , une coopérative de café membre du réseau RECARB. Un autre producteur à Beaumont a exprimé en quelques mots ce qu’il juge nécessaire pour la filière café dans le pays. « La filière a besoin de partenaires capables d’intervenir avec des capitaux pour la relancer. Le café peut générer des devises au pays et créer des emplois. Notre écosystème sera donc l’un des grands bénéficiaires. » D’autres obstacles se dressent devant le café haïtien. « Environ 100 000 sacs de café haïtien vont vers la République dominicaine à travers les zones frontalières alors que le pays exporte officiellement seulement entre 15 000 et 20 000 sacs », ont déploré plusieurs agronomes dans leur intervention. Pour remédier aux problèmes qui occupent la filière café, certains participants souhaitent qu’il y ait une politique spéciale pour prendre en charge le café dans le pays. Sur ce point, le coordonnateur de l’INCAH, Jobert Angrand, a présenté un plan de relance pour la filière café. « Ce plan est articulé autour de cinq axes afin de doubler le rendement à l’hectare. La production, la commercialisation, la formation constituent, entre autres, les axes suivant lesquels ce plan de relance va être orienté. » Pour le CRS qui, depuis trois ans, œuvre dans la filière café, il y a encore une lueur d’espoir pour le secteur. « La filière café possède de grands potentiels dans le pays. Mon expérience me laisse croire qu’il y a plein d’espoir. Je vois la volonté de la population de Beaumont pour relancer cette culture », a fait savoir James Beighle, directeur du Programme au CRS soulignant que l’organisation compte affecter davantage de ressources dans la rénovation des parcelles caféières, le contrôle des pestes et des ravageurs, dans la gouvernance de la filière, la commercialisation, etc. En termes de bilan pendant ces trois ans actifs dans la filière café, le CRS a employé ses ressources afin de renforcer la capacité de 2 000 producteurs. Cette organisation a donné un coup de pouce à six coopératives dans leur processus de légalisation auprès du Conseil national des coopératives (CNC). Le CRS a aussi contribué à l’aménagement de nouveaux jardins agroforestiers à l’aide du café, à la production des plantules, à la commercialisation et la qualité du café. Dans le domaine de la recherche, le CRS, de concert avec le Centre international d’agriculture tropicale (CIAT) a réalisé une étude sur la prévision de l’impact des changements climatiques dans les zones de production du café et de la mangue en Haïti.











AUTEUR
Gérard Junior Jeanty

jeantygerardjr@lenouvelliste.com

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