Samedi 3 décembre 2016









IDEES ET OPINIONS

La propagande et le prolétariat national


Depuis le démantèlement brutal de l’industrie nationale sous le Conseil National de Gouvernement (CNG) présidé alors par le général Henri Namphy (Février 1986 – Septembre 1988) et son achèvement par le gouvernement constitutionnel du président René Garcia Préval (Février 1996 – Février 2001 et de mai 2006 à mai 2011), le pays des Haïtiens vit sous le régime permanent de l’importation. Un phénomène historique nouveau apparu dans la crise séculaire nationale, qui dénote l’abandon cruel des classes dirigeantes au sentiment d’appartenance ainsi qu’à la souveraineté nationale toujours précaire dans le pays, peut-on observer dans le discours des acteurs politiques et de ceux de la société civile. On comprend bien que, dans une économie de ce genre qui est un non-sens absolu au point de vue de la gouvernance de l’État, le marché de l’emploi est raréfié et se rétrécit de plus en plus. Un système économique dans lequel l’importation est imposée au pays qui importe de l’étranger pour ses besoins: que ce soit pour des produits vivriers que pour ceux manufacturés. Une telle configuration de l’économie nationale n’est point avantageuse au développement des forces productives, notamment le secteur ouvrier tel que nous le connaissons pour son importance historique dans la production des biens et des richesses. Bien que la machine tende à remplacer l’homme dans le travail social, il n’en demeure pas moins que la main intelligente de l’ouvrier reste un défi à la grande industrie dans sa pointe extrême. La main des hommes fut à l’avant-garde de la civilisation actuelle; elle restera un phénomène historique indépassable. Car la machine, quelque utile qu’elle soit dans le développement industriel contemporain, est une création de l’Homme dans sa quête permanente du bien-être collectif. Il ne l’a pas créée pour lui desservir, mais elle est un apport objectif à la civilisation: si des extrémistes du capital veulent en faire un usage contre l’être social, ils doivent s’attendre à des situations de crise lorsqu’ils se mettent eux-mêmes le doigt dans l’œil. Mais comment une élite dirigeante en soit-elle arrivée là? Il n’y a certes pas de peuple qui progresse ou qui se développe sans, à la base, une élite qui l’oriente positivement dans ses choix. Il n’y a pas néanmoins d’élite qui méconnaisse les réalités profondes de la nation qui l’a vu naître. En Haïti, l’élite dirigeante déroge carrément à ce principe fondamental; sinon qu’elle est l’exception de la règle générale. Son addiction au système traditionnel ne lui permet pas de voir la réalité en face, ni de toucher aux problèmes réels qui se posent à sa conscience si ceux-ci sont une préoccupation pour elle, bien entendu. Elle est pourtant capable de critiquer négativement le prolétariat national dans les différents secteurs de la production: certains de ses membres affirment avec conviction que la main-d’œuvre haïtienne n’est pas qualifiée, une sorte de cadeau qu’ils offrent d’office aux classes exploiteuses d’ici et d’ailleurs. L’auteur doute qu’ils aient conscience de la portée internationale de cette affirmation: le pays, pour sûr, a des compatriotes qui vivent en terre étrangère et qui y vendent leur force de travail. Il faut peut-être bien faire attention à ces transports intellectuels qui ne lisent pas avec exactitude les réalités objectives du pays national. Y compris les réalités contemporaines du monde du travail. Sur quelle base ou sur quel critère cette déclaration est-elle étayée? Pas d’énonciation. On ne peut non plus énoncer des critères qualificatifs du travailleur haïtien s’il n’a pas été au préalable invité à s’essayer, voire même à postuler pour un emploi quelconque. Où doit-il passer ses examens intellectuels et pratiques? Dans un pays qui s’est vertigineusement transformé en un grand marché de consommation vivrière, où les exercices de travail sont essentiellement manuels. Et de quelques clercs à l’arithmétique primaire. De plus, acheter et revendre n’est pas une activité économique qui génère de l’emploi, encore moins des emplois durables. Elle rend au contraire plus difficiles les conditions de vie des salariés à temps partiel. Cependant, pour la cohorte des intellectuels-techniciens qui prononcent de telles incantations, il existe dans la population active des jeunes des deux genres qui possèdent une bonne formation technique et professionnelle, ainsi que des talents prodigieux. Sauf qu’ils se sont vu imposer le chômage aliénant comme seule civilisation dans le pays; ils y naissent, y grandissent, y procréent et y meurent. Et leurs progénitures sont également privées des facteurs d’émancipation humaine. C’est de cela qu’il s’agit: le chômage est l’une des plaies nationales pou lesquelles il faut trouver des remèdes efficaces qui la guérissent une fois pour toutes. Mais pas de la propagande fondée sur l’émotion et sur la réaction bourgeoise, pour l’essentiel. Jean-Marie Beaudouin Août 2014; coifopcha@yahoo.fr











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