Samedi 3 décembre 2016









IDEES ET OPINIONS

Les stigmatisés

Votre Eglise, la connaissez-vous?


En grec ancien, le terme « stigma » fait référence aux marques de propriété que les éleveurs font sur leurs animaux et les Grecs aisés sur leurs esclaves. Le terme n’apparaît qu’une fois dans le Nouveau Testament. Dans son épitre aux Galates, l’apôtre Paul écrit : « Car moi, je porte en mon corps les marques de Jésus ». Mais rien dans ce passage ne laisse supposer qu’il ait été physiquement affecté. Un millénaire plus tard, ces « stigma » deviennent des « stigmates ». L’expression désigne désormais des plaies apparaissant sur le corps de certaines personnes aux endroits où le Christ a été meurtri durant son supplice. Du point de vue religieux, les stigmates font références aux blessures infligées au Christ lors de sa crucifixion. Diverses personnes auraient présenté, à partir du XIIIe siècle, des marques semblables à celles de Jésus-Christ sur diverses parties de leur corps. Selon les témoignages recueillis, le processus s’accompagne en général d’une vision des scènes de la Passion du Christ, vision qui déclencherait probablement le mécanisme producteur des plaies. Il existe une grande variété de stigmates. Les plaies peuvent apparaître simultanément ou l’une après l’autre, lentement ou instantanément, durant certaines fêtes religieuses ou en permanence. A la Pâques, chaque année, certaines personnes ressentent les mêmes douleurs que Jésus lors de sa crucifixion et se mettent à saigner des mains et des pieds. Un phénomène étrange que l’Église catholique considère elle-même avec circonspection. La plupart des stigmatisés qui ont été béatifiés ou canonisés l’ont été pour d’autres raisons, l’autorité papale n’ayant pas reconnu l’apparition sur leur corps des stigmates semblables à celles du Christ. Ils entendent les coups de marteau, voient la croix devant eux, sentent les coups de fouet et les piquants de la couronne d’épines. Leurs plaies commencent à saigner abondamment le vendredi saint … En général, ces gens souffrent de façon effroyable pendant deux (2) jours. Le jour de Pâques, les saignements s’arrêtent et ils ne ressentent plus de souffrance. C’est ce qu’explique le psychiatre allemand Gerd Overbeck, dans un entretien à l’hebdomadaire bavarois SZ Magazin. Depuis plus de trente (30) ans, il s’est donné pour tâche d’étudier ce phénomène avec le médecin et frère jésuite Ulrich Niemann. Les plaies peuvent être profondes et saigner abondamment, d’autres à peine. Elles sont généralement au nombre de cinq (5), visibles sur ces parties du corps : - les mains ou les poignets, rappelant les plaies causées par les clous lors de la crucifixion ; - les pieds ou les chevilles, rappelant les plaies causées par les clous ; - la tête, rappelant les plaies causées par la couronne d’épines ; - le dos, rappelant les coups de fouet ; - le flanc, rappelant la plaie causée par une lance. Selon certains, la personne stigmatisée à un message à faire passer, celui du Christ. Les stigmates ne sont pas l’œuvre de Dieu. Les stigmatisés souffrent dans leur corps. Pour eux, le concept de la spiritualité trouve sa source dans la conception du Christ mort sur la croix. Les plaies peuvent se localiser dans une zone du corps ou dans plusieurs zones du corps en même temps. Elles saignent par moments et peuvent disparaître. Parfois, les stigmates entraînent des saignements très importants. D’autres fois, ce sont des blessures ouvertes ou des verrues qui apparaissent. Certaines personnes n’ont aucune hémorragie mais ressentent une douleur atroce aux endroits du corps où le Christ saigna à la suite de ses blessures. Les stigmates peuvent affecter aussi bien les hommes que des femmes. Des sceptiques ont tenté de fournir de nombreuses explications aux stigmates. Certains ont avoué que ces blessures étaient des supercheries ; d’autres affirment que les soi-disant miraculés se les infligeaient eux-mêmes lors d’une transe hystérique ou même par un acte délibéré par mutilation ou application de substances chimiques corrosives. Parallèlement, il y a des scientifiques qui croient que la cause des stigmates serait psychologique, c’est-à-dire qu’une personne serait tellement croyante que ces signes apparaîtraient sur son corps, un peu comme le phénomène des grossesses nerveuses. Pour les croyants, les stigmates représentent la manifestation de la présence divine. La blessure apparaît de manière surprenante dont on ne connaît pas l’origine, et dont la longévité et la périodicité sont très variables. Chez certaines personnes, les stigmates apparaissent au cours de la semaine sainte et disparaissent le jour de Pâques. Aujourd’hui encore, l’Église accueille le phénomène des stigmates avec une grande prudence. Pour elle, il y a eu des cas de supercherie, d’automutilation chez des personnes souffrant de déséquilibre psychologique. L’Église considère que les stigmates ne sont pas une preuve suffisante de sainteté, mais peuvent en faire partie et sont pris en compte dans les dossiers de canonisation. Elle fait appel à des médecins et des scientifiques pour l’aider à faire une sorte de tri. Pour preuve, à la fin du XVIe siècle, une abbesse espagnole avait réussi à tromper pendant vingt (20) ans non seulement ses religieuses, mais aussi toute la cour de Charles Quint. Elle a tout avoué peu de temps avant sa mort. On estime à l’heure actuelle, le nombre des stigmatisés à plus de 250 personnes. Sur ces 250 personnes, femmes et hommes, religieux ou laïcs, plus de 2/3 ont été élevées sur les autels. L’Église n’a jamais interprété les stigmates comme des marques tangibles de sainteté, mais plutôt comme une manifestation corporelle de l’union au Christ vécue à son maximum. Parmi les croyants, on note la présence de nombreux hommes, laïcs et jeunes stigmatisés dont le plus célèbre et ancien est François d’Assise, diacre n’ayant jamais reçu l’ordination sacerdotale. La stigmatisation défie la raison et transcende les conditionnements sociaux et spirituels. Elle ne dépend ni d’une quelconque appartenance intellectuelle ni de la moindre adhésion religieuse. Elle doit être interprétée comme la liberté de Dieu pleinement révélée en l’humanité du Christ. Aujourd’hui, l’Église catholique, apostolique et romaine ne reconnaît que trois (3) stigmatisés : - François d’Assise (1186-1226) François d’Assise fut le premier dans l’histoire dont on raconte la stigmatisation. En 1224, dans la solitude, sur le mont Alverne en Toscane (Italie), alors qu’il méditait sur la Passion du Christ, après un jeûne de quarante (40) jours il vit un séraphin – ange aux ailes lumineuses et enflammées - qui semblait crucifié. A ce moment, les plaies du crucifié s’impriment sur ses mains, ses pieds et son côté. Il est déjà malade et presque aveugle. Au milieu de ses souffrances, il compose le Cantique au soleil. Il meurt le 3 octobre 1226. - Catherine de Sienne (1347-1380) Catherine de Sienne a reçu les stigmates en 1375, quelques années avant sa mort à l’âge de 33 ans. Par humilité, elle a demandé à Dieu qu’ils soient invisibles et sa prière a été exaucée. Elle a été incapable de manger. Pour se nourrir, elle mangeait de l’hostie et s’abreuvait d’eau bénite. - Padre Pio (1887-1968) Francesco Forgione, plus connu sous le nom de Padre Pio, est à l’heure actuelle le premier prêtre stigmatisé. En 1918, soit 8 ans après son ordination sacerdotale, il reçoit les stigmates de la Passion du Christ. Par ainsi, il a eu des plaies aux pieds, aux mains et sur le côté. Ces plaies ont saigné constamment et durant 50 ans. En raison des bandages qui entouraient les pieds de Padre Pio qui saignaient, il se chaussait de souliers plus grands que sa pointure. De nombreux médecins, croyants ou non ont examiné ce phénomène et n’y ont trouvé aucune explication. Des foules entières vinrent le voir à San Giovanni Rotando, en Italie. Les stigmates de Padre Pio avaient attiré l’attention des autorités ecclésiastiques qui lui ont interdit de célébrer la messe. Devant le mécontentement des croyants, elles finirent par lever leur interdiction lui recommandant toutefois de célébrer la messe dans une petite chapelle. A la mort de Padre Pio survenu en 1968 soit 50 ans après sa stigmation, aucune plaie n’a été remarquée. D’autres personnes ont eu droit à des stigmates et à faire l’expérience de ce mystère d’union en Christ : - Anna Katharina Emmerick (1774-1824) est une religieuse dans l’ordre des augustines et une mystique allemande. Elle a vu le jour dans une famille de modestes paysans. Enfant, elle a fréquenté l’école durant 4 mois. A 13 ans, elle devient domestique, puis a suivi une formation de couturière et a travaillé aux environs de Coesfeld avant d’entrer en 1802 et de son propre vœu dans le cloître des augustines de Dülmen. Elle déclare avoir reçu les stigmates à partir de 1811, et chaque vendredi de la Passion du Christ, elle en endura les souffrances. A une religieuse atteinte de tuberculose des poumons et du larynx, l’intercession d’Anna Katharina auprès de Dieu lui a été favorable et elle se retrouva guérie … - Antoine Crozier (1850-1916) Ordonné prêtre le 22 septembre 1877, il a reçu ses stigmates le 10 janvier 1901 durant l’Eucharistie. Il aurait demandé au Christ de rendre ses stigmates invisibles. Il en fut exaucé mais en garda les souffrances jusqu’à sa mort survenue le 10 avril 1916 à Lyon. - Sainte Gemma Galgani (1878-1903), laïque italienne, elle a reçu les plaies de la Passion du Christ en 1899. - Thérèse Neumann (1898-1962), simple paysanne allemande, mystique bavaroise, elle a été stigmatisée en 1926. Ses spectaculaires extases de la Passion ont attiré des milliers de fidèles, entraînant un mouvement de prière et de conversion inouï en pleine Allemagne nazie. Sa cause de béatification vient d’être ouverte. - Yvonne Beauvais (1901-1951), en religion elle a été connue sous le nom de Mère Yvonne-Aimée de Malestroit. Augustine, elle a été élevée au grade de chevalier de la Légion d’honneur par le général de Gaulle pour sa participation à la Résistance. - Marthe Robin (1901-1981), laïque française, elle a accueilli sur son lit de souffrances à Châteauneuf-de Galure (Drôme) plus de 100 000 personnes. Etre stigmatisé n’est pas toujours agréable. Les stigmatisés doivent subir des enquêtes rigoureuses des autorités religieuses et parfois civiles qui humilient et perturbent leur vie de prières auxquelles s’ajoutent les soupçons de fraude, voire des calomnies. Par son existence mortifiée, par la pratique héroïque des vertus et le vivant reproche qu’elle constitue face au laxisme et à l’indifférence de la société et de l’époque, la stigmatisée est souvent aussi dérangeante que son divin modèle. Et quand bien même elle jouit du respect des foules, voire de l’appui de l’institution, il n’est pas rare qu’elle soit réduite au silence quand sa voix se fait prophétique. Le plus souvent, la personne stigmatisée est, après un certain temps, reléguée dans un silence rigoureux et bien vite oubliée. Comme disait saint François de Sales, «le bien ne fait pas de bruit», et il convient d’être circonspect. Tel a été le cas de Padre Pio qui, au-delà de son don mystérieux des stigmates, s’est engagé dans la grande œuvre de la pure charité de la façon la plus discrète. François d’Assise a été, comme saint Paul, envahi par le Christ, configuré à Jésus. Il a reçu dans son corps les stigmates de sa Passion. La souffrance de François, qui a été vive pendant son existence, a été transformée, transfigurée en Amour. Par ainsi, il a parodié l’apôtre qui disait : « Ce n’est pas moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. »











AUTEUR
Fred D. Mc Guffie (votreglisefred109@yahoo.com) Sources: - Wikipédia, encyclopédie libre - Les stigmatisés de Joachim Bouflet Paris, Le Cerf, 1996

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