Mercredi 28 septembre 2016









ECONOMIE
L. Gordon-Olivier Marbot/Fiction Thriller financier

Faire pénétrer le lecteur dans un monde angoissant (II)

Carte blanche à Jean-Claude Boyer


Le spectre de la banqueroute de la Northern Rock vint hanter l’esprit des deux hommes. Gauthier de Montpazier prédit que tout le système bancaire y passerait. Jean Poimpon lâche : « Comme la Northern Rock…» Gauthier prolonge : « Exactement !» C’est arrivé à la Northern Rock, à Newcastle, en février dernier « Si tu en parles , c’est que tu sais ce que le gouvernement britannique a dû faire pour stopper l’effet domino! » Il poursuit comme pour mettre en garde son ami, « Tu t’en souviens, n’est-ce pas ? Il a nationalisé la banque! Tu verrais cela en France aujourd’hui? Ton président qui nationaliserait une banque?» Un interlocuteur désormais très attentif Gordon et Marbot expliquent qu’à l’écoute de la dernière partie de l’exposé, Poimpon s’était nettement raidi. « Son regard n’exprimait plus ni mépris ni indifférence. » C’est alors qu’il s’enquit de cette nouvelle épouvantable. Sans la révéler, Gauthier insista sur la confiance indispensable: «Tout repose sur la confiance… Tu comprends, Jean, la confiance… Il faut à tout prix la maintenir. » Jean s’impatiente Gauthier prend toujours les gants en avertissant que la banque est confrontée à un très gros problème, susceptible d’affecter la confiance. Pourquoi il a besoin de l’aide de son ami. Qui veut savoir s’ils ont fait des conneries. Pas du tout, lui répond-on. Mais… (il est toujours hésitant). Jean finit par lui lancer « Crache le morceau, putain ! » Gauthier finit par révéler la terrible nouvelle: « Le président Piquart est mort ! » Gordon et Marbot écrivent: « Poimpon déglutit péniblement, sa pomme d’Adam effectuant un spectaculaire mouvement de va-et-vient. - Le président Piquart… Marcel Piquart… - Qui d’autre ? Et pas seulement mort ! Assassiné dans son bureau , à la banque … Tu vois le problème? Si l’affaire s’ébruite, on est morts! » Il lui fait un dessin: « Dans le contexte où nous sommes, les marchés vont surréagir. Ils vont tout de suite imaginer on ne sait trop quoi… Des malversations peut-être… Les agences de notation vont se mêler, ce sera l’horreur. Une catastrophe pour la France. » Une affaire d’État Jean prend conscience de la gravité de la situation. À son tour, il pose des questions à son ami, à savoir s’il connaît l’identité du criminel et s’il a prévenu la police. « C’est non pour les deux questions .» Gauthier poursuit en disant qu’il ignore l’auteur du crime et qu’il n’a pas l’intention de prévenir la police. «C’est toi que je viens prévenir. Toi, les autorités françaises.» Il souhaite que son ami, hautement placé, n’en dira rien à personne. Jean croit qu’il plaisante. « Je vais sans tarder prévenir le président de la République qui décidera de la marche à suivre. C’est une affaire d'état!» Les conséquences catastrophiques Le visage totalement fermé, Poimpon esquisse de sombres perspectives : « C’est le crédit de la France qui est en jeu! Et en plus, depuis l’affaire Kerviel, le président est hystérique sur ce genre de sujet. Hystérique, Gauthier! » Il révèle qu’à l’époque, Daniel Bouton, croyant bien faire, ne l’a pas prévenu tout de suite. Il ne donne pas cher de sa peau désormais: « Si je ne préviens pas le président immédiatement, moi aussi je suis mort! ». Probablement, cela se passe ainsi dans les cercles de pouvoir. Une hésitation, comme le silence, coûte sa place à un conseiller. Si Jean veut mettre le président au courant, c’est parce que, à son niveau, l’affaire est d’importance. Autant dire qu’il laisse entendre à Gauthier que l’affaire le dépasse. Faut-il en informer le président ? Malgré tout, Gauthier déclare que s’il prévient le président, lui à son tour préviendra le ministre des Finances, le ministre de l’Intérieur, le Garde des Sceaux, le Premier ministre, qui préviendront à leur tour leurs cabinets… Et lundi matin, l’affaire s’étale dans toute la presse!» Le soulagement est perceptible au constat de la disparition du cadavre de M. Picquart. Malgré (et surtout) ce fâcheux incident, le lecteur plonge dans la lecture de ce polar financier où aucune surprise ne lui est épargnée. Le suspense est insoutenable. Masochiste, il tourne les pages de ce récit bien façonné et il découvre, lui aussi, avec angoisse, que la banque a un côté martial. Tout est stratégie. D’ailleurs, l’art de la guerre, c’est d’appliquer une stratégie. Et la repenser en fonction de la situation sur le terrain. Et si le local de la banque était un PC (poste de commandement) d’état-major?











AUTEUR
Jean-Claude Boyer

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