Vendredi 9 décembre 2016









IDEES ET OPINIONS

Dans quel pays vivons-nous?


Ceux-là qui ont suivi, par voie de presse, le programme « Gouvènman lakay-ou » à Miami, la semaine dernière, ont pu découvrir, non sans surprise, que le véritable problème des compatriotes de la diaspora c’est d’abord et surtout la sécurité foncière en Haïti. Les premiers à s’étonner ont été le Premier ministre lui-même et les membres de son gouvernement qui, de toute évidence, ignoraient l’existence de ce problème, pourtant crucial. Des gens travaillant dans de dures conditions à l’étranger, notemment aux Etats-Unis, au Canada, en France, etc, pour s’acheter un terrain en Haïti dans le but de se construire une maison, objet de leur rêve,se voient un beau matin dépouillés de leurs biens par des chenapans impénitents. Mais que se passe-t-il exactement? Ces honnêtes compatriotes, naturellement, ont suivi le parcours légal prévu pour l’acquisition du bien et, finalement, ils obtiennent leur acte de vente dûment délivré par le notaire préalablement affecté à l’étude des titres (les originaux). Maintenant, ils attendent le moment opportun pour entamer la construction. Désagréable surprise! Ils apprennent qu’un individu s’est approprié le terrain comme étant le sien et pire! Il a déjà commencé à construire. Dans la plupart des cas ce nouvel acquéreur pourrait être de bonne foi. Tout simplement il a été induit en erreur par un malandrin, voleur de terre qui, pour accomplir son infâme besogne, a eu la clairvoyance de se faire aider par des filous professionnels (clercs des bureaux d’arpenteurs et d’études notariales). On a la délicatesse de dire clercs, tout simplement pour ne pas mettre en question, du moins pour le moment, la complicité de certains de leurs patrons qui, tout compte fait, auraient dû être en tous points des gens honorables comme l’exige la loi sur leur professions respectives. En réalité, il s’agit bel et bien d’une organisation mafieuse qui, bien souvent, arrive même à pénétrer le secteur judiciaire. Le juge, saisit du cas, se montre bien souvent complaisant et l’affaire se retrouve en appel, et de là, en cassation. Quand on connaît la lenteur de la justice haïtienne, le premier acquéreur, bien souvent désemparé, abandonne la partie ; entendu qu’il ait eu d’ailleurs fort à faire avec son avocat qui, naturellement, lui réclame de l’argent à chaque étape de la procédure. Tel est le calvaire de ce malheureux, de cette malheureuse de la classe moyenne qui se retire de la course d’autant plus facilement qu’il vit à l’étranger, et par conséquent, il n’a pas une emprise directe sur la marche du processus en cours de justice. Des coups de fil à n’en plus finir à son avocat ne suffisent pas à chasser son anxiété. Il se retire, maudissant ce pays qui l’a vu naître. Mais quelle est la position du gouvernement face à ces malheurs dont souffre une frange notable de la population ? À la vérité, celui-ci ne s’en soucie pas. Le prétexte est facile : laissons à la justice le soin de faire son travail. Faux ! L’exécutif n’a-t-il pas pour mission essentielle de veiller au bien-être de la population en général ? La réalité haïtienne étant ce qu’elle est, le gouvernement n’a d’yeux que pour la classe défavorisée qui constitue la grande partie de la population. Elections obligent ! Quant aux chômeurs (de toutes les classes), des promesses, disons mieux, des efforts de création d’emplois par une politique d’incitation aux investisseurs (haïtiens et étrangers) à engager leurs capitaux sur le terrain en Haïti. Cependant, relativement à la classe moyenne active (nous soulignons active) elle est tout simplement abandonnée à son sort ; qu’elle se trouve dans la diaspora ou en Haïti. Au mieux !!! et c’est sa fonction, elle est le plus souvent requise de payer cette taxe-ci ou cette taxe-là. Mais que de loups ont pénétré dans la bergerie pour la dévorer ! Qui s’en soucie ? Encore que tous les grands économistes modernes ont toujours démontré que les pays sous-développés, pour arriver à l’émergence, doivent pratiquer une politique habile de protection des intérêts de leurs classes moyennes. En tout cas, en ce qui concerne Haïti, ce pays désapprouve ces théories et s’acharne de préférence à détruire sa classe moyenne. La réalité, elle est là, palpable. Puisqu’on parle de problème foncier, restons-y. L’organisation mafieuse dont on parle plus haut est puissante et a des ramifications dans les branches des trois pouvoirs. Pas au plus haut niveau, certainement, mais à des échelons intermédiaires dont les membres, poussés par l’appât du gain, se sont laissés égarés. Voilà ce qui rend ces voleurs de terre tout aussi arrogants qu’audacieux, assurés qu’ils jouissent ou bénéficent de l’impunité. Un dirigeant de coopérative qui a fui le pays en 2002, lors de la grande débâcle de ces entreprises d’escrocs, est revenu maintenant au pays. Pour se refaire une santé, il trouve à se recycler dans un autre secteur, celui du vol de biens fonciers. La plaine du Cul-de-Sac est sa zone de prédilection. Il n’a pas de domicile fixe. On dit qu’il vit tantôt à Jacmel, tantôt dans une autre ville du département du Sud-Est. Son réseau de mafiosi est bien huilé. Le gouvernement, s’il veut protéger les vrais propriétaires, doit regarder de près ce dossier avec le pouvoir judiciaire afin de porter les juges, et d’abord les commissaires du gouvernement dans le cadre de leur juridiction gracieuse, à être très sévères vis-à-vis de ce type de voleurs. Pourquoi pas une loi recommandant leur emprisonnement lorsque ces chenapans sont convaincus du délit de spoliation ? Et aux arpenteurs et notaires, le retrait de leur licence de fonctionnement dans la mesure où ils se retrouvent complices des malfrats. Aux grands maux, les grands remèdes. Voilà un sujet qui, d’ailleurs, ferait bien l’objet d’une campagne électorale à succès ! Cette classe moyenne que l’on croit endormie pourrait se réveiller et, comme au bon vieux temps, se remettre à refaire l’histoire. Il est temps que dans ce pays l’on se soucie de la partie saine de la nation.











AUTEUR
Pierre André Pétion

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