Samedi 3 décembre 2016









EDITORIAL

Protecteurs ou fossoyeurs du sport ?


Le football. Le sport. Faut-il en parler alors que le pays a tant de problèmes et d’impasses sans issue ? Le sport en général, le football en particulier, demeure cependant l’un des rares domaines où, pour le bonheur du plus grand nombre, nous nous battons avec les autres nations. Pas à armes égales, mais d’égale à égale. Pas à armes égales, pour la simple et bonne raison que la société haïtienne et l’Etat refusent de faire un choix et de donner à cette discipline sportive les moyens de nos ambitions. Le foot, restons à cette seule discipline, est sur un piédestal, tout en haut sur la liste de nos passions, mais nos footballeurs vont pieds nus affronter l’élite de la région, les grands de ce monde. La Digicel mise à part, aucune entreprise privée haïtienne ne s’occupe d’une équipe de foot, ne sponsorise un championnat, n’aide sur le long terme la Fédération haïtienne de football. Les gouvernements haïtiens, depuis que les Duvalier ne sont plus au pouvoir, ne s’occupent que sporadiquement du foot, du sport en général. Trois anecdotes pour illustrer. Haïti, l’équipe U20, a remporté mardi soir la finale qui l’opposait à Surinam dans le quadrangulaire international qui lui ouvre la porte pour une autre phase sur la route de la Coupe du monde de la catégorie. Le match s’est déroulé au stade Sylvio Cator. Les policiers qui assuraient la sécurité de la rencontre sont partis avant le coup de sifflet final. Pas de budget pour leur payer un extra, a confessé le président de la Fédération haïtienne de football. En laissant les arbitres, l’autre équipe et les commissaires de match, sans recours des forces de l’ordre, dans l’enceinte d’un stade, à la merci des fans, Haïti risque une sanction de la Fifa… Deuxième portrait de notre état lamentable. Le ministre de la Jeunesse et des Sports avoue que la majorité des employés de son ministère sont issus de nominations politiques. Ceux qui en ont la charge ne peuvent pas assurer un simple cours d’éducation physique sur les places publiques de la capitale le matin. Le ministère n’a aucun budget pour assister les fédérations sportives, reconnaît aussi le titulaire du Sport. Autre acte de ces petites pesanteurs qui asphyxient le foot et le sport national, le président de la République, Michel Martelly, s’est étouffé de rage quand, récemment, à Fort-Liberté, une entreprise embauchée par la présidence a découpé la moquette synthétique du parc sportif de la ville pour installer un podium où devait prendre la parole le président. Voir le gazon artificiel subir ce sort a révulsé Martelly. Ce qui devait pourtant le contrarier au plus haut point, c’est le fait que les 12 stades que son gouvernement se félicite d’avoir construits ne servent à pas grand chose. Les stades, parcs ou installations sportives, appelons-les de n’importe quel nom, ne sont pas en service. Il n’y a pas de personnel qualifié dans les mairies ni au ministère des Sports pour les prendre en charge. Il n’existe pas de définition claire pour établir à quoi ou à qui ils doivent servir. Ni la Fédération haïtienne de football ni aucune autre instance sportive n’a les clés et la responsabilité de ces installations. En un mot, dans certains cas, un an après leur construction-rénovation, des installations demeurent fermées. Quant aux terrains qui ne sont pas réglementaires ou conformes aux normes, la Fédération haïtienne de football a toute une liste. Les autres disciplines aussi. Jean-Claude Duvalier avait le titre de Grand Protecteur des sports. Il est le dernier président à avoir mis l’Etat au service du sport pour la grandeur d’Haïti, en ce temps-là, synonyme de son régime. Pourquoi y a-t-il de nos jours tant de fossoyeurs du sport?











AUTEUR
Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval

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