Mardi 27 septembre 2016









EDITORIAL

Il était temps que le président se mouille pour la qualité de l'éducation


Michel Martelly a fait une apparition surprise à la conférence de presse du ministre de l’Education nationale, ce vendredi. Le président a tenu à accompagner l’annonce des dernières décisions du ministre Nesmy Manigat sur l’éducation. Devant le constat de l’hécatombe des examens d’Etat de la première session, avec des résultats catastrophiques mais pas si différents de ceux des années d’avant, le ministre a annoncé douze mesures. Manigat aurait pu essayer de ramasser seul les morceaux du précieux vase que nous cassons depuis des décennies, le président Martelly l’a escorté pour annoncer qu’il sera à ses côtés dans sa quête de solutions. Ce n’est pas souvent que l’on voit un président reconnaître un si grand échec et accoler son nom à une réforme à l’avenir incertain. Il fallait le faire. L’éducation, nos enfants, notre avenir n’en valent pas moins. Il y a un vrai et gros péril en la demeure. Le système éducatif haïtien est dans un piteux état et ce ne sont pas les milliards de gourdes que Michel Martelly encourage les Premiers ministres successifs qui le servent depuis son avènement au pouvoir à y verser qui vont changer la donne. En éducation, ce ne sont pas les billets de banque ni les infrastructures qui changent la donne, mais de bonnes politiques menées avec discernement, constance et implication des responsables. A un jet de pierre du palais national, l’Ecole normale supérieure croupit dans la gêne. Il faut qu’un jour, bravant les inévitables huées des étudiants, un président, un Premier ministre ou un ministre s’y rende et constate de par lui-même qu’on y instruit, de bonne foi sans doute, l’ingénierie de notre catastrophe. Toutes les écoles de formation de maîtres, du préscolaire à l’université, peu ou prou, ont des lacunes, sont les délaissées du système et personne ne s’en inquiète. Toutes participent à la perpétuation d’un système anti-avenir. Et que dire des milliers d'enseignants formés nulle part ! Il faut aussi qu’un jour, un président, un Premier ministre, un parlementaire, un financier, une des étoiles de l’élite haïtienne ose demander à son entourage à quelle école vont ses enfants. Ce jour-là, ce chef, ce bâtisseur de la cité, comprendra la profondeur du mal qui nous ronge. Notre élite fuit l’école haïtienne pour sa progéniture et ne s’inquiète même plus des résultats de ces milliards qui forment des mi-sots en masse. Le haut du panier le fait, les autres suivent, les écoles haïtiennes se dépeuplent de la relève. L’élite haïtienne ne se reproduit plus en pensant Haïti. Pourquoi, selon vous, les parents préfèrent suer sang et eau pour envoyer leurs enfants en République dominicaine ou dans une université privée poursuivre leurs études ? Pourquoi les dizaines de rapports sur l’éducation sont classés sans suite ? Pourquoi l’éducation à tous les niveaux est-elle devenue une pompe à fric ? Président, Premier ministre, leader politique, membres éminents de la société civile sous perfusion de l’internationale doivent se poser ces questions. Nous creusons la tombe de l’avenir avec le système scolaire haïtien tel qu’il évolue. Les milliards des deux trois dernières années précipitent la chute d’un corps sans vie dans le vide. Monsieur le président, Monsieur le ministre, il était temps qu’au plus haut sommet de l’Etat on dise que cela va mal et qu’il nous faut nous atteler à mettre le cap sur la recherche de la qualité. Il était temps. Ayez du souffle et la modestie de ne pas croire que le bout du tunnel est proche. Un défi vous est lancé, relevez-le.











AUTEUR
Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval

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