Samedi 3 décembre 2016









IDEES ET OPINIONS

Illusion sur l’émergence d’Haïti à l’horizon 2030


En 1991, la chute du mur de Berlin marque un grand tournant dans la politique économique des nations, S’il y a un fait remarquable, c’est la montée en puissance de certains pays du Sud au détriment des pays du Nord qui a bouleversé l’ordre mondial et réactualisé la notion de puissance économique. Au lendemain de la disparition du système soviétique, le monde est basculé vers une économie capitaliste à vocation libérale dont la résultante serait une économie de marché. Si les difficultés économiques majeures auxquelles faisaient face les pays du Sud, aussi inattendues que la foudre, la fin de la guerre froide a réactualisé le processus d'élévation des pays émergents au rang de puissance mondiale. Dès lors, ces pays ont défini de nouveaux mécanismes leur permettant d’atteindre les objectifs qui sont les leurs et refusent que l’économie mondiale soit l’œuvre des seuls occidentaux. Notre objectif, ici, n’est pas de raconter ni d'essayer d’expliquer au lecteur la chute du mur de Berlin, l’émergence des autres nations, mais il est important pour nous d'insister sur ce fait afin de mieux comprendre les processus qui ont amené les pays du Sud au développement, au rang des puissances économiques du Nord. L’analyse que nous proposons raconte ce grand basculement, qu’il s’agisse de l’économie, de la démographie, de l’État de droit, de la géopolitique, de la géo économie, de puissance militaire, etc. Nous ne voulons pas faire impression en alignant des concepts mirobolants, revenons au réel. C’est-à-dire à la réalité haïtienne et au mal que nous cause le manque de vision stratégique de certains leaders politiques. Depuis la définition des BRIC devenus BRICS, fournie par l’économiste Goldmann Sachs, le phénomène des pays émergents ne cesse d’apparaître avec une acuité croissante et la plupart de ces pays se sont regroupés dans des organisations internationales sous différentes appellations en fonction de leurs visions stratégiques. En Haiti, la notion prospective stratégique est loin d’être une réalité pour les dirigeants. Ils ont oublié que l’émergence d’une nation n’est pas le fruit du hasard mais de la volonté humaine et d’une vision cohérente basée sur la matrice stratégique d’une économie endogène. Il est vrai que la vision féconde le rêve, que la maîtrise du changement et la capacité de construire un tissu social tiennent d’abord à la volonté et la passion d'entraîner des hommes vers des projets communs. Le développement est la résultante des actions collectives. Qu’il me soit permis d’aborder la notion de l’émergence d’Haïti, concept idéal et cher au Premier ministre haïtien dans un esprit critique, étant donné que nous sommes en science, la raison n’est pas forcément d’un côté ou d’un autre. Dire que l’avenir d’Haïti est ouvert aux multiples scénarios possibles n’est pas illusoire, mais la tendance invariante nous permettra de constater que le bon scénario est celui qui conduit à l’action et à l’identification des problèmes réels basés sur un diagnostic participatif entre les différents acteurs de la nation. Parler de l’émergence d’Haïti, c’est mettre les acteurs au cœur de la construction du futur d’Haïti autour d’un programme social cohérent. Cette vision cohérente de l’émergence d’Haïti est faussée quand les différents acteurs de la société n'en sont pas partie prenante. Autrement dit, il serait difficile d’atterrir avec une vision quand les parties pour lesquelles vous travaillez n’ont pas participé à la définition de la vision ainsi qu’au plan d’opérationnalisation. Alors il se pose un véritable problème lié à la question de l’émergence d’Haïti, car elle n’est pas une affaire de concept, mais elle est une démarche prospective, technique, associée à un mode opératoire entre les différents secteurs de la société. C’est par ce manque de vision stratégique et d’anticipation hier, que l’avenir d’Haïti est encombré de questions embarrassantes et d’actions insignifiantes. Force est de constater que les moyens pour y parvenir sont loin d’être un fait, en ce sens que la réactivation et la vision ne sont pas des fins en soi, elles ne mènent nulle part si elles ne sont pas orientées vers des objectifs à long terme. Comme l’a si bien dit Michel Godet, l’action qui n’a pas de but n’a pas de sens. A cet effet, la démarche prospective devrait être une condition préalable pour les acteurs s’ils veulent éclairer l’avenir identifier les possibilités de choix et prendre des décisions appropriées. Ainsi, une analyse prospective devrait être réalisée pour permettre à la population de choisir son avenir afin de poser des actions concrètes aujourd’hui pour que se réalise le futur souhaité. Il s’agira d’explorer le futur possible sur la base d’une analyse retrospective, de se l'approprier et d’adopter des stratégies appropriées. Le choix ne doit pas être fait a priori. Il va falloir scruter, collecter et analyser les aspirations de la société haïtienne et établir un diagnostic stratégique. L’état de délabrement de notre situation économique nous amène à comprendre que si le passé était bien étudié et que le futur était pris en considération, la construction de notre économie résiderait dans la capacité d'anticiper sur l’avenir, de comprendre les signaux du moment et d’interpréter les réalités à la lumière du contexte mondial. Face à cette anomalie, on se demande si les dirigeants Haïtiens ont la capacité de comprendre et d’éclairer leurs actions. Au terme de notre analyse nous parviendrons à identifier les syndromes d’une véritable émergence d’Haïti à l’horizon 2030. Nous en citons quelques un : • l’environnement économique n’est pas favorable à l’investissement et le développement des forces productives n'est pas approprié aux facteurs de production et à la productivité ; • la diminution du pouvoir d’achat des consommateurs au cours des 10 dernières années a baissé de façon considérable ce qui se traduit par une détérioration de la qualité de la vie dont la résultante est la faiblesse de la compétitivité, par ricochet une croissance économique faible ; • la faiblesse du système éducatif haïtien souffre d'un malaise protéiforme et multiforme. L’État ne met pas assez de moyens pour produire la connaissance immatérielle comme la seule source de croissance économique à long terme ; • la montée du dollar, la détérioration des termes de l’échange, l’incapacité de maîtriser l’inflation, la faiblesse de la compétitivité économique et la faiblesse des institutions juridiques sont l’ensemble des facteurs qui expliquent l’incapacité des dirigeants à anticiper l’avenir; • l’incapacité des dirigeants à créer des conditions favorables à la productivité globale. En raison des mutations économiques mondiales, la nécessité de contrôler les invariants et une analyse prospective sont les seuls moyens de circonscrire les réalités économiques haïtiennes et de trouver une piste de solution pour l’émergence d’Haïti à l’horizon 2030. Comme a dit l’autre :L’avenir est ouvert aux multiples acteurs qui agissent en fonction de leurs projets futurs. Par conséquent, l’anticipation doit être le motif des dirigeants s’ils veulent féconder l’avenir. Etant donné que la démarche prospective est d’une grande ampleur, le gouvernement haïtien devrait créer une commission prospective sur le devenir d’Haïti à l’horizon 2030, ceci permettrait de détecter les tendances lourdes. Aujourd’hui, deux choses doivent caractériser notre économie à l’ère de la mondialisation : une vision prospective et un sentiment d’accélération du système d’information ; la maîtrise des facteurs d’inertie et la volonté de contrôler les tendances lourdes sont les seules variables capables d’interpréter les tendances du moment et d’anticiper l’avenir (ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera). Si les causes de nos problèmes et de nos malheurs sont dans l’absence d’une vision cohérente et prospective des dirigeants haïtiens, la solution aussi difficile soit-elle réside dans la capacité de concevoir un futur possible par l’appropriation des vecteurs économiques et la capacité de détecter la face cachée du temps qu’est l’avenir, et un regard prospectif afin de déterminer le futur qu’il souhaite accomplir. Le constat d'absence de méthode des politiciens haïtiens qui ne s’efforcent de lever le voile qui cache l’avenir suit un itinéraire rectiligne depuis plus d’une décennie. Par conséquent, la voie qui doit conduire à un éventuel changement de la situation économique et sociale de la masse réside dans la capacité de délimiter les intentions, d'assumer le présent comme s’il s’agissait du futur. Pour jeter les véritables bases du développement économique haïtien et dessiner l’avenir, les autorités Haïtiennes devraient commencer par réfléchir en Etat acteur et stratège si l’on veut être parmi les pays émergents à l’horizon 2030.











AUTEUR
LOUIS James Email : louisjames.j@gmail.com Tél : 47869633 Expert en intelligence économique et stratégie de développement Spécialiste en Analyse prospective Ingénieur en gestion des projets de développement, spécialiste en suivi-évaluation et ges

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